Du syndrome de la femme blanche disparue

Gabby Petito, jolie Américaine de 22 ans à la peau claire et aux longs cheveux blonds, a disparu au cours de l’été 2021 lors d’un voyage avec son fiancé à travers les États-Unis. Cette affaire a suscité beaucoup d’intérêt outre-Atlantique, mais aussi en France et nous allons voir pourquoi.

Qu’est-il arrivé à Gabby Petito ?

Après avoir tenu l’Amérique en haleine pendant plusieurs semaines, cette affaire a trouvé une issue tragique le dimanche 19 septembre avec la découverte du corps de la jeune femme dans un parc naturel du Wyoming près d’un endroit où le véhicule du couple, un van converti en camping-car, avait été aperçu par des témoins. Les deux jeunes gens étaient partis le 2 juillet de Floride, où ils résidaient, et Brian Laundrie, le fiancé de Gabby Petito, était rentré seul chez ses parents le 1er septembre. Le 14 septembre, les parents de la jeune fille avaient signalé sa disparition, leurs derniers contacts avec elle remontant à la fin du mois d’août et son fiancé refusant de dire où elle était.

La disparition de la jeune fille fait le buzz

L’infortunée Gabby Petito était une « influenceuse ». Son compte Instagram où elle publiait les photos de son voyage était suivi par 46 000 personnes au moment de sa disparition (ce qui est relativement peu dans le monde des influenceurs). Parmi les personnes qui suivaient ses pérégrinations se trouvaient d’autres influenceurs, telle la comédienne Paris Cambpell, qui après sa disparition publiait des vidéos sur la jeune femme sur son compte TikTok suivi par 265 000 personnes.

« Sur les images partagées par le couple sur les réseaux sociaux, ils sont tout sourire, pieds nus dans un canyon ou observant les roches ocres des parcs nationaux. », peut-on lire dans un article de Breitbart News intitulé « La disparition de Gabby Petito a captivé le monde entier. Pourquoi ? ».

« Selon Mme Campbell, le décalage entre la façon dont les gens “romancent” la vie de Petito sur la route et la “tragédie” de ce qui s’est passé a alimenté la fascination. Mme Campbell a déclaré avoir gagné plus de 100.000 followers depuis qu’elle a commencé à rendre compte de l’affaire la semaine dernière. Jeudi, le hashtag #GabbyPetito avait accumulé plus de 915 millions de vues sur TikTok. Campbell consacre plusieurs heures par jour à la production de ses vidéos, ajoutant que c’est un commentaire d’un cousin Petito, l’exhortant à poursuivre son travail, qui lui a servi de motivation. “J’avais l’impression que c’était la bonne chose à faire », a‑t-elle déclaré. »

Le “syndrome de la femme blanche disparue”

C’est ainsi que plusieurs médias de gauche américains se sont insurgés contre ce “buzz”, entendant par là dénoncer une disproportion entre la couverture dont a bénéficié la disparition de Gabby Petito et celles de “personnes de couleur”.

Ils ont pour l’occasion sorti du placard le concept du “syndrome de la femme blanche disparue” dont auraient été victimes les médias américains. De quoi s’agit-il ? Cela correspondrait à un biais supposé des médias qui auraient tendance à couvrir de manière disproportionnée les histoires de disparition impliquant « des femmes blanches jeunes et jolies de classe moyenne supérieure » (dixit Wikipédia). Selon le criminologue Zach Sommers auquel se réfère le site conservateur Breitbart dans l’article déjà cité plus haut, sur les articles de la presse américaine qu’il a étudiés en s’intéressant à ce biais, 50 % des articles concernaient des disparitions de femmes blanches, alors que cette catégorie de personnes ne représente que 30 % des disparitions.

On pourrait d’ailleurs aussi s’interroger, à propos des États-Unis, sur l’existence d’un syndrome de l’homme noir tué par un policier blanc, les blancs tués par la police américaine ne recueillant jamais un niveau d’attention médiatique équivalent, quelle que soit la couleur de peau du policier.

