Drépanocytose : Les avancées des thérapies génétiques viendront-elles à bout de la “maladie des Noirs” ?

Deux thérapies génétiques, dont une faisant appel à l’outil d’édition des gènes Crispr, ont permis de soigner des personnes atteintes de drépanocytose et de thalassémie.

“Il s’agit de deux étapes extraordinaires : une avancée notable dans le traitement de la drépanocytose et d’une autre grave maladie du sang, la bêta-thalassémie et c’est aussi une première pour la technique d’édition du génome Crispr.”

Les résultats de deux études qui ont permis de tester des traitements innovants pour ces maladies génétiques héréditaires. Actuellement, le remède standard consiste en des transfusions sanguines régulières. Le seul traitement curatif disponible contre la drépanocytose ou les formes majeures de thalassémie est la greffe de moelle osseuse, avec toutes les difficultés que cela représente, en particulier en ce qui concerne la possibilité de trouver un donneur compatible.

La drépanocytose est une maladie relativement répandue. Elle concernerait 300.000 naissances par an dans le monde, selon l’Inserm. Les personnes qui en sont atteintes possèdent une mutation sur leurs deux copies du gène de l’hémoglobine, la protéine transportant l’oxygène dans les globules rouges.

Chez ces personnes, ces cellules ont la forme d’une faucille (sickle en anglais, donnant le nom “sickle cell disease” à la drépanocytose), une anomalie qui peut obstruer les vaisseaux sanguins, déclencher des douleurs intenses, augmenter le risque d’infections et d’accidents vasculaires cérébraux. Ces mutations se sont répandues en Afrique, où le paludisme est courant, car une seule copie protège les cellules sanguines des parasites qui provoquent cette maladie.

Réparer l’hémoglobine défectueuse

Les deux études relayées par la revue scientifique sont parues le 5 décembre dans le New England Journal of Medicine (NEJM). L’une décrit la thérapie utilisant l’outil d’édition du génome Crispr, expérimentée avec succès chez une patiente atteinte de drépanocytose et chez un patient souffrant de thalassémie. Haydar Frangoul, premier auteur, a présenté le lendemain de la publication les résultats obtenus auprès de dix autres patients, dont sept souffrant de thalassémie et trois de drépanocytose, lors de la conférence annuelle de l’American Society of Hematology (ASH), qui se déroule en ligne jusqu’au 11 décembre.

L’autre étude rend compte du succès d’une thérapie génique plus classique, faisant appel à un virus désactivé pour transporter de l’ADN, expérimentée chez six patients atteints de drépanocytose traités pendant au moins six mois.

Pour ces deux traitements, les chercheurs ont “bricolé” des gènes pour faire en sorte que l’hémoglobine, qui est défectueuse dans ces maladies, ne le soit plus. Ils ont d’abord prélevé des cellules souches chez les patients, puis, en laboratoire, ils ont désactivé une protéine régulant l’expression d’un gène, appelée BCL11A,qui joue un rôle majeur dans l’arrêt de la production d’hémoglobine fœtale peu après la naissance.

Puis, les patients ont subi une chimiothérapie afin d’être débarrassés de leurs cellules malades. Celles-ci ont été remplacées par les cellules souches modifiées en laboratoire, transmises par perfusion. Avec un gène fœtal désormais actif, la protéine restaure l’hémoglobine manquante dans la thalassémie ; pour la drépanocytose, elle remplace une partie de l’hémoglobine adulte défectueuse et empêche celle qui resterait de prendre cette forme de faucille.Encore du chemin à parcourir

Les patients ayant reçu l’un ou l’autre de ces traitements n’ont plus eu besoin de transfusion, à l’exception d’une personne. Pour Stuart Orkin, un biologiste dont le laboratoire a découvert l’importance de BCL11A, et qui n’a pas participé à ces travaux, ces résultats sont “merveilleux, mais cela ne résoudra pas le problème à l’échelle mondiale”.

Ces nouvelles thérapies géniques nécessitent un suivi très poussé, elles présentent pour l’instant les mêmes problèmes de sécurité que les greffes de moelle osseuse et leur coût risque d’être faramineux. Cependant, les chercheurs ont bon espoir de réussir à éliminer les risques et à faire baisser les coûts.

Des équipes planchent notamment sur d’autres techniques pour se débarrasser des cellules malades afin de s’affranchir de l’étape chimiothérapie, potentiellement associée à des effets secondaires lourds.

Science