Documentaire : “Des vies sans école” sur France 2 (Màj vidéo)

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Le beau documentaire de Katia Chapoutier  Des vies sans école nous fait découvrir les motivations de parents qui instruisent eux-mêmes leurs enfants. Les aspects positifs mais aussi les inconvénients de ce choix apparaissent. Un film à ne pas manquer ce mercredi 25 mai à 22 heures 55 sur France 2.

Jean d’Ormesson, Jean-Paul Sartre ou encore Françoise Dolto ont appris à lire, écrire et compter sans jamais mettre un pied à l’école. À leur époque et jusqu’à la loi dite «contre le séparatisme» de 2021, seule l’instruction et non la scolarisation était obligatoire. En 2022, l’instruction en famille (IEF) est toujours possible mais devient très encadrée. Dans Des vies sans école, Katia Chapoutier nous fait découvrir le quotidien de quatre familles qui ont choisi ce modèle pédagogique bien particulier.

Quand l’école à la maison entre dans le viseur du gouvernement en 2021, l’objectif affiché est de lutter contre le fondamentalisme islamique dans les familles. Alors que la loi est en cours d’examen au moment de sa réalisation, aucune question religieuse n’est cependant abordée dans le documentaire. La réalisatrice a en effet voulu porter un autre regard sur les quelque 62.000 jeunes Français qui s’instruisent en dehors du système scolaire.

Équilibre de vie

À travers les témoignages des enfants et des parents, on comprend la diversité des profils et des motivations. Certaines familles sont en quête de liberté et de voyages, quand d’autres font face à des phobies scolaires ou des troubles cognitifs, comme la dyslexie. Les parents témoignent tous d’une même inquiétude, celle de voir leurs enfants broyés par le système. Dans huit cas sur dix, ce sont les mères qui se chargent d’instruire leurs enfants.

Dans certaines familles, l’école à la maison est une vraiment salutaire. Les parents n’ont pas choisi ce système. Il s’impose comme le seul acceptable pour l’enfant. Le témoignage du jeune Léonard, par exemple, est édifiant. En classe de quatrième pendant le tournage, l’enfant a quitté l’école en CM2. À bout de souffle. «Pour moi, l’école, c’est le bagne, c’est une prison. Je n’y arrivais pas, j’avais des envies de suicide», se remémore-t-il. Léonard est dyslexique, dysgraphique et haut potentiel. Grâce aux cours du Cned et à une maman patiente et disponible toute la journée, il reprend confiance en lui, parvient à se concentrer et voit ses résultats augmenter.

Quant à Alexine, elle aussi était en phobie scolaire. Harcelée à l’école, la petite fille s’est réfugiée dans la sphère familiale. Avec ses parents, elle retrouve un équilibre de vie et suit les cours à distance. Sa famille profite de ces aménagements pour voyager régulièrement en Grèce.

Projets pédagogiques atypiques

Le documentaire attire aussi l’attention sur des projets pédagogiques plus atypiques. Gwenaëlle a choisi l’IEF pour laisser ses enfants apprendre tout seul. «Pour moi, il faut que l’enfant apprenne ce qu’il veut quand il veut avec qui il veut», explique-t-elle gaiement. Les résultats d’une méthode aussi tolérante peuvent laisser perplexe. Âgé de 23 ans, l’aîné de la famille suit une formation pour travailler sur des chantiers associatifs. Le jeune homme semble épanoui mais assume sans complexe de ne pas maîtriser ses tables de multiplication.

Sans apporter de réponse claire, le documentaire interroge aussi sur la qualité des contacts sociaux noués par les enfants en dehors du cadre familial. On se demande notamment si certains enfants, très protégés, ne risquent pas, à l’âge adulte, de devenir mal adapté socialement ou allergique à toutes formes de cadre. Dans le film, cependant, l’épanouissement des enfants et la joie palpable des familles ne peuvent que plaider en faveur de la liberté d’instruire ses enfants à la maison.

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On parle de 62.000 enfants qui apprendraient en dehors des murs de l’école. C’est ce que l’on appelle l’IEF, l’instruction en famille. Un choix et une liberté offerts à tous depuis Jules Ferry. Mais la loi dite « Séparatisme », actuellement examinée au Sénat viendrait chambouler la donne. Il ne serait plus possible pour ces familles de continuer à laisser leurs enfants étudier à la maison, à quelques rares exceptions près.

Pourtant, pour de nombreuses familles, l’école à la maison est bien plus qu’une question d’instruction, c’est un choix de vie profond. Katia Chapoutier est partie à la rencontre de quatre familles pour qui l’IEF est une expérience enrichissante et épanouissante.

Quatre familles très différentes mais qui ont cependant le point commun de n’être ni en colère contre l’Education Nationale ni prosélyte dans leur démarche.

