De Condé à Béthune, la vidéo raciste d’élèves policiers a mis fin à leur carrière

Une vidéo montrant un jeune homme tenir des propos racistes et tirer avec une arme à feu en voiture a valu à deux élèves de l’école de police de Béthune d’être renvoyés, et de passer devant le tribunal.
La mauvaise blague des deux élèves a mis fin à leur rêve de devenir policiers: ils ont été renvoyés de l’école de police. PHOTO ARCHIVES BAZIZ CHIBANE

Le Condéen et le Maubeugeois ne sont plus en école de police mais ils ont gardé la posture… Droits face aux juges, les mains dans le dos, ces deux jeunes de 19 et 24 ans étaient poursuivis pour provocation à la discrimination raciale et complicité pour avoir eu un comportement inacceptable pour de futurs policiers.

Le 31 mai, le ministère de l’Intérieur est informé par un élève de l’école de police de Béthune qu’une vidéo a été publiée dans un groupe Messenger privé, réservé aux élèves de sa promotion. Une vidéo où on voit un autre élève tenir des propos racistes, avec l’intention d’en découdre avec des Maghrébins tout en brandissant une arme à feu.

Renvoyés de l’école de police

L’Inspection générale de la police nationale est aussitôt saisie, l’arme – un pistolet qui tire des billes en plastique gagné à la fête foraine – est retrouvée dans l’armoire de l’élève et des poursuites sont engagées. Sans compter leur renvoi de l’école, la semaine dernière, mettant fin à leur projet de devenir policiers. L’un veut donc reprendre ses études de kiné, l’autre devenir infirmier.

Face aux juges, le Condéen explique que « c’était pour rigoler entre nous, on a fait cette petite blague pas drôle mais ça devait rester entre nous », même s’il dit comprendre que « c’est compliqué d’accepter ça d’un élève policier ». Ce qui interpelle, c’est qu’il est lui-même d’origine maghrébine… « C’était pour caricaturer la chose, j’ai déjà subi ça moi-même », répond-il. Le Maubeugeois qui a filmé la scène poursuit : « Je ne voyais pas le mal, j’ai grandi dans des cités. Mais je peux comprendre que ça choque ».

Amende pour l’un, relaxe pour l’autre

Saluant « la réactivité de l’école et de la police nationale », le procureur parle d’une « forme de honte pour la République » face à ces « propos scandaleux » et au fait de les filmer. Il a requis contre les deux prévenus 8 mois de prison avec sursis, s’opposant à toute dispense d’inscription sur leur casier judiciaire. Les juges ont finalement requalifié les faits, estimant que la provocation n’avait pas été publique, la vidéo ayant été diffusée sur un groupe privé limité à dix personnes. Sur le Condéen a été condamné à une amende de 500 €, le Maubeugeois a, lui, été relaxé, la complicité pour ce genre de fait n’étant pas reconnue par la justice.

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