Emmanuel Macron, le candidat préféré des boomers aisés

Le président sortant a fait carton plein chez les plus de 60 ans. C’est un mauvais signe pour la démocratie.

Jean-Luc Mélenchon, candidat de la jeunesse. Marine Le Pen, favorite des 35-59 ans. Et Emmanuel Macron ? Plébiscité par les séniors. “La seule tranche d’âge au sein de laquelle le président sortant est arrivé en tête, et de loin, est celle des plus de 65 ans, développe le journaliste Gavin Mortimer. Et c’est malsain pour la démocratie.”

Les électeurs “dont la vie active est terminée, dont les pensions sont — en général — généreuses et qui n’ont plus de prêts à rembourser se satisfont du statu quo. On parle ici de la génération des soixante-huitards*. Voilà un demi-siècle, ils étaient radicaux et révolutionnaires, mais dans leurs vieux jours, ils sont épris du ‘président des riches’”.

Le journaliste John Lichfield, installé en France de longue date, livre de son côté une interprétation diamétralement opposée des données démographiques sur le site d’information The Local. “Hip hip hip hourra, les vieux comme moi ont empêché un duel perdant-perdant pour la France entre Mélenchon et Le Pen, se félicite le Britannique. Cette légion aux tempes grises devrait d’ailleurs lui permettre de l’emporter.” Et c’est un paradoxe, assure-t-il.

“Macron est censé être le candidat d’une France moderne, confiante en l’avenir et prospère.” Or le centriste “a été rejeté par les électeurs qui représentent le futur du pays”. Tout l’inverse du Brexit, en somme, “étant donné qu’à l’époque ce sont les séniors qui ont incarné le vote de rupture” et les jeunes celui de la continuité au sein de l’UE.

Certes, reprend Gavin Mortimer, “de nombreux retraités n’ont pas voté pour Macron, mais il s’agissait plutôt d’anciens ouvriers, ce qui renforce la ligne de fracture observée ces dernières années en France entre les nantis et les démunis”. Un clivage devenu évident au moment de la révolte des “gilets jaunes” de 2018-2019, rappelle-t-il.

“Le mouvement a uni des hommes et des femmes qui se seraient décrits jadis comme socialistes ou de droite mais se définissent aujourd’hui comme ‘Les Oubliés’.”

Le vainqueur du second tour “présidera donc un pays profondément divisé”, conclut Gavin Mortimer. Pas entre les islamistes extrémistes et les autres, comme l’a affirmé de manière erronée un groupe de généraux l’an dernier dans une lettre ouverte, mais entre les mondialistes et ceux que Macron a qualifiés de gaulois réfractaires”. En un mot, “entre les privilégiés et les prolos méprisés”.

*En français dans le texte.

The Spectator