Dans un squat de migrants à Calais

Cet immeuble de Calais est squatté par un collectif et des migrants depuis février 2022 | 
Photo : Marc Demeure / MAXPPP/ dpa / picture alliance

Quelque 20 à 30 migrants squattent dans une maison délabrée à Calais qui a été reprise par un collectif de squats en février. Une audience du tribunal fixée au 10 mai décidera si oui ou non les squatters doivent être expulsés. Pendant ce temps, un journaliste local est allé visiter et prendre des photos.

« Dans cet espace, nous espérons briser le cercle vicieux de la violence policière et étatique, du racisme et de la politique de déshumanisation qui est menée à Calais », déclare un collectif de squats qui a repris la grande villa ancienne du 24 rue Frédéric Sauvage à début février 2022.

Le squat, disent les militants, est destiné à fournir un espace de “vie digne” aux 20-30 migrants qui y séjournent actuellement. Chaque jour, les habitants travaillent à rendre la maison plus habitable et se réunissent pour discuter de la répartition des tâches.

La maison vide est “l’une des nombreuses laissées vides dans la ville”, a déclaré le collectif de squats, écrivant sur le site squat.net en français. Le site est disponible en 15 langues et contient des nouvelles des squats partout en Europe.

Un journaliste et photographe, Marc Demeure, a pris une série de photos pour le groupe de journaux français local La Voix Du Nord , montrant à quoi ressemblait la vie à l’intérieur du squat. Des pancartes incitant les gens à laver leurs affaires après utilisation dans la cuisine et de petits panneaux épinglés aux murs indiquant que la maison était une “maison du bonheur”.

‘Maison du Bonheur’ lit l’enseigne épinglée dans le squat de Calais | 
Photo : Marc Demeure / MAXPPP/ dpa / picture alliance

Une alternative à la rue

En février 2022, le collectif du squat estimait qu'”environ 1000 migrants dorment dans les rues de Calais”, et que c’était “inacceptable” car beaucoup d’entre eux avaient un accès très limité à des installations sanitaires, un logement convenable, de l’eau, de la nourriture et les soins médicaux.

Plus de 1 000 migrants attendent à Calais, certains depuis des mois voire des années, dans l’espoir de traverser la Manche jusqu’au Royaume-Uni . En 2021, un nombre record de migrants ont traversé le plan d’eau des côtes françaises et belges vers la Grande-Bretagne. Les chiffres devraient être nettement plus élevés cette année, à en juger par ceux qui ont réussi à traverser au cours des quatre premiers mois de 2022.

Selon le collectif du squat, « les autorités françaises et britanniques ont délibérément transformé ce qui devrait être une question politique en une crise humanitaire, et ont renforcé les conditions d’extrême précarité et d’invisibilisation [des migrants] via des violences policières récurrentes, des expulsions illégales toutes les 48 heures et le vol des effets personnels [des migrants] ».

En février, le collectif a lancé un appel de fonds pour aider à couvrir les frais juridiques du squat et à couvrir la vie quotidienne dans la maison.

Une photo d’un des dortoirs du squat de la rue Frédéric Sauvage à Calais | 
Photo : Marc Demeure / MAXPPP/ dpa / picture alliance

En mars, des journalistes de La Voix du Nord ont visité le squat. A cette époque, ils avaient reçu la visite d’huissiers officiels français du ministère de la justice. Ils leur ont signifié une convocation au tribunal pour fin mars. Les squatters ont dit qu’ils étaient heureux que les huissiers soient arrivés, car cela leur a donné du temps dans le squat jusqu’au procès. Selon la loi française, seul un juge peut décider s’ils doivent être expulsés. Cependant, les journaux locaux ont rapporté que le maire de Calais invitait les riverains à porter plainte s’ils avaient rencontré des problèmes avec les habitants du squat.

Surtout des hommes

Au moment de la visite de La Voix du Nord , les habitants étaient majoritairement des hommes, même si occasionnellement quelques femmes et mineurs pouvaient également rester. Les militants avaient réussi à faire couler l’eau dans les deux cuisines et les deux salles de bains et les toilettes mais pas l’électricité. L’un des militants, se faisant appeler Oliv, a déclaré à La Voix du Nord que la mairie et la compagnie d’électricité avaient coupé l’électricité dans la rue “ce qui est illégal”, a déclaré Oliv.

Entre-temps, les militants avaient installé des batteries pour recharger les téléphones portables et fournir un peu de lumière le soir. “Quand on a montré un film l’autre jour, on s’est branché chez le voisin” a déclaré Oliv à La Voix du Nord .

Un ramoneur était également passé, permettant au collectif d’allumer des feux dans la cheminée. “C’est la seule façon de chauffer la maison”, a expliqué Oliv.

Plans pour garder des poulets et cultiver un lotissement

Certains aliments sont fournis par des ONG comme Calais Food Collective et Salam, mais de petits extras, comme du beurre de cacahuète et du gingembre, sont achetés à la cagnotte que le collectif a réussi à réunir grâce aux appels. L’un des militants, se faisant appeler Tom*, a déclaré qu’il espérait obtenir des poules pour fournir des œufs aux migrants et aux squatters.

Des migrants nettoient la cuisine du squat de Calais | 
Photo : Marc Demeure / MAXPPP/ dpa / picture alliance

D’autres squatteurs ont déclaré aux journalistes qu’ils espéraient cultiver leurs propres légumes dans le jardin de la maison.

Le 29 mars, le procès pour décider si les squatteurs devaient ou non être expulsés a été repoussé au 10 mai. Les squatteurs affirment avoir des fonds pour défendre leur action devant les tribunaux, rapporte La Voix du Nord .

Selon une autre source d’information française, actu.fr, Oliv affirme qu’un immeuble sur dix à Calais est vacant, soit un total de 2 891 immeubles. Bien que le bâtiment soit grand, après deux jours, ils n’auraient plus été en mesure d’accepter plus de personnes. Une femme assise à côté d’Oliv explique au journaliste d’ actu.fr qu’ils devaient commencer à appliquer une politique du “premier arrivé, premier servi”.

Les militants savent que la plupart des squats finissent par être expulsés. En plus de perdre un endroit où dormir, les expulsions coûtent de l’argent aux militants en cas d’arrestation. Ils doivent ensuite lutter contre ces affaires judiciaires et trouver des financements pour soutenir la prochaine communauté squattée.

Oliv a déclaré au journaliste d’ actu.fr que les habitants les aidaient à survivre, apportant de la nourriture et des boissons chaque fois qu’ils le pouvaient. Oliv s’est dit “touché par la générosité des habitants” et a assuré au journaliste que ça fonctionnait bien dans le squat, même si tout était “informel”.

*Ce n’est pas son vrai nom

InfoMigrants