Doubs (25) : Une association se mobilise pour de jeunes migrants majeurs guinéens menacés d’expulsion

La situation du jeune apprenti Guinéen Laye Fodé, dénoncée par son employeur boulanger qui est en grève de la faim à Besançon (Doubs), n’est pas unique. D’autres jeunes majeurs étrangers doivent interrompre leur formation en raison d’une obligation de quitter le territoire français.

Le 31 août dernier, l’association Solmiré (Solidarité Migrants-Réfugiés) et l’intersyndicale des professionnels du secteur de la protection de l’enfance avaient manifesté contre “la fin de prise en charge, et la mise à la rue, d’une vingtaine de jeunes majeurs guinéens par le département du Doubs, alors que ces jeunes étaient, soit scolarisés, soit en contrat d’apprentissage“.

La situation de ces jeunes Guinéens met en évidence un paradoxe : alors que la France investit de l’argent dans la formation de ces jeunes, que ces jeunes choisissent parfois des formations dans des métiers délaissés par les Français, ce même pays décide de les reconduire à la frontière une fois qu’ils deviennent majeurs. Comment peut-on expliquer ce qui, à première vue, est contradictoire ? 

Pour tenter de comprendre cette “situation kafkaïenne” selon l’expression de Springfield Marin, le représentant de RESF 39 réseau éducation sans frontières, il faut déjà savoir qu’un mineur étranger qui arrive sur le territoire français est accueilli même si il n’a pas de papiers. Il peut résider en France même sans titre de séjour. C’est aux départements via l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) de s’occuper de ces jeunes, de les héberger et de leur proposer des formations. 

Tout bascule lorsque les jeunes étrangers deviennent majeurs

Avoir 18 ans peut mettre fin à un parcours de formation et d’intégration. Car les étrangers majeurs doivent avoir un titre de séjour pour rester en France. 

Et pour obtenir un titre de séjour, il faut remplir un dossier administratif et fournir des “papiers” comme une fiche d’état civil, un acte de naissance. C’est à ce moment que la situation des jeunes Guinéens est particulière. Dans leur pays d’origine, l’administration de l’état-civil est chaotique. La PAF, police de l’air et des frontières, estime que les papier fournis par les jeunes Guinéens ne sont pas véritables. Une attitude contestée par le GISTI ( Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s) qui a demandé l’annulation de cette note de service généralisant l’idée que tous les papiers d’identités des Guinéens étaient susceptibles d’être faux. Pour le GISTI, on ne peut pas généraliser un tel raisonnement, les situations sont à chaque fois uniques. 

Pas de titre de séjour, pas de formation, pas de travail

Pour les mineurs guinéens, la constitution de leur dossier pour obtenir un futur titre de séjour est donc particulièrement compliquée. Pas de titre de séjour, pas de formation, pas de travail. En septembre dernier, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a donné des instructions aux préfets pour que les jeunes mineurs étrangers en formation puissent commencer les démarches pour obtenir un titre de séjour dès leur majorité “afin de prévenir les situations de rupture du parcours vers l’emploi” .

Cela se fait déjà dans certaines préfectures. Pour l’association SOLMIRE, le véritable objectif de cette circulaire serait plutôt d’accélérer les décisions de reconduites à la frontière. Au vu du nombre de formalités, de pièces administratives à fournir. Pour un jeune sans papiers reconnus par l’État français, il est toujours aussi compliqué d’obtenir un titre de séjour. La forte mobilisation pour soutenir la grève de la faim entreprise par Stéphane Ravacley, l’employeur du jeunes Laye Fodé, montre l’incompréhension d’une partie des Français face à ces obligations de quitter le territoire français.

France3