Dieppe (76) : Pédocriminalité, Amazon jugé pour avoir mis en vente des « poupées d’amour » sexuelles représentant des enfants

Le géant américain de la vente en ligne avait rendu disponibles en 2020 sur son site ces poupées avant de les retirer après la mobilisation d’associations de lutte contre la pédocriminalité.

En août 2020, Amazon avait laissé mettre en vente sur son site des «poupées sexuelles à l’effigie d’enfants». La mise à disposition de ces objets, qui figuraient dans la catégorie sex-toys, avait provoqué un profond malaise et une polémique intense, avec la mobilisation de nombreuses associations de lutte contre la pédocriminalité. Le géant de la vente en ligne avait rapidement retiré ces poupées «en s’engageant à rester vigilant», comme l’avait précisé le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles Adrien Taquet.


À croire le descriptif de ces «poupées d’amour», une trentaine de modèles étaient proposés allant de 100 à plus de 1000 euros, l’effet réaliste est celui recherché.

L’entreprise américaine est jugée ce lundi dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), à la suite d’une plainte de la fédération d’associations la Voix de l’enfant. La CRPC est une procédure qui permet de juger rapidement l’auteur d’une infraction si celui-ci reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Le choix d’une telle procédure pour traiter cette affaire est contesté par la Voix de l’enfant qui y voit une volonté de «juger rapidement et en catimini» cette affaire sensible, selon les propos tenus par son avocat.

Dans le cas d’espèce, l’enfant se trouve sur le Net, personnage en silicone plus vrai que nature. À croire le descriptif de ces « poupées d’amour », une trentaine de modèles étaient proposés allant de 100 à plus de 1000 euros, l’effet réaliste est celui recherché. Poupées « vierges vaginales et anales à poitrine plate, matière en silicone qui « offre un toucher soyeux (…) sans différence avec la vraie chair », pouvait-on lire à côté des photos de ces articles. Avec un argument commercial : « Laissez-vous tenter l’existence réelle (…) Vous pouvez obtenir tout ce que vous attendez d’une vraie fille. »

« Une totale banalisation de la sexualisation des enfants »

Alerté par plusieurs associations, dont la Voix de l’Enfant, le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles Adrien Taquet avait demandé le 17 août 2020 à Amazon de mettre un terme à la commercialisation de ces poupées, ce que l’entreprise a fait sur-le-champ tout en promettant de rester vigilante. Décidée à ne pas en rester là, la Voix de l’Enfant a porté plainte auprès du procureur de Paris. Le dossier a atterri à Dieppe, en lien avec la domiciliation du client ayant acquis une ces poupées sur Amazon. Elle s’est donc soldée par une CRPC.

L’association de défense des enfants attend du procès qu’il puisse susciter un débat et que «l’opinion publique puisse s’émouvoir», selon l’avocat cité par le quotidien. «Les faits poursuivis conduisent à une totale banalisation de la sexualisation des enfants au point d’en faire ni plus ni moins que des objets sexuels, ce qu’ils sont quand ils subissent des violences sexuelles réelles».

L’avocat estime enfin que la vente de ces poupées, « représentations sans ambiguïté d’enfants » peut faciliter le passage à l’acte d’adultes ou de mineurs. Si les prévenus et le parquet s’entendent sur un accord, l’avenir de cette procédure sera entre les mains du tribunal judiciaire de Dieppe.

Le Figaro