Draguignan (83) « Si vous le tuer, vous avez 2000 », un ado fait exécuter son père pour toucher l’héritage et se lancer dans le trafic de stupéfiants

Au printemps 2020 dans le Var, un jeune de 15 ans a fomenté avec un ami l’assassinat de son père, à la tête d’un riche patrimoine immobilier. Celui qui a pressé la détente comparaît devant la cour d’assises des mineurs de Draguignan.

Sylvain P., un Dracénois d’une cinquantaine d’années, avait été retrouvé mort dans sa propriété le 24 avril 2020. Dans le calme quartier résidentiel des Teissonnières, à quelques centaines de mètres du centre hippique de La Foux, à Draguignan, le coup de feu mortel tiré en plein après-midi sur le quinquagénaire n’était pas passé inaperçu. Surtout en pleine période de confinement.

Le père de famille, récemment divorcé, habitait dans une grande villa avec son fils et sa nouvelle compagne. Propriétaire de plusieurs biens immobiliers, il vivait plutôt confortablement de ses rentes. Une aisance financière qui aurait attisé la convoitise de son enfant. Au point que le mineur décide, au terme d’une folle réflexion et l’élaboration d’un plan machiavélique, de demander à un ami à peine plus âgé de tuer Sylvain P. Dans le simple but d’hériter de sa fortune…

Cinq jours après l’assassinat, les deux jeunes garçons étaient interpellés. Leurs aveux étaient d’autant plus corroborés que les enquêteurs de la police judiciaire de Toulon avaient découvert chez le tireur présumé une feuille manuscrite détaillant les termes du “contrat”. Et la part de l’héritage qui aurait dû revenir à l’exécutant.

Pendant près d’un an, la tête de Sylvain P., rentier immobilier dans le sud de la France, a été mise à prix. Le commanditaire n’était autre que son fils, Jordan*, 15 ans. Sur une feuille volante, l’adolescent avait rédigé un contrat à destination du tueur à gage: «Si vous le tuer (sic), vous avez 2000 et y aura pas de problème avec les condes (NDLR: les policiers). Vous inquiétez pas mais je veux qu’il soit mort.»

Le drame s’était noué dans le cossu quartier des Teissonnières, à Draguignan, durant le confinement du printemps 2020

Pour éliminer son père, l’adolescent sollicite ses camarades de classe, ses copains de quartier, leur promettant une belle récompense. Sa proposition ne rencontre guère de succès jusqu’à ce qu’elle atteigne Adam*, 17 ans, un jeune influençable attiré par l’appât du gain. Le 24 avril 2020, le père de famille est exécuté d’une balle dans la tête dans sa villa de Draguignan (Var). Son fils a été condamné en avril 2022 par un tribunal pour enfant à 15 ans de réclusion pour avoir commandité son assassinat. L’exécutant présumé est quant à lui jugé à partir de ce lundi, devant la cour d’assises des mineurs.”

Un ado qui «retourne le cerveau» de ses amis

Pendant près d’un an, la tête de Sylvain P., rentier immobilier dans le sud de la France, a été mise à prix. Le commanditaire n’était autre que son fils, Jordan, 15 ans. Sur une feuille volante, l’adolescent avait rédigé un contrat à destination du tueur à gage: «Si vous le tuer (sic), vous avez 2000 et y aura pas de problème avec les condes (NDLR: les policiers). Vous inquiétez pas mais je veux qu’il soit mort.» Pour éliminer son père, l’adolescent sollicite ses camarades de classe, ses copains de quartier, leur promettant une belle récompense. Sa proposition ne rencontre guère de succès jusqu’à ce qu’elle atteigne Adam, 17 ans, un jeune influençable attiré par l’appât du gain.

Le 24 avril 2020, le père de famille est exécuté d’une balle dans la tête dans sa villa de Draguignan (Var). Son fils a été condamné en avril 2022 par un tribunal pour enfant à 15 ans de réclusion pour avoir commandité son assassinat. L’exécutant présumé est quant à lui jugé à partir de ce lundi, devant la cour d’assises des mineurs.

