Du Web aux manifestations anti-pass sanitaire, les chasseurs d’extrémistes sur le qui-vive

Après les dérapages antisémites lors des dernières mobilisations contre le pass sanitaire, et tandis que se déroulent ce samedi de nouvelles manifestations, des anonymes œuvrent, sur la toile comme dans la rue, à repérer leurs auteurs.

Manifestation anti pass sanitaire depuis le métro Pont de Neuilly jusqu’à la Place du Chatelet à Paris 2000 manifestants environ manifestaient contre le pass sanitaire et son atteinte à la liberté.

« En ce moment, on observe un jeune néonazi. On a réussi à le géolocaliser. Il est très prudent et utilise beaucoup de pseudonymes, mais il a fait deux ou trois erreurs qui nous ont permis de l’identifier. » Geoffrey (NDLR : le prénom a été modifié), 34 ans, appartient à un groupe qui traque les militants d’extrême droite et parmi eux, les plus antisémites. Si son groupe informel, qui se revendique apolitique, présente le réseau social Twitter comme son « terrain de jeu favori », d’autres, par dizaines, s’infiltrent au cœur des manifestations pour traquer les messages à caractère raciste et négationniste. Militants de gauche et de droite, hommes et femmes non politisés, salariés de différents secteurs… Ces détectives amateurs représentent aujourd’hui un levier considérable pour les services de renseignement.

Alors que quelque 200 manifestations sont prévues par les opposants au pass sanitaire ce samedi à l’occasion d’un cinquième week-end de mobilisation, dont trois à Paris, avec notamment le défilé organisé par Florian Philippot, l’ex-numéro 2 de Marine Le Pen, et de l’autre un cortège déclaré de Gilets jaunes, ces chasseurs d’antisémites comptent bien « épingler les incitations à la haine » aussi bien en ligne que dans la rue. Le but ? « Enquêter » pour monter des dossiers bétons avant de les fournir aux services compétents.

« Ceux sur lesquels on creuse, ce sont ceux qui ont un potentiel de recrutement »

En l’espace de quelques semaines, les références à la Seconde Guerre mondiale et étoiles jaunes détournées ont fleuri dans les rues et sur la toile donnant à ces hommes et ces femmes une matière dense à traiter. Adolescents, parents, retraités : leur implication dépend des périodes de disponibilité des uns et des autres. Ils ont tous des familles, des vies professionnelles, mais gardent un œil rivé sur leurs écrans. « Il m’arrive de travailler seul mais c’est un peu usant, j’ai parfois l’impression de vider l’Atlantique avec une cuillère à soupe », confie le chasseur d’extrémistes @_Osint_, connu sous ce nom sur Twitter.

Geoffrey et ses camarades, eux aussi, traquent. « Des petits fachos, comme on dit, car il y en a plein sur les réseaux sociaux. » Sa priorité : « Ceux qui ont des propos violents et potentiellement dangereux », explique ce trentenaire, qui, dans la vie civile, est juriste. « Ceux sur lesquels on creuse, ce sont ceux qui ont un potentiel de recrutement, qui ont l’air plus intelligents que les autres, poursuit-il. Il y en a quelques-uns. Les gros bourrins qui ne font que proférer des propos violents, on se contente de les signaler sur la plate-forme du ministère de l’Intérieur Pharos. »

Des échanges avec les services de renseignement israélien

Sur le terrain, les méthodes d’investigation diffèrent. Le travail mené par l’Organisation juive européenne (OJE) consiste à déployer des avocats et des huissiers bénévoles « là où des débordements sont susceptibles d’être commis », explique l’avocate de l’OJE, Muriel Ouaknine-Melkio. « Nos volontaires prennent vidéos et photos que le parquet va ensuite pouvoir exploiter », détaille-t-elle. À leurs côtés, également : « Des traducteurs bénévoles, mandatés par l’association au cas où les insultes seraient proférées dans différentes langues. » Elle échange aussi « régulièrement » avec les services de renseignement israélien. Une fois les éléments récoltés, les avocats portent plainte. Cela a été le cas après la manifestation du 17 juillet dernier et plusieurs autres dossiers sont à l’étude.

Une semaine après l’affaire de la pancarte antisémite à Metz, quatre jours après que le pôle Haine en ligne du parquet de Paris a ouvert une enquête pour provocation, discrimination, violence et diffamation à l’encontre d’un site antisémite, les manifestations de ce samedi sont particulièrement scrutées par l’OJE. Selon nos informations, l’association et ses « geeks » avaient d’ailleurs déjà signalé au parquet de Paris dès le 15 janvier, six mois avant le début de l’enquête, le site en question et son auteur présumé.

Le Parisien