Comment un concept forgé de toutes pièces aux États-Unis arrive en France

Comme point de départ, la publication dans le très “liberal” (entendre par là équivalent du Monde) New York Times, le 22 septembre, d’une tribune intitulée Gwen Ifill Was Right About ‘Missing White Woman Syndrome’ sous la signature du journaliste afro-américain et présentateur de Black News Channel Charles M. Blow. Il fait référence, dans le titre et dans le corps de l’article, à la journaliste afro-américaine Gwen Ifill, qui la première a créé cette expression à l’occasion de la “Unity journalists of color convention” à Washington en 2004. Il a fallu quelques heures à peine pour que ce énième concept “woke” racialiste traverse l’Atlantique et éclate dans le paysage médiatique français.

À tout seigneur tout honneur, les premiers à se jeter sur l’os : France Inter le jour même, où l’on s’interroge (Sonia Devillers, Redwane Telha) sur le rôle joué par la couleur de peau de la victime après avoir longuement expliqué tout ce qui avait contribué à l’emballement des réseaux sociaux et des médias. Cela n’empêche pas l’équipe de France Inter de conclure : « Gabby Petito n’aurait pas tant fait la Une si elle avait été un homme, si elle avait été noire ou latino. »

Dans les jours qui suivent, le “syndrome de la femme blanche disparue” est à la une de l’actualité sur l’ensemble du territoire. Ont embrayé Le Parisien (23 septembre), Sud-Ouest (23 septembre), Le Dauphiné Libéré (24 septembre), Les DNA (24 septembre), Le Bien Public (24 septembre), Au Féminin (24 septembre) où l’on nous sort un exemple français de privilège blanc dans la couverture médiatique, celui de Delphine Jubillar. Mais comme dans le cas de l’Américaine, le média français énumère les multiples raisons qui faisaient que cette affaire ne pouvait qu’avoir un fort retentissement médiatique avant de conclure lui aussi… au “syndrome de la femme blanche disparue”.

Le Parisien revient à la charge le 26 septembre, à propos de la très large couverture médiatique de la disparition de Gabby Petito, sur le fait que « cet emballement serait surtout l’illustration d’une tendance prégnante aux États-Unis, popularisée sous le terme de “syndrome de la femme blanche disparue” (“missing white woman syndrome”). Selon cette théorie, les femmes blanches, jeunes et de classe moyenne supérieure bénéficieraient d’une attention médiatique plus importante que celle d’hommes ou de femmes non blanches et de classe sociale populaire. Un biais médiatique auquel n’aurait pas échappé la jeune Gabby ».

Sauf qu’avant d’affirmer cela le même article explique longuement pourquoi « cette façon de raconter son voyage sur les réseaux et d’en faire un récit engage forcément le public. L’histoire s’apparente à une fiction qui se tiendrait sous nos yeux », en insistant sur les éléments de cette tragique affaire qui avaient contribué à l’emballement médiatique et qui n’étaient pas liés à la couleur de peau de la victime.

Charles M. Blow conclut sa tribune ainsi :

« La façon dont nous apprécions les choses peut être subtile et se manifester à des endroits auxquels nous ne nous attendons pas. Si vous considérez uniquement les artistes européens comme des maîtres anciens et l’art africain et indigène comme primitif, cela aussi fait partie du problème. Si vous avez eu le cœur brisé lors de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame, mais que vous n’avez pas été ému – ni même conscient – lorsqu’un incendie a ravagé le plus ancien musée des sciences du Brésil (le pays qui compte la deuxième plus grande population noire du monde), détruisant une collection irremplaçable amassée au fil des siècles, cela fait partie du problème. La valeur que nous accordons aux cultures et aux pays d’origine est liée à la valeur que nous accordons aux personnes. Si ce que vous appréciez le plus tend à être européen, alors les personnes que vous appréciez le plus sont probablement blanches. Démêlez cela. Déballez tout. Recommencez. L’égalité de perception conduira à l’égalité de traitement. C’est assez simple, en fait. Nous rendons cela complexe pour masquer nos carences. »

La déconstruction américaine woke dans toute sa splendeur…

Ojim