Drogue : Gaz hilarant, pourquoi le protoxyde d’azote inquiète-t-il les autorités ?

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On le trouve dans des petites cartouches cylindrées en acier inoxydable. Le protoxyde d’azote (N2O) est un gaz hilarant qui inquiète de plus en plus les autorités. À l’origine vendu pour les siphons à chantilly, il est en effet utilisé à des fins récréatives. Or, ce gaz peut être dangereux pour la santé.

Plusieurs villes ont ainsi décidé d’interdire sa vente aux mineurs : c’est notamment le cas à Montpellier (Hérault), Cannes (Alpes-Maritimes), Nantes (Loire-Atlantique) ou encore Compiègne (Oise). 

Cette fois, c’est au tour de Carcassonne, dans l’Aude. La ville a signé le 5 août un texte qui interdit pour les mineurs la vente et la possession de cartouches de protoxyde d’azote dans l’espace public, rapporte L’Indépendant. Son utilisation à but récréatif est aussi interdite aux adultes dans l’espace public.

Un risque d’asphyxie et de séquelles à long terme

Déjà le 9 juillet dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alertait sur les dangers de l’inhalation du protoxyde d’azote. En effet, lorsqu’il est inhalé pour ses effets euphorisants, le protoxyde d’azote peut provoquer une asphyxie par manque d’oxygène, un risque de chute ou encore des brûlures liées au froid du gaz.

Selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) paru en juin, ce gaz, de plus en plus populaire chez les jeunes entre 20 et 25 ans, présente toutefois des dangers pour la santé. Parmi les effets recensés : des maux de tête, des vertiges, et des problèmes neurologiques persistants dans les cas les plus graves.

Plusieurs municipalités, à l’instar de Montpellier ou Evreux, ont interdit la vente de ce produit aux mineurs. Après une alerte du ministère de la Santé et de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues), le Sénat a également voté une proposition de loi en ce sens. Elle doit encore être votée à l’Assemblée. 

La durée de ces effets ne dépasse pas quelques secondes.“On a cette image très rassurante d’un gaz qui fait rire, (…) on gonfle un ballon, ça a un côté bon enfant (….) C’est une défonce facile, pas chère, ça dure 30 secondes et les jeunes n’ont pas l’impression qu’à terme il pourrait y avoir des atteintes neurologiques persistantes”, alerte auprès de l’AFP,Cécilia Solal, toxicologue et coordinatrice du rapport de l’Anses. 

Selon Cécilia Solal, l’usage détourné du protoxyde d’azote n’est pas nouveau, mais il s’est “énormément développé” ces dernières années, pour aboutir “à une consommation de masse grand public”. “Ça coïncide avec la mise sur le marché de ces petites cartouches pour siphon à chantilly qui reflètent la mode de faire la cuisine comme les chefs.” 

Selon elle, cet usage est notamment boosté par les réseaux sociaux et les vidéos de personnes en train de consommer. En mai, le joueur de foot d’Arsenal Alexandre Lacazette a été épinglé par la presse anglaise, accusé de s’être filmé en train d’inhaler du “proto”.

Dans son étude basée sur les données déclaratives des Centres antipoison français, l’Anses comptabilise 66 intoxications au protoxyde d’azote entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019. Les personnes sont en majorité des hommes et plus de la moitié avait entre 20 et 25 ans.

La consommation se fait en soirée, parfois accompagnée d’autres stupéfiants, mais aussi à domicile. “70% des cas concernent la seule année 2019, reprend Cécilia Solal auprès de Libération. Il y a bien un effet de mode autour de cette drogue en France.” Toxicologue au centre antipoison du CHU de Nancy, Christine Tournoud constate aussi une hausse des signalements.

L’Anses relève également la présence plus fréquente de cartouches vides sur la voie publique (signalée par les municipalités ou les médias), mais rappelle qu’il n’existe pas de statistiques exactes, puisqu’une partie de la consommation se fait dans des espaces privés. Les régions les plus concernées, selon ces données, sont les Hauts-de-France (surtout le département du Nord) et l’Ile-de-France. En décembre 2019, l’ARS Hauts-de-France signalait 11 cas ayant engendré des atteintes neurologiques graves pouvant entraîner des paralysies.

Dès 2017, l’Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT) alertait sur l’expansion de la consommation de N2O. Une étude réalisée par le Centre d’addictovigilance de Bordeaux entre 2015 et 2017 auprès de plus de 10 000 étudiants âgés en moyenne de 21 ans montrait que le protoxyde d’azote était la deuxième substance la plus consommée après le cannabis.

Sur les 66 cas relevés par l’Anses, 42 présentaient “au moins un symptôme neurologique ou neuromusculaire” (tremblements, fourmillements, contractions involontaires…). Cinq personnes ont eu “des symptômes de gravité forte”, dont des convulsions. L’une “a présenté un arrêt cardio-respiratoire avec découverte d’une pathologie cardiaque lors de son hospitalisation”. 

Deux femmes de 21 ans déclarent avoir consommé à elles seules “600 cartouches l’avant-veille et la veille 500 cartouches sur 24h.” Elles s’inquiètent de vertiges, de tacchycardie, d’une gêne respiratoire et de douleurs dorsales. Dans certains cas, les symptômes neurologiques persistent même après l’arrêt de la consommation.

En tant que produit domestique, le protoxyde d’azote n’est aujourd’hui pas considéré comme un stupéfiant et se vend sans réglementation particulière dans les grandes surfaces. Outre la limitation de son accès aux mineurs, l’enjeu de la proposition de loi est donc de combler le vide juridique autour des usages potentiellement dangereux du produit : “On peut aujourd’hui acheter du protoxyde d’azote dans des boîtes de nuit, ou dans des “bars à proto” comme il en existe dans certaines soirées étudiantes. De plus en plus de jeunes majeurs en consomment“, observe Valérie Létard.

“La proposition de loi rendrait délictuelle l’utilisation détournée du protoxyde d’azote, ainsi que l’incitation à la consommation.” Les ventes en ligne d’un “gaz hilarant” dont le nom masque la toxicité seraient alors proscrites, notamment quand ils sont proposés avec un ballon de baudruche. Mais la substance serait toujours en vente libre s’il n’y a pas d’ambiguïté sur sa visée domestique. “Vu l’ampleur que prend le phénomène, il faudrait réfléchir à une interdiction totale. C’est une question de santé publique”, tranche la présidente du Sénat. 

RTL

3 Commentaires

  1. “il est en effet utilisé à des fins récréatives. Or, ce gaz peut être dangereux pour la santé.”

    Bin qu”ils crèvent de leur connerie,que dire de plus…

  2. C’est une question de santé publique”, tranche la présidente du Sénat. ”

    L’a viré sa cuti le gros Gérard?

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