Difficile pour les Français de ne pas contourner les règles du confinement

Temps de lecture : 3 minutes

Des dérogations autodélivrées, des joggeurs qui ne peuvent pas dépasser le pâté de maisons, des vigiles pour empêcher la vente de jouets pour enfants: les règles du confinement pour lutter contre la propagation du coronavirus ont marqué la presse étrangère par leur absurdité.

Le relâchement, ce n’est pas pour tout de suite. Alors que, le jeudi 12 novembre, le Premier ministre Jean Castex a annoncé que toutes les mesures de lutte contre le coronavirus allaient rester en vigueur pour au moins quinze jours, d’un “confinement français si répressif que même les règlements sensés sont discrédités”.

La liste de dispositions paraissent plus improbables les unes que les autres, à commencer par l’autorisation de sortie: “Chaque fois qu’ils quittent leur domicile, les citoyennes et les citoyens doivent se doter d’une attestation signée, justifiant leur départ de chez eux. Par exemple, une attestation pour emmener les enfants à l’école, une autre pour aller se procurer du sirop pour la toux à la pharmacie, une troisième pour aller acheter une baguette, une quatrième pour se rendre sur son lieu de travail.”

Difficile de croire au bien-fondé des règles dans ces conditions même en ce qui concerne celles qui ont du sens. Résultat : infantilisés par leur gouvernement, les Français réagissent comme tels en se rebellant.

En effet, selon un sondage de l’Ifop, 60 % d’entre eux ont transgressé au moins une fois les règles du deuxième confinement. “Rencontres entre amis, ou sexe ! De nombreux Français contournent les règles du confinement. Si le moral des Français est au plus bas, ce n’est manifestement pas le cas de leur libido”.

Une gouvernance par la peur

Au malaise concernant les règles s’ajoute le soupçon d’un deux poids deux mesures. Gérard Darmanin a été aperçu courant, accompagné par ses gardes du corps, le long du canal, à Roubaix, bien au-delà de la distance autorisée d’un kilomètre de son domicile. Son cabinet a invoqué des raisons de sécurité, mais le ministre de l’Intérieur fait désormais l’objet de critiques virulentes sur les réseaux sociaux.

Face à cet “État autoritaire”, la France manque de répondant. “Le confinement a eu raison de l’esprit de résistance des Français !” face au spectacle donné par un peuple qu’il décrit comme subitement paralysé face au virus.

Comme la France a changé !

Un an avant le coronavirus, on aurait pu la croire au bord de la guerre civile, avec le soulèvement des ‘gilets jaunes’, contre Macron, contre la taxe sur l’essence, contre les élites hautaines au pouvoir. À l’époque, Macron était mal à l’aise, il se livrait à des déclarations confuses tout en parcourant le pays pour débattre afin de montrer qu’il comprenait les gens.

Aujourd’hui, il est satisfait, tel un empereur absolutiste qui émet des décrets depuis le sommet. La France d’en bas n’ose plus bouger, sa résistance brisée comme elle ne l’a encore jamais été auparavant. Tel est le sens du Covid-19. La maladie sert désormais de justification à la domination d’une société par l’État qui dépasse le cadre de la politique, un État qui gouverne par la peur.”

Les choses s’améliorent

En revanche, si l’on considère la courbe des nouvelles contaminations, l’approche de Macron porte apparemment ses fruits. “C’est une approche moins draconienne par rapport à l’obligation de rester chez soi, notamment car elle résiste aux appels à fermer les écoles.

Les données de mobilité accessibles de Facebook et Google pour juger le comportement de la population depuis le 30 octobre, date du début du nouveau confinement.

Conclusion : “Les Français prennent le confinement au sérieux. Le commerce de détail et le trafic ont diminué de 50 % par rapport à avant le virus.” Les données de Facebook montrent que les Parisiens avaient nettement réduit leurs déplacements à partir même de la mi-octobre, et du couvre-feu.

Globalement, concernant la gestion de la crise par le gouvernement (qui semble maintenant davantage agir que réagir), “Ce n’est pas encore ça, mais, au moins, les choses semblent s’améliorer.

Cependant, de nouveaux sujets de discorde se profilent déjà. Concernant la question du vaccin à la suite des annonces de Pfizer et BioNTech : “Les Français font partie des citoyens les plus rétifs au monde à ce sujet. Face à cette réticence, le député vert européen Yannick Jadot a préconisé de rendre le vaccin obligatoire. Mais le ministre de la Santé a répliqué qu’il valait mieux obtenir la ‘confiance’ du public.

Bloomberg