Des fraudes sur 40 % des bouteilles d’huiles d’olive testées

Seulement 5 % des huiles consommées en France sont françaises. | MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS VIA REUTERS

Des manquements aux obligations d’étiquetage, des falsifications et tromperies notamment en matière d’allégations sur la qualité du produit ont été constatés sur de nombreuses bouteilles d’huile d’olive, dévoile un rapport de la répression des fraudes.

Les Français sont les sixièmes plus gros friands au monde d’huile d’olive, dont ils consomment plus de 3,5 % de la production mondiale. « Origine France », « Extra vierge » ou « AOP », certains indicateurs sur les emballages censés les guider dans leur choix ne sont en vérité pas fiables. Selon un rapport de la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes), 40 % des échantillons d’huile d’olive testés sur l’année 2020 présentaient au moins une anomalie. 

L’étude constate « la mention sur l’étiquetage d’une catégorie supérieure à sa catégorie réelle (ex : huile d’olive « vierge extra » à la place d’huile d’olive « vierge »), l’absence de l’indication de l’origine, le mélange d’huile d’olive avec de l’huile raffinée de type colza ou tournesol, ou encore des dénominations de vente erronées ou de nature à induire en erreur le consommateur ».

5 % des huiles consommées en France sont françaises

Par exemple, « j’ai entendu parler d’une productrice qui vendait des huiles venues d’Espagne, en prétendant que c’était français », témoigne une responsable de l’huilerie du Moulin de la cascade à Lurs (Alpes-de-Haute-Provence).

L’origine de l’huile d’olive est définie par le lieu de récolte des olives et le lieu d’extraction de l’huile. Pour une huile d’olive issue d’un ou de plusieurs pays de l’Union Européenne, c’est la mention « Origine UE » qui sera indiquée. Seulement 5 % des huiles consommées en France sont françaises. Sur les trois millions de tonnes que représente le marché à l’échelle mondiale, l’Europe représente plus de la moitié des producteurs et des consommateurs.

Selon les années, la consommation française oscille entre 100 000 et 115 000 tonnes. Mais la France ne fournit que 0,10 % de la production mondiale d’huile d’olive.

La France ne fournit que 0,10 % de la production mondiale d’huile d’olive.

Plus d’anomalies pour les huiles d’origine espagnole

L’étude de la DGCCRF constate aussi que « les huiles en provenance de l’étranger, notamment celles qui affichent une origine « Espagne », présentent plus d’anomalies que celles élaborées en France sous signe officiel de qualité ». Des étiquetages fantaisistes tels que « Qualité Or », « Caractère », « naturellement sans gluten » ou « 100 % naturelle vierge » ont aussi été relevés.

Pour la DGCCRF, de tels comportements frauduleux de la part de certains professionnels s’expliquent par « l’écart important sur le prix du litre d’huile d’olive au stade de sa commercialisation et la forte demande des consommateurs ». En effet, « alors que le coût moyen de production d’un litre d’huile d’olive est de 2,78 €, le prix moyen du litre vendu en France varie en revanche de 5,80 € en grandes et moyennes surfaces à 20 € sous signe de qualité. Il peut même atteindre jusqu’à 60 € le litre lorsque l’huile d’olive est commercialisée par des groupes de luxe en flaconnages particuliers ». 

Contrôler et sanctionner

« Cela nous touche nous, les producteurs français, mais aussi les consommateurs. Les labels et les certifications leur servent de repères. C’est vraiment dommage », estime Eric Vigean, dirigeant de l’huilerie française Vigean, à Clion (Indre). « Pour éviter cela, il faut renforcer les contrôles, mais cela veut dire plus de moyens financiers », poursuit-il.

De son côté, la DGCCRF assure « maintenir la pression de contrôle pour garantir aux consommateurs une information loyale et sanctionner les fraudeurs ». « On contrôle les règles de bases des étiquettes en magasin et on effectue une centaine de contrôles de qualité par an », affirme une porte-parole. Sur l’année 2021, 68 avertissements et dix-huit injonctions ont été prononcés, ainsi que trois procès pénaux verbaux.

Pour ce genre de pratique commerciale trompeuse, le code de la consommation prévoit une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende.

Ouest France