Enquête sur les nouveaux fanatiques : Décoloniaux, racialistes, indigénistes, déboulonneurs, gauche radicale…

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Ils défendent des concepts fumeux, déboulonnent les statues, interdisent les débats, censurent les pièces de théâtre dont la mise en scène ne leur plaît pas… Plongée dans le monde de ces nouveaux activistes majoritairement inspirés par l’extrême gauche qui ont bien compris le pouvoir que peuvent exercer les minorités actives sur l’opinion et l’actualité.

Une partie du monde universitaire, agacée par ces idéologies qui ne réclament plus l’égalité des droits mais des droits spécifiques pour chacun, s’organise et fonde l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, un collectif de travail capable d’analyser et d’apporter une contradiction à ces idéologies déjà bien installées.

Il faut admettre que le constat est alarmant. À l’image du phénomène qui se déroule actuellement aux États-Unis, le monde universitaire français et européen se retrouve aujourd’hui assiégé par une idéologie militante radicale obsédée par la lutte contre toutes les formes de domination, réelles ou supposées.

L’ultraspécialisation des milieux universitaires combinée aux pressions d’un militantisme intransigeant rend une partie du milieu universitaire aveugle au monde qui l’entoure et imperméable à tout fait qui viendrait contredire l’approche sombre et pessimiste de la société qu’ils ne cessent de développer.

Oui, nous vivons dans un monde où malgré les efforts subsistent des injustices, des inégalités, du racisme et des atteintes permanentes à la sérénité. Oui, il existe des logiques de domination, de discrimination ou de reproduction des inégalités que l’on peut et que l’on doit combattre.

Pour autant, comme le rappelle Steven Pinker, jamais dans l’histoire du monde nous n’avons bénéficié d’autant de droits et de libertés, jamais l’espérance de vie n’a été aussi élevée, jamais l’accès au savoir n’a été aussi facile, jamais l’extrême pauvreté n’a été aussi faible dans le monde… Une réalité qui ressemble à une provocation pour ceux dont le travail militant consiste à rechercher et dénoncer les oppressions comme gage de leur vertu.

Ces mouvements, largement inspirés des contestations de l’extrême gauche française des années 1970 et des lectures protestantes de l’histoire aux États-Unis, posent de nombreux défis au monde universitaire comme à la société dans son ensemble. Voici, pêle-mêle, quelques-unes des interrogations que nous imposent ces mouvements : doit-on être son propre sujet d’étude ? Se déclarer offensé peut-il ouvrir des droits particuliers ou justifier une censure ? Les injustices imposent-elles de réorganiser toute la société pour les faire disparaître instamment ?

Contradictions

Ces discours, qui assènent des métaphores dans le but de les transformer en réalités conceptuelles (« la France serait encore un pays colonial », « la langue serait le reflet d’une perception masculiniste du monde », « toute norme engendrerait des oppressions dont il faut se libérer »), pèsent sur le débat hexagonal, qui souffre de la contradiction grandissante entre des réalités et leurs perceptions. Ainsi, la France est largement championne du monde de la redistribution sociale en y consacrant 31 % de son PIB…

Et pourtant, le sentiment d’inégalités et d’injustices y demeure extrêmement élevé. 82 % des Français interrogés considèrent que les inégalités de revenus sont trop élevées dans le pays, contre 68 % aux Pays-Bas, 64 % en Grande-Bretagne ou 88 % en Allemagne (d’après une étude du Centre Kantar sur le futur de l’Europe). Ces chiffres font l’objet d’analyses en profondeur sur la réalité des inégalités et les ressorts du ressentiment en matière politique. Mais ils démontrent aussi que les discours politiques radicaux influent bel et bien le réel.

Le Point