De Barbès à la région parisienne, c’est la flambée du trafic de tabac

Entre 2017 et 2020, les interpellations liées à ces ventes illicites se sont multipliées de manière vertigineuse : +500% pour le nombre de mis en cause, +630% pour les gardes à vue. Du côté de la préfecture de police, l’heure est au renforcement des contrôles.

A Barbès, haut lieu historique du trafic de cigarettes, les vendeurs à la sauvette ont été chassés, ce lundi soir, par les patrouilles de CRS. Il faut se rendre à quelques dizaines de mètres de là, rue de Clignancourt, pour se faire alpaguer par des dizaines de petites mains, qui tendent des paquets à 5 euros vers le chaland. « Marlboro ! Marlboro ! », susurre un vendeur. « Depuis une dizaine de jours, il y a une intensification très forte des contrôles à la Goutte-d’Or. Barbès est presque vide. C’est du jamais-vu. On est content », salue un riverain. Barbès qui rit, mais la gare du Nord, à quelques centaines de mètres, qui pleure ? « C’est devenu l’embouteillage de vendeurs à la sauvette là-bas. Ils vous sautent dessus dès la sortie du métro », ajoute ce riverain à l’œil aguerri.

La vente illicite de tabac, de contrebande ou de contrefaçon, a pris une ampleur inédite ces dernières années à Paris et en petite couronne. Les trafiquants ont flairé le bon filon, porté par l’augmentation du prix des cigarettes, qui offre l’avantage de présenter des risques pénaux bien moins importants que le deal de stupéfiants. La Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) de la préfecture de police a donc resserré la pression. Selon nos informations, entre 2017 et 2020, le nombre de suspects interpellés a explosé : + 500 % pour les personnes mises en cause, + 630 % pour les gardes à vue. Mais pour quelle réponse pénale ? « Pour une petite quantité de tabac, c’est très souvent un simple rappel à loi », regrette un policier en poste dans le Val-de-Marne.

Deux fois plus de saisies de paquets qu’en 2019

En 2019, plus de 180.000 paquets de cigarettes, 1100 paquets de tabac à chiquer et 152 kilos de tabac ont été saisis. En 2020, les saisies de paquets de cigarettes ont plus que doublé (427.000 unités) et celles de tabac ont été multipliées par huit (près de 1,2 tonne) ! Cette année-là, la sous-direction de la lutte contre l’immigration irrégulière (SDLII) a notamment démantelé un réseau alimentant les vendeurs de Barbès et d’Aubervilliers. La fouille d’un entrepôt de stockage, en Seine-et-Marne, avait mené à la découverte de 33 000 cartouches de cigarettes venues de Pologne et de 170 000 euros en liquide. Chaque livraison représentait un potentiel d’environ 2 millions d’euros de vente à la sauvette.

La « capitale » de la vente à la sauvette est le XVIIIe arrondissement : Marx-Dormoy, la place de la Chapelle, Barbès, les portes de Montmartre et de Clignancourt en sont ses points névralgiques. Pour y remédier, le commissariat d’arrondissement a créé une brigade « sauvette et contrefaçon ». Dans le Xe arrondissement, le phénomène, jusque-là cantonné au boulevard de la Chapelle et à la gare du Nord, gagne du terrain vers le sud.

Les communes limitrophes, côté Seine-Saint-Denis, sont également très touchées. A elles seules, Saint-Denis et Aubervilliers représentent 20 % des faits constatés dans le département. A Saint-Denis — au centre-ville et à la gare centrale —, une zone d’action prioritaire a été mise en place en janvier 2020. Enfin, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne sont les départements les moins affectés de la petite couronne. Le trafic s’y concentre essentiellement aux abords de la station de métro Châtillon-Montrouge et à Créteil. Avec ce point noir : la commune de Villeneuve-Saint-Georges, qui concentre à elle seule plus de la moitié de l’activité du Val-de-Marne.

Le Parisien