Derrière nos écrans de fumée : Comment les Réseaux Sociaux nous manipulent

“Ces services tuent. Ils provoquent des suicides”, affirme Tim Kendall en parlant de ces réseaux sociaux pour lesquels il a travaillé. Il porte un tee-shirt gris chiné et un jean, l’uniforme de la Silicon Valley. En dépit de sa carrure de quarterback, on l’imagine aisément à la tête de Pinterest, le site de partage de photos qu’il a dirigé entre 2015 et 2018. Aujourd’hui, l’heure est grave pour ce cadre, également passé par Facebook, qui témoigne dans le documentaire Derrière nos écrans de fumée (The Social Dilemma, en VO), disponible sur Netflix.

Ils sont ainsi une quinzaine à se relayer pour décrypter le modèle économique de Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Google et tant d’autres. L’objectif : alerter sur les effets de la dépendance aux smartphones, qu’ils comparent à une “tétine numérique”. Rien de nouveau. Sauf que cette fois, le message est porté par d’anciens cadres dirigeants, ingénieurs ou fondateurs de ces services, qui semblent lancer un cri d’alarme, dans ce documentaire choc, qui soulève beaucoup de problèmes, sans toutefois apporter de solution.

Un format efficace

La particularité de ce film réalisé et coécrit par l’Américain Jeff Orlowski, déjà aux manettes de documentaires sur le changement climatique, est d’entrecroiser ces interviews avec une fiction mettant en scène une famille ordinaire. Tous plus ou moins dépendants à leur téléphone, les membres de la famille ne communiquent presque plus entre eux. La benjamine, complexée après avoir reçu un commentaire sur son physique, souffre d’un problème d’estime de soi.

L’aîné succombe peu à peu aux sirènes de l’extrême droite, à force de regarder les vidéos YouTube que lui recommande un algorithme. Celui-ci est représenté sous la forme d’un centre de contrôle dirigé par trois individus qui observent jour et nuit ses interactions numériques. Leur objectif est clair : le rendre captif, le plus de temps possible, par tous les moyens.

Si ces scènes ont parfois l’apparence d’un épisode raté de Black Mirror, elles ont le mérite, surtout pour les plus jeunes spectateurs, de mettre en scène les propos parfois très théoriques des intervenants. Le procédé est grossier, mais efficace pour démontrer les actions engendrées par nos comportements, aussi anodins soient-ils. De l’autre côté, on prête évidemment une attention toute particulière aux interviewés alignant des CV qui forcent le respect, comme devant l’inventeur du bouton “J’aime” ou du défilement infini.

Les données collectées ne sont pas le problème

On agite souvent le spectre de la data, ces données personnelles que collectent toutes ces entreprises pour les vendre au plus offrant. Derrière nos écrans de fumée pousse l’analyse beaucoup plus loin. Ce ne sont pas seulement les données le problème, mais le comportement des utilisateurs. Il est rappelé que si nous ne payons pas pour un produit, alors, c’est que nous sommes le produit. Et si l’on assiste à une “dérive” des usages depuis quelques années, c’est parce que celle-ci fait intégralement partie de la stratégie de ces sociétés.

Si ces scènes ont parfois l’apparence d’un épisode raté de Black Mirror, elles ont le mérite, surtout pour les plus jeunes spectateurs, de mettre en scène les propos parfois très théoriques des intervenants. Le procédé est grossier, mais efficace pour démontrer les actions engendrées par nos comportements, aussi anodins soient-ils. De l’autre côté, on prête évidemment une attention toute particulière aux interviewés alignant des CV qui forcent le respect, comme devant l’inventeur du bouton “J’aime” ou du défilement infini.

On agite souvent le spectre de la data, ces données personnelles que collectent toutes ces entreprises pour les vendre au plus offrant. Derrière nos écrans de fumée pousse l’analyse beaucoup plus loin. Ce ne sont pas seulement les données le problème, mais le comportement des utilisateurs. Il est rappelé que si nous ne payons pas pour un produit, alors, c’est que nous sommes le produit. Et si l’on assiste à une “dérive” des usages depuis quelques années, c’est parce que celle-ci fait intégralement partie de la stratégie de ces sociétés.

Et maintenant, on fait quoi ?

Quelle est l’utilité d’un tel documentaire ? Les intervenants ne proposent pas vraiment de solution, une fois le constat alarmant exposé. Il faut attendre la toute fin pour que soit esquissé un semblant de solution. Pour Tristan Harris, “cette machine ne fera pas marche arrière sans une énorme pression des gens”, en usant des technologies s’il le faut. D’autres recommandent de “désinstaller les applications qui nous font perdre notre temps, comme les informations et les réseaux sociaux”, de supprimer (ou réduire) les notifications, de remplacer Google par Qwant, le moteur de recherche qui ne conserve pas d’historique, de ne jamais regarder une vidéo suggérée par YouTube…

De son côté, le site internet The Quint (en anglais) a listé les dix choses à faire après avoir regardé Derrière nos écrans de fumée, et propose des actions concrètes. Vous pouvez vous y mettre dès maintenant, avant d’éteindre votre téléphone.

5 thoughts on “Derrière nos écrans de fumée : Comment les Réseaux Sociaux nous manipulent

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    Intéressant et flippant, pour ma part je ne suis sur aucun de ces trucs sociaux , étant de nature asociale 🙂

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    Je suis abonnée à Netflix depuis des années et jamais on ne m’avait demandé mon avis sur tel ou tel film ou doc. . J’ai visionné ce documentaire qui m’a plus et n’a fait que conforter ce que je savais déjà . Le lendemain , je reçois un mail de Netlix me demandant ce que j’ai pensé du film et de le noter !

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    Dailymotion est né avant YouTube, de peu certes, mais avant.
    C’en est arrivé où maintenant?

    J’ai bien connu le Dieu du réseau des origines chez Dailymotion. Revenant d’une réunion (les trucs qu’ils font aux US, pour faire avancer les choses, Cxxx ou genre le nom), il m’avait dit qu’ils étaient impressionnés par les performances des serveurs Français, que chez YouTube c’était plutôt fois quatre le matos pour la même chose.
    Et fois 10 ou 100 pour trouver le pognon pour continuer.

    Comme ça on sait pourquoi.

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