“Dès qu’il fait froid, c’est la faute des Arabes !”, Ramzy Bedia prépare un nouveau film sur les maghrébins

Au rire, le comédien doit tout. Grâce à lui, il a pu surmonter galères et humiliations. Et même tenir tête à ses sept sœurs ! En salles avec “Youssef Salem a du succès”, sur France.tv avec “Or de lui” et bientôt dans Astérix… Rencontre avec un incontournable. (…)

Vous avez combien de sœurs ?
Sept. Je suis le seul garçon. D’ailleurs, Ramzi signifie « le symbole ». Je peux vous dire que j’en ai pris, des claques ! Mes sœurs m’interdisaient d’être faible, de pleurer. J’hallucine sincèrement quand j’entends que l’islam est une religion qui fait souffrir les femmes, car ce n’est pas « mon » islam. Dans ma famille pourtant très croyante, les femmes sont les patronnes, elles organisent et commandent tout. Mon père a élevé huit enfants avec un smic, et aucun n’a mal tourné. C’est grâce à la religion.

“Dans les années 1980, les petits Arabes n’avaient pas besoin des contes de Grimm : c’était Le Pen le méchant loup.”

Ramzy Bedia

Quand vos parents, nés en Algérie, arrivent-ils en France ?
En 1962 pour du travail, et avec déjà cinq grandes filles. Mon père est chauffeur de bus. Puis, à la retraite, à 60 ans, il devient chauffeur de taxi jusqu’à ses 80 ans, pour m’empêcher d’être en échec scolaire à l’école de la cité de Gennevilliers et me payer des écoles privées catholiques : Sainte Fatima, puis Saint-Joseph, que des saints ! Je vous salue Marie pleine de grâce, tous les matins, et le soir, quand je rentre à la maison, je vois mon père faire la prière musulmane le front contre le sol. Je ne comprends pas, et il me répond : « Tais-toi, tu verras plus tard, pour le moment intègre-toi et prie Marie. » Si, aujourd’hui, je suis profondément musulman, c’est parce que mon père ne m’a jamais forcé.

L’intégration était l’obsession ?
Celle de nos parents. Aucun gamin n’avait de tee-shirt avec le drapeau algérien. Mais ce n’est pas si mal que les jeunes d’aujourd’hui revendiquent plus leurs racines. Nous, nous baissions la tête, et les skinheads nous y aidaient bien ! Quand j’étais jeune, c’était le temps des ratonnades et des mecs qui tiraient de leurs fenêtres dans les cités parce qu’il y avait « trop de bruit » en bas. Dans les années 1980, les petits Arabes n’avaient pas besoin des contes de Grimm : c’était Le Pen le méchant loup. Enfant, comme dans le film de Baya, je pensais vraiment qu’il allait venir me manger.

L’extrême droite se porte mieux que jamais, non ?
Je ne comprends pas pourquoi on ne laisse pas les Arabes tranquilles. Ils sont avocats, journalistes… Dans les hôpitaux, il n’y a que des médecins arabes ! Tous ceux de ma génération sont intégrés. Il n’y a pas que ces petits mecs en capuche qui vendent du shit et qu’on nous montre en boucle à la télé. Si les Maghrébins quittaient la France, elle s’écroulerait.

Vous aviez un film en préparation sur ce sujet ?
Le Jour où tous les Arabes seront partis. Une comédie pour voir si les problèmes de logement, de chômage, de délocalisation et de prix de l’électricité subsistent si on part… Il est écrit mais j’ai un peu peur de le tourner, qu’il soit mal compris en cette période si tendue. Je crains de recevoir des… tirs des balcons.

Avez-vous peur, aussi, à cause de l’échec de Hibou, votre première réalisation, en 2016 ?
Pas du tout, même si ce fut une expérience cuisante. Il a été mal sorti : en fait, j’aurais dû bêtement mettre ma gueule sur l’affiche. Il aurait fait une poignée d’entrées en plus.

D’où était venue cette idée d’un homme transparent qui se déguise en hibou ?
De mon expérience à l’école catholique où j’étais le seul Arabe et où personne ne me calculait. Ce n’était pas du racisme, plutôt du racisme social, car j’étais le seul pauvre, mal habillé, avec même des sacs plastique dans mes chaussures en hiver, car mon père avait de quoi payer la scolarité mais rien d’autre. Je n’étais jamais invité dans les boums. Je me rappellerai toute ma vie ce jour où j’ai entendu mes camarades dire : « Cette fois, on va inviter Ramzy, car il nous fera marrer. » Plus je les faisais rire, plus ils m’invitaient… (…)

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