En Afrique du Sud, c’est la zizanie chez les zoulous

Héritage disputé. Dessin de Brandan Reynolds paru dans Business Day, Johannesburg.

Goodwill Zwelithini, un monarque aussi influent que controversé

En théorie, le chef des Zoulous n’a aucun pouvoir. Mais à l’enterrement de Goodwill Zwelithini, le président sud-africain en personne est venu dans le Kwazulu-Natal prononcer un hommage. “Un grand arbre est tombé”, a déclaré Cyril Ramaphosa pour saluer sa mémoire. C’est dire si le monarque avait de l’influence.

Arrivé au pouvoir sous l’apartheid, en 1971, Goodwill Zwelithini était le chef coutumier de la plus importante ethnie sud-africaine. On estime que les Zoulous sont plus de 11 millions, pas loin d’un cinquième de la population du pays.

Mais l’homme est loin de faire l’unanimité. “Le roi zoulou va-t-il bien ?” s’interrogeait il y a deux ans le site d’information sud-africain News24. Goodwill Zwelithini était un habitué des phrases chocs et des prises de position polémiques. En 2015, alors qu’une vague xénophobe sans précédent déferle sur le pays, le monarque ne cesse de souffler sur les braises, souligne le Sunday Times, qualifiant les immigrés de “poux” et de “fourmis”. Tout cela alors que des milliers d’Africains ont été contraints de fuir, et que certains ont été tués. En 2012, c’est aux homosexuels qu’il s’en prend : “Si vous vous sentez homosexuel, vous devez savoir que c’est mal et pourri. Ce n’est pas acceptable”, déclare-t-il, provoquant un tollé chez une partie des Sud-Africains.

Du vivant du monarque, les tensions étaient étouffées, mais sa mort les a libérées, transformant sa succession en guerre de clan. “Depuis la création du royaume zoulou, les acrimonies, les médisances et les coups bas n’auraient été murmurés que par quelques privilégiés au sein du sanctuaire royal. Des armoires remplies de squelettes familiaux, vieux de plusieurs dizaines d’années, ont désormais été déterrées et s’exposent sur les réseaux sociaux et les médias”, écrivait ces derniers jours le Daily Maverick. Alors que le royaume zoulou tangue, le quotidien titrait : “Quand la royauté sombre dans la folie.”