Égypte : Une coupure des fibres optiques enfouies dans le canal de Suez impacterait le trafic Internet mondial

L’échouage du porte-conteneurs Ever Given révèle l’importance du canal de Suez pour le commerce maritime international. Le rôle de l’Égypte dans la circulation des biens et services à l’échelle mondiale est également confirmé par sa place de passage obligé pour le trafic Internet mondial. Un secteur où une panne aurait des répercussions considérables.

Le canal de Suez forme l’une des principales voies navigables du monde. Quelque 10 % du fret maritime international transitent par cet ouvrage de 193 kilomètres de long, inauguré en 1869 et qui a régulièrement été agrandi et modernisé depuis, la dernière fois en 2015 sous la présidence d’Abdel Fattah Al-Sissi.

Mais l’Égypte constitue un nœud de première importance pour d’autres flux que les biens physiques. “Elle se situe également à l’intersection des câbles de fibre optique qui relient l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie”. Et cela représente bien plus que les 10 % du trafic de fret : “Telecom Egypt (TE) estime que 17 % du trafic Internet passent par l’Égypte. Et certains analystes estiment que ce sont même 30 %, reliant entre 1,3 et 2,3 milliards de personnes à travers le monde.”

Un canal de Suez digital

“Si vous voulez faire passer des câbles de l’Europe et du Moyen-Orient vers l’Inde, où est-ce que c’est le plus facile ? C’est par l’Égypte, puisqu’il y a le moins de passages terrestres à franchir”, explique Alan Mauldin, directeur de recherche dans l’entreprise TeleGeography de Washington.

Et Hugh Miles, fondateur du site Arab Digest, d’ajouter :

C’est l’un des atouts de l’Égypte, comme les pyramides, qui ne se démodent jamais. Les Égyptiens ont l’habitude de faire des affaires avec le flux de touristes.Mais ils le font aussi avec des data. C’est un canal de Suez digital, qui capitalise sur la position géographique.”

Or, cette situation de monopole a “provoqué l’ire de l’industrie du câble et des acteurs internationaux du Net, avec des informations faisant état d’un coût 50 % plus cher qu’ailleurs”.

La hantise d’une rupture de câble

Et ce ne sont pas seulement les coûts qui posent problème aux acteurs mondiaux. Selon Guy Zibi, fondateur de l’entreprise de recherche sud-africaine Xalam Analytics : “Le problème avec l’Égypte, c’est que s’il y a une interruption ou une quelconque incertitude des régulations, cela bloquerait le trafic et étoufferait une part substantielle du trafic Internet à travers le monde.

D’où entre autres des projets alternatifs. Et notamment le projet de Google de construire un réseau appelé Blue-Raman, qui contournerait l’Égypte, au profit d’Israël et de la Jordanie. Il irait en effet de Gênes, en Italie, vers l’Inde, en passant par Israël, puis par le port jordanien d’Aqaba, sur la mer Rouge.

La centralité de l’Égypte à l’épreuve

De tels projets pour contourner l’Égypte existent également pour le pétrole. En effet, un oléoduc datant de 1968 entre les deux ports israéliens d’Eilat, sur la mer Rouge, et Ashkelon, sur la Méditerranée, pourrait être réactivé.Initialement conçu en coentreprise entre Israël et l’Iran, cet oléoduc pourrait enfin servir grâce à un préaccord signé en octobre dernier entre Israéliens et Émiratis.

Même si les exportations du brut en provenance du Golfe ne passent plus guère par le canal de Suez –80 % de la production du Golfe sont exportés vers l’Asie –, ce serait lourd de symboles.

Car d’évidence, cela s’inscrit dans un contexte géopolitique en plein bouleversement :“De récents développements régionaux, et notamment les accords Abraham [de normalisation des relations entre Israël d’un côté, les Émirats arabes unis et Bahreïn de l’autre], constituent un défi pour le rôle traditionnel de l’Égypte en tant que point nodal régional pour la circulation des biens et des services.

Middle East Eye