Dessin animé : Netflix présente “Yasuke”, un authentique samouraï africain vivant des aventures foisonnantes dans le Japon féodal

Le nouvel anime mis en ligne par Netflix est une production américano-japonaise qui emmène le spectateur dans un Japon féodal fantastique. Mais la série s’inspire d’événements bien réels, et notamment de l’histoire de Yasuke, le samouraï noir.

Difficile de déterminer ce qui relève du fait ou de la fiction dans Yasuke. Certes, on devine que l’incendie du temple de Kyoto, au cours duquel le grand daimyo (“suzerain”) Oda Nobunaga a été contraint au suicide rituel après la trahison d’un de ses généraux, en 1582, n’a pas été causé par une armée de robots géants. À l’écran, la scène est pourtant splendide. “Un samouraï transperce des armures de robots sur fond de jazz. Des magiciens dansent pour conjurer une toile de lasers violets. Pendant ce temps, Yasuke est assis dans un temple avec Nobunaga, ivre, qu’il implore de s’enfuir. Une introduction magistrale”.

Le héros qui donne son nom à l’anime que Netflix diffuse depuis le 29 avril a, lui, en revanche, bel et bien existé : il est le seul samouraï noir qu’a connu le Japon.

“Peu de faits avérés nous sont parvenus sur la vie de Yasuke, ce qui permet aux créateurs de peupler ces zones d’ombre à grand renfort de supernaturel et autres antiennes de SF dont l’anime est friand”, résume le journaliste nippo-américain Roland Kelts dans The Japan Times. On ignore, par exemple, de quelle région d’Afrique il venait exactement – peut-être de la côte est, au niveau de l’actuel Mozambique, une région très tôt colonisée par les Portugais. Les rares sources historiques permettent en revanche d’établir que “Yasuke est arrivé au Japon au XVIe siècle en tant qu’esclave d’un prêtre jésuite italien, à l’époque du commerce nanban établi avec les marchands portugais [de 1543 à 1650,avant que l’archipel ne mette en place des politiques isolationnistes]”.

Parler aux fans africains-américains de mangas

Le créateur américain de la série, LeSean Thomas, a d’abord cru que le personnage était fictif lorsqu’il l’a découvert dans le livre japonais pour enfants Kuro-suke (une autre appellation de Yasuke). En apprenant qu’il s’agissait d’une personne réelle, il y a vu une histoire importante à raconter : “L’anime japonais est devenu très populaire aux États-Unis, notamment dans la communauté afro-américaine. Il y a beaucoup d’allers-retours entre les fans sur des sujets comme l’individualisme et laxénophobie au Japon. Je me suis dit : ‘Qui pourrait dénigrer cet homme qui a servi Oda Nobunaga,l’un des plus grands personnages de l’histoire du Japon ?’

Il s’est donc entouré d’une équipe de production comprenant notamment l’acteur américain LaKeith Stanfield (Get Out, Judas and the Black Messiah), qui prête aussi sa voix au protagoniste dans la version originale. La particularité de cet anime est en effet d’avoir été réalisé en anglais. Le scénariste, Nick Jones Jr.,explique au site spécialisé Gizmodo que la présence de LaKeith Stanfield a été l’une de ses motivations pour travailler sur le projet : “Ce type est une montagne de talent. Il dégage une force sereine qui correspond à la voie du samouraï.

Des qualités indispensables pour interpréter le deuil si particulier de Yasuke, qui perd son suzerain et devient un ronin, un samouraï sans maître. Quant à l’ajout d’éléments fantastiques à cette trame historique, il s’est fait naturellement, poursuit le scénariste.Des extensions partant de ce point de départ, “comme les branches d’un arbre”.

Des aventures foisonnantes

L’arbre en question aurait mérité un petit élagage, tant le scénario est foisonnant dans les six épisodes de cette première saison.

Yasuke se retrouve investi de la protection d’une fillette aux pouvoirs magiques,recherchée par une conjuration de méchants hétéroclites, à l’instigation d’un représentant de l’Église catholique. Ceci étant, la réalisation est de qualité. Les véritables stars de Yasuke se trouvent dans ses paysages visuels et sonores. Les scènes de batailles ont sanglantes, mais l’animation – confiée à Mappa [un important studio japonais] –diffuse une beauté austère seyant parfaitement au tempérament du héros.

Et le tout est enrobé par une lumineuse bande sonore électro-jazz signée Flying Lotus.” Le musicien américain est également le producteur exécutif de la série.L’ensemble se distingue des classiques du genre, tout en leur adressant des clins d’œil,comme au Samurai Champloo de Shin’ichirô Watanabe, mais c’est avant tout une œuvre accessible aux spectateurs qui seraient peu habitués aux animes.

Un résultat plus que convaincant pour le Japan Times, lequel attend déjà avec impatience une éventuelle prochaine saison : “En puisant dans l’histoire du Japon féodal et avec une dose d’humour méta (‘Oui,je suis un Noir qui parle japonais !’ s’écrie Yasuke face à un chasseur de primes soupçonneux), Thomas et sa fine équipe d’artistes signent un mélange de très haute qualité.”

Wired