Dans son nouveau livre, l’autrice-boxeuse Aya Cissoko évoque ses ancêtres guerriers bambaras du Mali et juifs ashkénazes déportés à Auschwitz

Née en 1978 à Paris de parents originaire du Mali, Aya Cissoko est une battante. Après les décès précoces de son père et de sa sœur dans un incendie criminel en 1986 puis de son frère terrassé par une méningite 11 mois plus tard, elle s’investit totalement dans la boxe amateur malgré les réticences de sa mère. À l’âge de 12 ans seulement, elle remporte le titre de championne de France de boxe française chez les benjamins. Elle obtient les titres de championne de France et du monde de boxe française dans la catégorie des moins de 66 kg en 1999. Elle confirme son titre de championne de boxe française amateur en 2003.

Pour s’imposer de nouveaux défis, elle opte pour la boxe anglaise en 2005. Le sommet de sa carrière se joue en 2006 lorsqu’elle décroche, toujours dans la même catégorie des poids welters de boxe amateur anglaise, à la fois le titre de championne de France, le titre européen à Varsovie face à l’Ukrainienne Lesja Kozlan et le titre mondial à New Delhi face à l’Ukrainienne Oleksandra Kozlan. Ce fut la seule médaille française lors de ces championnats du monde. Mais le sort s’acharne sur la jeune Française lorsque, lors de cette finale des championnats du monde de 2006 remportée contre l’Ukrainienne, un choc à la tête lors du 2e round aboutit à une fracture des cervicales suivie d’une opération ratée qui mettent brutalement fin à sa carrière de sportive.

Loin de se décourager, elle commence des études à l’Institut d’études politiques de Paris où elle poursuit son master. En 2011, elle co-écrit avec son amie Marie Desplechin son autobiographie intitulée Danbé qui signifie « dignité » en bambara, ouvrage acclamé par la critique. Ce récit sans concession et sans pathos obtient notamment le grand prix de l’Héroïne Madame Figaro la même année.

Quand Aya Cissoko était jeune, sa mère, Massiré Dansira, ne cessait de lui répéter : « Tu n’es pas l’enfant de rien ni de personne ! ».

Le racisme institutionnel commande les trajectoires à l’entame d’une vie”

Devenue mère à son tour, l’autrice entend ici rappeler à sa propre fille ses origines ; son enfant est en effet issue d’une double lignée à l’histoire violente et douloureuse, celle de guerriers bambaras du Mali qui ont affronté la colonisation, et de juifs ashkénazes déportés à Auschwitz. Comment calmer les brûlures de ces destins mêlés ? Il faut continuer à parler, dénoncer, lutter, ne pas cacher les difficultés de la condition noire, regarder en face les vexations subies par une mère vaillante dans un pays hostile.

Il faut continuer à se battre et à interroger les hiérarchies sociales, montrer comment racisme et mépris de classe se mêlent dans une logique perverse. Parce qu’elle a compris que l’ascension sociale, si elle éloigne de la pauvreté, ne protège pas des préjugés, Aya Cissoko ne veut oublier ni les siens, ni d’où elle vient. Elle sait maintenant transformer en mots puissants et éruptifs, dans une ultime tentative de conciliation, une colère qui jaillit des tréfonds de son enfance.

Aya Cissoko est une ancienne championne de boxe passée par Sciences Po. Elle est aujourd’hui conférencière, autrice et comédienne. Elle a publié, chez Calmann-Lévy, Danbé (2011) et N’ba (2016).