Pendant quelques mois, elles ont accepté de partager leur quotidien et leur intimité afin de nous expliquer leurs choix, leurs réflexions mais aussi l’organisation d’une existence où l’on vit ensemble 24 heures sur 24.

Sans tabou ils répondent à toutes les questions et nos doutes prouvant qu’il n’y a pas une seule méthode mais autant d’école à la maison qu’il y a de famille.

Permanente ou temporaire, l’IEF peut être une réponse aux difficultés de l’enfant, comme Léonard qui a été rejeté par son maître car il souffrait de trouble de l’attention et de dyslexie. Ou Alexina atteinte de phobie scolaire. Pour Mélodie et Jean-Gaël, c’est un moyen d’offrir le temps de vivre à leurs deux enfants. Pour Gwenaele et Gilles, le choix du libre apprentissage est selon eux le meilleur chemin pour que leurs cinq enfants deviennent des citoyens éclairés bien dans leur vie.

A travers ces quatre témoignages où l’on découvre comment l’école à la maison peut être une réussite, ce n’est pas seulement le système scolaire qui est questionné, c’est aussi notre rapport à l’autre et à l’enfant. Une formidable opportunité de réfléchir au sens du terme éducation. Qu’elle soit scolaire ou morale.

Ce documentaire sera suivi d’un plateau présenté par Marie Drucker avec Isabelle Filliozat, psychothérapeute et Agnès Van Zanten, sociologue, directrice de recherche au CNRS-Science PO.

Note d’intention de Katia Chapoutier

“Longtemps, j’ai eu beaucoup d’a priori sur l’école à la maison. J’avais l’impression que c’était un choix qui coupait les ailes des enfants, un choix qui les éloignait de la société, un choix clairement égoïste.

Car, pour moi, l’école, la vraie, à mes yeux était forte et ainsi elle garantissait l’égalité pour tous.

Et, en fait, ce documentaire m’a profondément fait réfléchir et j’ai compris que toutes ces idées reçues étaient liées au fait que je n’avais jamais vraiment côtoyé de famille qui pratiquait l’école à la maison.

En enquêtant, j’ai navigué dans de nombreux univers. J’ai découvert des méthodes étonnamment variées mais j’ai surtout fait la connaissance d’enfants libres, épanouis, sûrs d’eux-mêmes et épargnés par les diktats de la société de consommation. J’ai été fascinée par les belles capacités d’adaptation tout terrain qu’ils pouvaient avoir en particulier quand il s’agit, pour certains, de réintégrer le lycée pour décrocher le fameux bac…

De ces enfants qui, dit-on, n’ont pas accès à la socialisation, j’ai surtout été impressionnée par leur capacité à se lier à tous les âges. Contrairement aux enfants scolarisés qui ont rarement des camarades dans les classes au-dessus ou au-dessous, les « non-sco »perçoivent la richesse de toutes les périodes de la vie et loin de tout formatage ils parlent d’égal à égal avec toutes les générations.

J’ai fait le choix de donner la parole à quatre familles très différentes pour qui l’école à la maison est un choix essentiel et absolument central dans leur vie. J’ai trouvé qu’il était intéressant de donner la parole à des gens qui ont énormément réfléchi à leur choix et pour qui cela marche.

Pour moi, il était essentiel que ces familles ne soient pas en colère contre l’éducation nationale car cela aurait brouiller le message. Il était important qu’elles ne soient pas prosélytes. Ce choix est le leur et elles respectent ceux des autres.

Avant de tourner, nous avons passé du temps ensemble. Il était fondamental de ne plus être des inconnus pour les familles. Que contrairement à trop souvent dans leur quotidien, ces familles ne se sentent pas jugées mais bel et bien écoutées.

A ma grande surprise, au fil de mon travail d’enquête j’ai commencé à percevoir combien ces familles pouvaient m’apprendre sur la mienne. Combien l’écoute des rythmes et des envies de l’enfant pouvait lui transmettre une chose essentielle pour s’épanouir dans la vie : le respect de l’autre. Ainsi en l’accompagnant dans toute sa diversité et son unicité, on apprend instinctivement à l’enfant à faire de même avec son prochain.

Je ne suis pas pour autant devenue une adepte de l’école à la maison. Même si je pourrais l’envisager si un de mes quatre enfants était en souffrance. Mais, réaliser ce film m’a beaucoup fait réfléchir à bien des points de l’éducation que nous donnons à nos enfants. Et je crois pouvoir dire que cela nous a tous fait grandir. J’espère qu’il en sera de même pour les téléspectateurs”.

*À voir, sur le même sujet, le film de fiction Captain Fantastic  (2016).

Le Figaro