Décapitation de Conflans : La neutralisation du “suspect” tchétchène est-elle “l’exécution sommaire d’une justice expéditive” ?

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L’exécution du jeune Tchétchène était facilement évitable. Malgré la dérive évidente que cette exécution sommaire symbolise, personne ou presque ne semble se préoccuper du mode opératoire des forces de l’ordre.

La décapitation du professeur de Conflans Sainte-Honorine risque de peser lourd dans les débats sur l’Islam, qui semblent tout en haut de l’agenda présidentiel depuis la nomination de Gérald Darmanin au Ministère de l’Intérieur. 

La portée symbolique de cette décapitation est immense et l’émotion s’empare du pays. Malheureusement, deux jours après le drame, force est de constater que le traitement médiatique de cette affaire reste partial. Une fois de plus, il semble que l’étiquette “attentat terroriste” dispense les journalistes de tout effort réflexif. Les titres sensationnalistes s’accumulent et créent une chambre aux échos très favorable aux rhétoriques d’extrême-droite.

Or, à l’heure actuelle, que savons-nous sur le contexte dans lequel les forces de l’ordre on agit?

Nous savons qu’un professeur d’histoire-géographie a été décapité peu avant 17h à Conflans Sainte-Honorine, rue du Moineau-Buisson. Une photo macabre de la tête est publiée sur un compte Twitter répondant au pseudo Tchetchene_270 (mais qui n’a alors pas encore été formellement lié à l’individu abattu). Juste après 17h, la police reçoit l’appel d’une personne signalant un homme décapité sur la voie publique. Quelques minutes plus tard, entre 200 et 400 mètres plus loin, un jeune homme de 18 ans est abattu, avenue Roger Salengro dans la commune limitrophe d’Éragny (très exactement ici).

Au-delà de ces éléments, le flou demeure sur le déroulé exact de l’interpellation du jeune tchétchène. Pour l’immense majorité de la population, les détails de cette interpellation importent peu. Et pourtant…

Une vidéo — très rapidement publiée sur les réseaux sociaux — permet de s’interroger sur ce qui semble être devenu une nouvelle normalité en France. Dès qu’il s’agit de terrorisme, c’est à dire d’un crime commis par une personne musulmane envers une personne non-musulmane, la police semble avoir le droit voire le devoir de tuer. En effet, hormis Salah Abdeslam pris par la police belge, aucun terroriste ne survit à ses actes sur le sol français. 

Dans le cas présent, il est absolument clair que les policiers ont compris que le terroriste n’était armé que d’un pistolet à billes bien avant de l’exécuter. L’information est répétée deux fois, de façon très audible. De plus, à ce moment précis, le terroriste est seulement en possession d’un canif, le gros couteau ayant servi à la décapitation étant resté près de la scène du crime. Enfin, la police l’a déjà cerné et le risque qu’il s’enfuie est donc quasi-nul. 

Aucun de ces éléments de contexte ne semble empêcher l’exécution du jeune tchétchène. 

On se doute que ce ne sont pas les policiers ayant identifié l’arme comme étant un pistolet à billes qui ont commis cette basse-œuvre. Au contraire, il y a des raisons de penser que la mise-à-mort vient de cet homme vêtu de noir, qui arrive en haut à droite de la vidéo, à 0m39s, charge son pistolet, se voit désigner le terroriste par un autre policier (qui, au passage, arrive tranquillement depuis la zone où le terroriste se trouve) et rejoint en marchant la zone d’action avant que les 9 détonations ne se fassent entendre quelques secondes plus tard. 

Malheureusement, lorsqu’il s’agit de terrorisme, cette justice policière expéditive ne semble poser de problèmes à aucun média, ni à aucun homme politique de premier plan. Soucieux de leurs côtes de popularité, médias comme politiques évitent toute prise de position qui pourraient être perçues comme un déni de solidarité vis-à-vis des victimes. Comme si exiger que la justice s’applique à tous les présumés coupables de façon semblable avait quoi que ce soit à voir avec l’empathie que l’on peut ressentir pour les victimes et leurs proches, ou la tristesse de voir le pays s’enfoncer plus avant dans ses clivages religieux et ethniques.

Il faut avoir le courage de se regarder en face pour comprendre le chemin que prend la France et la perception que certaines minorités peuvent avoir de la situation. 

Certes, le procès d’un terroriste islamiste capturé vivant peut être sulfureux, créer transitoirement des troubles à l’ordre publique et attiser certaines tensions. Mais on ne peut pas s’indigner de la barbarie terroriste et souscrire dans le même temps à la barbarie policière sans être en contradiction avec soi-même ou tourner le dos, sciemment, à la République Française. 

Ce jeune de 18 ans n’est, au moment précis de sa mort, qu’un suspect armé d’un jouet et d’un canif. Applaudir une police qui tue de façon aussi sommaire et systématique les individus suspectés de terrorisme, c’est applaudir une barbarie, c’est encourager la spirale mortifère des violences policières et c’est embrasser ce choc des civilisations qui se trouve — depuis plus 30 ans — en haut de l’agenda de toutes les extrêmes-droites du monde. 

Mediapart

9 Commentaires

  1. PAR HORSLESMURS… https://blogs.mediapart.fr/horslesmurs

    Plutôt que d’écrire de la merde dans un torchon, ferait mieux de s’engager chez les keufs lui, histoire de sauver des vies…

    Nous avons tous entendu les images de l’arrestation, le Sig tire presque en rafale, le condé a certainement pensé à sauver sa peau avant toute chose, c’est pas tous les jours qu’on se retrouve face à un zombie visiblement armé qui vient de décapiter quelqu’un au canif.

  2. Raison d’état, la pratique est en place depuis les années mitterand, vu que la peine de mort est supprimée officiellement il reste la méthode officieuse. C’est pas si scandaleux en soi, sauf qu’il y a pas de transparence comme pour le reste.

    On notera que ces enflures de médiacrasse n’attendent meme pas que le corps ait refroidi, ils ne valent pas mieux que les zinzins du ccif, ils sont pires, en fait, c’est eux qu’il faudrait dissoudre en premier.

  3. Je trouve très bien cette forme de justice.
    Le mec a tué, il ne veut pas se rendre, pire, il menace !
    C’est justifie. Pas une bavure.
    À renouveler dans ce genre de cas, des qu’on entend allaouaquebar, et puis c’est économe, pas de déchet à nourrir, et surtout la certitude qu’il ne peut pas recommencer.

    • Mais non, chère Anna, mais non!
      Quelle tragédie pour sa gentille famille, vivant dans un HLM subventionné par nos impôts, qui a bénéficié de la magnificence de notre justice impartiale qui protège si bien les FDS, pour obtenir, malgré l’avis de administration raciste et hostile à la religion musulmane, le statut de réfugiés politiques ouvrant la voie à d’autres avantages et subventions.
      Ce jeune si avenant et si plein de bonne volonté, prêt à s’investir pleinement dans une activité économique parallèle, sans oublier de porter des cabas de petites vieilles.
      Vite, des fleurs, des bougies et un paquet de mouchoirs.

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