Donna J. Haraway : Comment imaginer un monde “moins meurtrier, moins fondé sur le génocide et le racisme”

Peu connue en France, la réflexion de Donna Haraway, qui spécule sur l’avenir des relations entre l’homme et les autres êtres vivants, est réputée dans le monde depuis quarante ans. La crise écologique et sanitaire a remis ses idées en avant. Ses derniers livres mêlent, comme à l’accoutumée, enquêtes rigoureuses, culture encyclopédique et histoires personnelles. Ses thèses font espérer une autre mondialisation, plus juste et plus pacifique.

Donna Haraway est l’auteur de plusieurs livres sur la biologie et le féminisme. Elle est l’une des pionnières du cyberféminisme. Elle est à l’origine du concept de connaissance située.

Elle est connue pour Manifeste cyborg : science, technologie et féminisme socialiste à la fin du XXe siècle, un essai qui a marqué les premières heures du cyberféminisme, publié en 1985 dans la Socialist Review, puis en 1991 dans son livre Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature. Elle y emploie la métaphore du cyborg pour expliquer que les contradictions fondamentales de la théorie féministe et identitaire devraient être conjointes au lieu d’être résolues, ainsi que la machine et l’organique dans les cyborgs. L’idée de cyborg déconstruit les binarismes de maîtrise et manque de maîtrise du corps, objet et sujet, nature et culture, dans un sens qui soit utile à la pensée féministe postmoderne.

Haraway montre à travers cette métaphore que des choses qui semblent naturelles, comme le corps humain, ne le sont pas : elles sont construites par nos idées sur elles. Cette idée a un intérêt certain pour le féminisme, dans la mesure où les femmes sont souvent réduites à des corps. C’est aussi une critique de l’essentialisme qui subvertit l’idée de naturalité et l’artificialité, le cyborg étant un être hybride.

En outre, Haraway plaide pour une « politique des affinités »12 contre une politique identitaire féministe, soulignant les multiplicités à l’œuvre dans le mouvement féministe (« femmes de couleur », etc.) et refusant l’idée même d’un « état féminin ».