Élisabeth Moreno sur l’inclusion des LGBT+: “Nous devons permettre aux élèves trans d’utiliser leur prénom d’usage (…) que ce soit à l’école, au collège et au lycée”

LGBT+ – C’est un ministère dont même ses occupants reconnaissent qu’il est plus celui “de la parole que de l’action”. Nommée le 6 juillet dernier en pleine crise sanitaire à la tête du ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et l’égalité des chances, Élisabeth Moreno ne désespère pas de faire mentir cette réputation.

Si certains parlementaires et associatifs interrogés par Le HuffPost lui reconnaissent son ”écoute” et son “pragmatisme”, l’ancienne cheffe d’entreprise de 50 ans avance avec prudence dans les sables mouvants de la politique. Peu visible dans les médias, Élisabeth Moreno doit encore sortir de l’ombre de sa prédécesseure, Marlène Schiappa. La semaine dernière, la ministre a changé de braquet en se lançant dans une opération communication sur les sujets LGBT+, enchaînant déplacements, visioconférences, pluie de mails à la presse et de tweets, plus d’une trentaine en cinq jours.

C’est à l’occasion de son déplacement au lycée George Braque, à Argenteuil, où elle était venue visiter une exposition visant à “promouvoir une éducation inclusive et faire reculer les préjugés”, qu’Élisabeth Moreno nous a dévoilé son agenda pour l’égalité, des zones “sans idéologie LGBT+” en Pologne à la PMA pour toutes jusqu’aux cours d’éducation sexuelle.

LE HUFFPOST: L’école en fait-elle assez pour accueillir les élèves LGBT+?

ÉLISABETH MORENO: Commençons par dire que c’est toute la société qui doit être éduquée, sensibilisée, formée et informée sur les questions LGBT+. Ça commence à la maison, ça se poursuit à l’école, puis dans le monde professionnel et dans les médias. Si les mentalités n’évoluent pas, si les personnes ne déconstruisent pas leurs préjugés, on n’y arrivera pas. Car les lois ne font pas tout. Elles sont là pour protéger les personnes et sanctionner quand les droits ne sont pas respectés, mais elles ne vont pas nous apprendre à aimer l’autre.

Ça, c’est pour le constat. Concrètement, que peut faire le gouvernement pour améliorer leur inclusion et lutter contre le harcèlement scolaire?

La première chose à faire est d’aider le corps enseignant à se saisir de ces questions, c’est ce à quoi nous nous attelons avec Jean-Michel Blanquer. Il y a encore dix ans, on ne parlait pas ou peu des questions LGBT+ à l’école. Certains professeurs n’ont jamais entendu parler de ces sujets dans leur formation et ne savent pas comment s’y prendre. Il faut donc trouver les bons outils pour parler sereinement de ces questions, sans choquer. Le ministère de l’Éducation nationale va créer un site internet dédié “Éduquer contre les LGBTphobies” à destination du corps enseignant pour la prochaine année scolaire. 

Nous avons également décidé de rédiger un guide d’accompagnement dédié aux personnes trans. Après le drame de Lille (où une collégienne trans s’est suicidée en décembre dernier, NDLR) et face à la souffrance des enfants trans à l’école, il faut se rendre à l’évidence: l’école n’est pas suffisamment équipée. 

Faut-il aussi s’assurer de la bonne tenue des cours d’éducation sexuelle à l’école?

Oui, car bien que l’éducation sexuelle soit dans les programmes scolaires et obligatoire depuis longtemps, certains établissements ne s’en saisissent pas. Nous avons donc décidé de lancer avec le ministère de l’Éducation nationale un audit pour identifier ces institutions, comprendre quels sont leurs freins et le cas échéant, améliorer son contenu et son déploiement effectif. La lettre de mission a été signée fin septembre 2020 et a démarré en janvier. Les conclusions sont attendues pour juin 2021 pour une mise en œuvre à la rentrée prochaine.

Nous devons permettre aux élèves trans d’utiliser leur prénom d’usage (…) que ce soit à l’école, au collège et au lycée

Êtes-vous favorable à ce que les élèves trans puissent utiliser leur prénom d’usage à l’école, au collège et au lycée?

Personnellement, je pense que nous devons permettre aux élèves trans d’utiliser leur prénom d’usage, sans qu’il soit nécessaire de toucher à l’état civil, que ce soit à l’école, au collège et au lycée et c’est ce qui est d’ailleurs prévu dans le cadre de notre plan LGBT+. Montrer à la personne qu’on la reconnaît et qu’on accueille sa transition, c’est aussi lui donner la possibilité d’utiliser son prénom d’usage. Beaucoup de collèges et de lycées se demandent si les enfants sont capables de reconnaître leur identité de genre à cet âge-là. Mais on parle d’un prénom, pas d’un changement d’état civil…..

Huffingtonpost