Dijon (21) : la préfecture encouragerait les migrants clandestins à ne pas rester en France

La préfecture de Côte-d’Or pousserait-elle certains migrants éligibles à une régularisation à quitter le territoire français ? C’est en tout cas ce que dénoncent les associations locales d’aide aux sans-papiers et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) de Dijon.

…Le 30 juin dernier, les services de l’Etat se rendent dans les locaux du Samu social, rue des Creuzots à Dijon, où sont accueillies les familles de sans-papiers. Les propos tenus encouragent les personnes en situation irrégulière à ne pas déposer de demande de titre de séjour et à quitter volontairement le territoire.

Eviter un afflux de demandes
Durant cette rencontre, Sébastien Gauthey, directeur de l’immigration et de la nationalité au sein de la préfecture ainsi que des représentants de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFFI) demandent aux familles présentes de partir volontairement. À plusieurs reprises, les membres de la délégation certifient que la régularisation n’est pas automatique et est particulièrement rare. Ils présentent le retour volontaire des sans-papiers dans leur pays d’origine comme la seule solution pour eux […].

Six ans après le début de la vague migratoire qui a touché le sud de l’Europe, le nombre de candidats potentiels à ce statut est en hausse. Une situation qui pourrait expliquer l’insistance des services de l’Etat […].

Arrivée en France en 2016, Sarah (prénom modifiée) était […] présente au centre à ce moment-là. Particulièrement marquée par ce discours, elle rapporte des “propos vraiment violents“, “cela m’a fait peur et les enfants étaient traumatisés. Ma fille m’a demandé quand est-ce que la police allait venir nous chercher” explique la mère de famille.

La menace de départs violents
Ils m’ont dit “madame il faut retourner dans votre pays, il ne faut pas rester ici avec vos enfants”. On nous a dit qu’il fallait demander le retour volontaire et que si on ne le faisait pas ils enverraient les policiers pour venir nous chercher à cinq ou six heures du matin et nous emmener de force dans notre pays“.

Egalement présente face aux personnels de l’OFFIH et de la Préfecture, Nana (prénom modifié) déplore la “tristesse qui s’est installée” dans le centre depuis ce mercredi soir de juin. La mère de famille nous explique désormais vivre dans l’angoisse et la peur de voir débarquer les forces de l’ordre pour procéder à leur expulsion. “Ma fille aînée passait le bac à ce moment-là et cela a été horrible à vivre pour elle. Elle partait tôt le matin pour aller réviser en dehors du centre” retrace celle qui est arrivée en France en 2017 en provenance de République Démocratique du Congo.

Elle poursuit : “Pour créer le trouble, ils nous ont aussi dit que les associations nous mentaient et qu’elles se servaient de nous” […]. Durant la réunion, les représentants de la préfecture affirment à plusieurs reprises que le discours des associations n’est pas fondé et que l’ensemble des familles n’ont aucun espoir d’obtenir un titre de séjour en France.

Des départs volontaires plus rentables ?
Les représentants de l’OFFI indiquent alors aux migrants les démarches à suivre pour quitter le pays et leur détaillent le dispositif d’aide au retour volontaire. Ils assurent que leur transport en train jusqu’à l’aéroport puis en avion jusqu’à leur pays d’origine sera pris en charge par l’État s’ils signent une demande de départ volontaire. De plus, 650 euros leur seront donnés pour lancer leurs projets une fois installés […]. Selon une étude parlementaire publié le 5 juin 2019, les expulsions forcées coûtent six fois plus que les départs volontaires aidés. 13 800 euros contre 2 500 euros. En France, 70 à 80% des départs de migrants sont imposés…

franceTVinfo