Elbeuf (76) : Ouardia, brillante migrante algérienne a reçu une OQTF, « La France, c’est mon pays. Après 2 ans et demi, je ne vois pas comment je vais refaire ma vie si je suis expulsée » (MàJ)

Ce jeudi 20 mai, la mobilisation continue pour soutenir les jeunes lycéens qui sont menacés d’expulsion en Seine-Maritime sous l’impulsion de Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) de Rouen. À Elbeuf, au lycée Ferdinand-Buisson, deux lycéennes, Ouardia et Célina sont dans ce cas de figure, un troisième lycéen – qui a souhaité rester anonyme – est également susceptible d’être expulsé de France.

« On a l’impression que la préfecture envoie des OQTF (N.D.L.R. : obligation de quitter de territoire français) de façon automatique quels que soient les dossiers. C’est au plus débrouillard d’obtenir quelque chose pour que le dossier soit regardé », précise Jean-François Jaudon, professeur de philosophie au lycée Buisson.

Pour rappel, Ouardia a reçu une obligation de quitter de territoire français en mars dernier, soit trois mois avant le bac. Grâce à une forte mobilisation, elle a obtenu un récépissé jusqu’en juillet le temps de passer ses examens. Mais passé ce délai, rien n’est sûr pour la jeune femme de 19 ans. Ainsi, elle se bat pour obtenir un visa afin de pouvoir continuer ses études en France. Il en est de même pour Célina, 20 ans, actuellement en Première Bac Pro Accueil. Pendant les vacances de printemps, elle a été parrainée notamment par le maire d’Elbeuf Djoudé Merabet. Sa menace d’expulsion court toujours. Célina est entrée en France pour la première fois en France en décembre 2015. En février 2016, elle est repartie dans son pays d’origine puis elle est revenue et vit en France depuis mars 2016…

Actu/Le Journal d’Elbeuf


18/03/2021

Ouardia Bendjemar a 19 ans et demi. Cela fait 2 ans et 7 mois que Ouardia réside sur le territoire français. Depuis la Seconde, Ouardia suit sa scolarité au lycée Ferdinand-Buisson d’Elbeuf et elle est actuellement en Terminale générale spécialité physique et SVT. Elle doit passer son baccalauréat dans trois mois. Aujourd’hui, elle se bat pour rester en France avec le soutien de ses professeurs et camarades de classe. Ouardia est une élève « exemplaire et fait preuve d’une parfaite intégration », indique son comité de soutien dans une pétition.

Originaire d’Algérie et arrivée en France à l’âge de 16 ans, elle réside chez sa sœur à Grand-Couronne. Avec une moyenne générale est de 14 sur 20, c’est une très bonne élève. Rien ne laissait présager qu’elle reçoive, en février, une obligation de quitter le territoire français après avoir fait sa demande de titre de séjour à sa majorité : « Mon dossier est pourtant légal. Je n’ai rien fait de mal. L’argument que l’on m’a indiqué est que je ne me suis pas intégrée. Je ne comprends pourquoi j’ai reçu une obligation de quitter le territoire. À l’heure actuelle, je me demande pourquoi ça tombe sur moi alors que j’ai des bonnes notes », assure la lycéenne.

Une mobilisation de ses professeurs et de la mairie de Grand-Couronne

Rien n’est simple pour la jeune femme. Rien que déposer sa demande de titre de séjour s’est apparenté à un véritable parcours du combattant : « Quand j’avais 18 ans, j’avais déposé mon dossier en préfecture toute seule. Ils ont refusé de prendre le dossier. Je suis repartie avec cette fois-ci des témoins. Ils ont encore refusé. J’ai déposé un dossier en 2019 avec mon avocate, ils ont encore une fois de plus refusé. C’est là qu’on a attaqué en justice en août 2020. J’ai été convoqué devant le tribunal administratif à Rouen. La juge a ordonné une ordonnance d’obligation d’étude de dossier pour que la préfecture puisse étudier le dossier et me délivrer un récépissé fin août. […] Ils m’ont envoyé un courrier pour récupérer mon récépissé qui est valable jusqu’au mois de mai 2021, de novembre à mai. […] Le 18 février, la préfecture m’a envoyé un courrier avec l’obligation de quitter le territoire français. C’est là que j’ai vu avec mon avocate pour faire un recours et faire également une demande d’aide juridictionnelle », détaille la lycéenne.

Aujourd’hui, la pétition en ligne de soutien à Ouardia Bendjemar, qui a été lancée le mardi 16 mars, a atteint les 2050 signatures.

Si Ouardia obtient sa régularisation, elle pourra passer son baccalauréat. La jeune femme souhaite poursuivre ses études à l’université. « Mon rêve, c’est de devenir médecin en France », indique-t-elle. « La France, c’est mon pays. Après 2 ans et demi, je ne vois pas comment je vais refaire ma vie si je suis expulsée. »

La mairie de Grand-Couronne apporte également son soutien à la jeune femme : un courrier sera adressé au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Ce samedi 20 mars matin, Ouardia aura un parrainage à la mairie de Grand-Couronne. « C’est un baptême républicain symbolique. Mes profs se sont proposés pour devenir parrains et marraines avec le soutien de la maire. »

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