Djidji Ayokwe : Pour réparer une injustice, la France va restaurer puis restituer le fameux tambour parleur à la Côte d’Ivoire

Djidji Ayokwe est un tambour mythique des Ebrié, peuples de la Côte d’Ivoire. Il émet des sons variés utilisés pour transmettre des messages entre localités, villages près d’Abidjan. L’instrument est destiné à transmettre des indications ou des ordres à caractères politiques ou économiques. Selon la tradition orale des Tchaman du Goto Bidjan, en 1916, l’administrateur des colonies Simon reçoit l’ordre du gouvernement général de “pacifier” le pays qui – à maintes reprises – résiste aux autorités françaises d’occupation.

Avertis, les Tchaman défendent leur bien. Cependant, mieux armés, recevant du renfort du camp des gardes d’Abidjan, les militaires de Simon enlèvent le tambour et coupent ainsi la communication des peuples résistants. Il réalise par la suite la « pacification » des villages soumis. Par la suite, les clans (Mando) se soumettent à l’autorité d’occupation.

Simon organise des expéditions punitives contre les villages “rebelles”. À chaque opération, les troupes coloniales et ses milices locales découvrent que les Bidjan sont informés des opérations et unis pour défendre le village attaqué. Le rôle du tambour Djidji Ayokwe dans la résistance des Tchaman est plus tard découvert. Simon organise en 1916 une expédition punitive contre Adjame, lieu où est entreposé le Djidji Ayokwe.

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C’est une pièce imposante et unique que la France va prochainement restituer à la Côte d’Ivoire, le Djidji Ayokwe, le tambour parleur du peuple Atchan. Une œuvre qui est actuellement dans les réserves du musée du quai Branly à Paris. Ce mercredi 25 mai, les autorités ivoiriennes représentées par la ministre de Culture, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France et la directrice du musée d’Abidjan, ont pu découvrir pour la première fois cette pièce de 3,31 mètres de long et qui pèse 430 kilos.

Direction le sous-sol, dans les réserves du musée du quai Branly. À l’arrivée du précieux tambour, silence et recueillement prédomine au moment de sa découverte. « C’est une très grande émotion. On est tous pris par ce grand moment », raconte Françoise Remarck, ministre ivoirienne de la Culture. « C’est quand même impressionnant, car ce tambour a été au centre de la culture de notre peuple. Tout tournait autour de ce tambour, la religion, le système socio-politique », raconte le porte-parole des chefs de village Atchan, qui attend ce retour avec impatience.

Le Djidji Ayokwe est un tambour en fonte. Si l’objet est resté en bon état, le bois apparaît un peu usé au niveau de la base. Les équipes du musée ont donc proposé d’engager une restauration de l’objet : « Notre crainte première sur l’état structurel de cet objet, c’est sa perte de solidité. Ce qui rendrait son transport assez risqué et qui nécessiterait une consolidation à cœur de ses parties infestées, de même que des collages de certaines parties », détaille Stephanie Elarbi, du musée du quai Branly.

Des propositions de restauration acceptée ce mercredi par les parties ivoiriennes. Même si le porte-parole des chefs de village a une requête : « Après consultation de tous les chefs, ils ont souhaité qu’on ne touche pas à tout ce qui était coloration, car chaque pigmentation est liée à un culte, une pratique magico-religieuse ». Autre demande : les chefs Atchans veulent pouvoir venir « parler » avec l’objet, avant que ne soit engagée la restauration.

C’est avec émotion que je découvre ce tambour. Nos ancêtres, nos parents nous en ont parlé mais c’est quand même impressionnant. Parce que ce tambour est au centre de la culture de notre peuple, les Bidjan.” – Djagoua Guy, le porte-parole des chefs de village Bidjan