En Algérie, les non-jeûneurs risquent jusqu’à 5 ans de prison ferme

Illustration: un rassemblement de non-jeûneurs

A chaque mois de ramadan en Algérie, la question des non-jeûneurs est remise sur le tapis. Cette année encore, deux non-jeûneurs et le propriétaire d’une cafétéria ont été arrêtés à Akbou, en Kabylie. Pour certains, il ne s’agit que d’une application de la loi. Pour d’autres, c’est une atteinte à la liberté de culte et de conscience.

La gendarmerie nationale, à travers une publication sur une de ses pages Facebook, s’est invitée à ce débat. En effet, dans cette publication de ce dimanche 18 avril diffusée sur la page « Gendarmerie nationale, escadron de la sécurité routière », la GN rappelle la loi en ce qui concerne les non-jeûneurs. La publication est illustrée par une photo prise lors d’un rassemblement pour la liberté de culte et de conscience à Tizi Ouzou.

Nous pouvons lire sur cette publication que, suivant l’article 144 bis 2 de la loi du 26 juin 2001, « est puni d’un emprisonnement de trois à cinq ans et d’une amende de 50.000 à 100.000 dinars ou de l’une de ces deux peines seulement quiconque offense le prophète (paix et salut sur lui) et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ».

Les défenseurs des libertés individuelles rejettent l’interprétation du texte

L’interprétation de cet article ne fait pas l’unanimité chez les juristes. Pour certains, « en Algérie, aucun texte ne pénalise la rupture du jeûne en tant que telle ». Ils affirment que l’interpellation, le jugement et la condamnation de certains non-jeûneurs sont faits sur la base d’une interprétation erronée de cette loi qui comporte beaucoup d’ambiguïtés.

Un autre juriste affirme que ce texte de loi concernait à la base « principalement les journalistes ». Il explique que les juges l’ont interprété très largement pour atteindre une cible différente que celle initialement visée par le législateur. « En vertu de cette interprétation, le fait de rompre le jeûne en public constituerait une offense à l’islam, ce qui, si l’on suit ce raisonnement, reviendrait à considérer comme d’autant plus offensant le fait, par exemple, de ne pas effectuer les cinq prières quotidiennes, cette prescription constituant non plus le quatrième, mais le deuxième pilier de l’islam », explique-t-on.

C’est sur la question de l’interprétation du texte que les militants pour la liberté de culte et de conscience se basent pour battre en brèche cette loi. Ces activistes considèrent que du moment que les libertés individuelles, notamment la liberté de conscience, sont garanties par la loi fondamentale du pays, les non-jeûneurs ont le droit de pratiquer leur liberté de ne pas observer le jeûne publiquement.