« Esclave, négro, sale mec faible » : Uber Eats va créer un bouton anti-discrimination pour protéger ses livreurs

Les agressions de livreurs Uber Eats ont fait grand bruit ces dernières semaines. À Laval, en Mayenne, Yaya Guirassy s’est fait traiter d’esclave par une cliente, vendredi 14 mai 2021. Quinze jours plus tard, un homme noir a été insulté puis frappé devant un restaurant, à Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise. Son agresseur présumé sera jugé le 8 juillet en correctionnelle pour « violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, à raison de l’appartenance à une ethnie, nation, race ou religion ». Pour faire face à la montée de la violence, la plateforme de livraison de repas a décidé de mettre en place un bouton « anti-discrimination ».

« Cela permettra à nos équipes de rappeler en priorité la personne qui a été victime d’une agression pour ainsi prendre les mesures adéquates après cet incident », explique Rym Saker, porte-parole d’Uber France. La course est géolocalisée, nous disposons des adresses, ce qui permet de fournir des informations qui peuvent être extrêmement précieuses aux forces de l’ordre dans le cadre d’une enquête. »

Manifestation des livreurs à Paris

Une cinquantaine de coursiers, majoritairement noirs, se sont rassemblés contre les discriminations vendredi 18 juin après-midi à Paris, à l’appel du Collectif des livreurs parisiens autonomes de plateformes (Clap). « Stop insultes, agressions, racisme, mépris, dévalorisation » : plusieurs dizaines de livreurs se sont réunis place de la République, munis de leurs sacs glacières de différentes marques de plateformes. « On est là parce qu’on ne nous respecte pas assez, notamment les clients », a dénoncé Bah, sans-papiers, coursier depuis trois ans, se disant victime d’incivilités de la part de consommateurs.

« Ça suffit sale noir », « sale mec faible monte ma commande, tu es payé pour ça » : de nombreux livreurs, souvent sans-papiers, présents au rassemblement, ont témoigné avoir subi des actes de racisme ou d’incivilités. « Des clients et des restaurateurs nous prennent pour des sous-hommes. Au XXIe siècle, on ne peut pas traiter comme ça un être humain alors qu’il rend service », s’est indigné Ernest, coursier Uber, au micro. « Une agression, c’est un acte isolé. Trois en dix jours, ça devient une norme qu’il faut combattre. La plateforme se désolidarise du racisme des clients, mais elle organise la dévalorisation des travailleurs », a dénoncé Jérôme Pimot, porte-parole du Clap.

« C’est Uber qui est à l’origine de tout ça »

Les livreurs demandent notamment plus de respect de la part des clients et des restaurateurs, même si « beaucoup pensent que les manifestations pacifiques, ça ne sert à rien et qu’il faut bloquer les restaurants » fautifs, a rapporté Djessy Henry, coursier à vélo. En marge du rassemblement, la CGT a annoncé dans un communiqué la création d’un syndicat des « entreprises de livraisons des deux roues de Paris » samedi 26 juin.

Le Collectif des livreurs autonomes pointe du doigt la banalisation du racisme, envers les livreurs qui font souvent partie d’une population précaire et sans papiers. Pour certains livreurs, cette recrudescence de la haine s’explique en partie par le système de notation proposé par les plateformes, à l’instar d’Uber Eats. De plus, certains déplorent de ne pas être soutenus par l’entreprise. « Quand on nous traite d’esclaves, de négro, c’est Uber qui est à l’origine de tout ça. Parce que s’ils nous donnaient les moyens de nous faire respecter, les clients ne se permettraient jamais de nous insulter », considère Mohamed. D’autres abondent dans son sens.

Le Point