Un ado qui «retourne le cerveau» de ses amis

Lorsque les pompiers pénètrent dans la propriété familiale, ils distinguent des râles provenant du garage, reconverti en salle de sport. Le bas du corps de Sylvain P. est encore sur la selle du vélo d’appartement, tandis que sa tête gît sur le sol dans une mare de sang. Il décède sur le chemin qui mène à l’hôpital. Le médecin légiste conclut à «une mort violente par traumatisme par arme à feu». À la suite de fructueux investissements immobiliers sur la Côte d’Azur, la victime, qui n’avait pas encore fêté ses cinquante ans, ne travaillait plus. Il consacrait ses journées au sport et à l’éducation de son fils unique, né d’une première union. Ses proches ne lui connaissent pas d’ennemi, le brossant tour à tour comme un homme «drôle», «courageux», «travailleur».

Le matin des faits, deux jeunes ont été aperçus par le voisinage en train de rôder aux abords du domicile. L’un, les cheveux tirés en catogan, tenait un cutter entre ses mains. Le signalement correspond à celui du fils de Sylvain, qui est aussitôt placé en garde à vue. Dans sa chambre sont découverts des documents où il est question de meurtre et d’héritage. Face aux enquêteurs, l’adolescent accuse dans un premier temps son ami Adam, le présentant comme l’unique instigateur de cette terrible machination. Mais face aux nombreux témoignages à charge, il revient sur ses dires et avoue avoir fomenté l’assassinat, tout en réfutant un mobile financier. «Cet enfant est né avec une cuillère en argent dans la bouche et répétait qu’il ne comptait pas travailler», corrige un avocat du dossier.

Entre 2019 et 2020, il s’est approché d’au moins sept amis au collège ou sur les réseaux sociaux pour les enjoindre à appuyer sur la détente. Selon l’interlocuteur, il proposait en échange 3.000, 10.000 ou 200.000 euros et motivait son projet criminel par le fait que son père s’était montré violent envers lui. En réalité, les investigations n’ont pas mis au jour des traces de violences. Jordan avait l’habitude de «retourner le cerveau» de ses camarades, rapporte l’un d’eux. Ses professeurs font état de problèmes de discipline à répétition ayant abouti à l’exclusion de l’internat.

«Je pense qu’il est fou et je suis le seul débile à avoir accepté»

Devant les enquêteurs de la police judiciaire de Toulon, sa belle-mère dépeint aussi un ado ingérable, «enfant roi», «manipulateur», «menteur». Elle le présente comme «vénal» et précise qu’il a déjà volé 900 euros à sa grand-mère maternelle. Le jour du drame, Sandrine* se souvient avoir aperçu avant de partir faire des courses son ami Adam, un jeune à qui «on aurait pu donner le bon Dieu sans confession». Plus âgé de deux ans, cet apprenti connaît des troubles du développement et de l’attention, nécessitant sa scolarisation dans un établissement spécialisé.

Face aux multiples relances de Jordan – pour qui il développe secrètement des sentiments amoureux -, Adam finit par céder environ quinze jours avant les faits. «Je pense qu’il est fou et je suis le seul débile à avoir accepté», soupire-t-il au cours d’un interrogatoire. «Dès qu’on l’a tué on monte en Alsace et on prend le billet d’avion», lui promet le commanditaire la veille de l’assassinat, avant d’ironiser dans un message envoyé le matin du drame: «c’est aujourd’hui mdr». Jordan fournit l’arme, appartenant à son père, ainsi qu’un cutter, dans le cas où son ami n’arriverait pas à tirer. Pour la suite, le plan est de se partager l’héritage de 460.000 euros puis de quitter le pays et de se lancer dans le trafic de stupéfiants.

Une fois confronté à sa cible, Adam aurait tenté de faire marche arrière. «Il est allé pour l’exécuter, finalement il a fait marche arrière et le tir est parti accidentellement», indique au Figaro son avocat Me Laurent Latapie. D’après l’expert balistique, sa version des faits est compatible avec les constatations techniques. Un élément qui pourrait inciter à une relative clémence la cour d’assises de mineurs de Draguignan, durant quatre jours de débats qui se dérouleront à huis clos. L’expert psychiatrique a en outre conclu à une «altération du discernement du fait de troubles psychiatrique ou neuropsychiques». «C’est un pauvre garçon qui s’est fait manipuler», commente un autre avocat du dossier. Présent au procès de Jordan en mai dernier, le pénaliste se souvient d’un accusé «qui n’avait versé qu’une demi-larme». «Il a fait part de ses remords, mais on avait de quoi douter.»

*Les prénoms ont été modifiés.

Le Figaro