Espionnage : Un ex-mercenaire du renseignement fait son « coming out »

Ancien des services de renseignement français, Guilhem Giraud a travaillé pour la société Amesys en Libye puis comme «conseiller» dans un Etat du Golfe. Il entend désormais alerter sur les dérives d’une industrie de la surveillance qui l’a fait vivre pendant une quinzaine d’années.

Un repenti ? Il tique. Un lanceur d’alerte ? Le costume paraît un peu large. Quelques jours après cette discussion lexicale, notre interlocuteur nous rappelle : «Un coming out, voilà, c’est un coming out.» Guilhem Giraud sort du bois à 47 ans, dont près de vingt-cinq dans les métiers de la surveillance. Et il veut désormais en parler, de ce secteur qu’il connaît de l’intérieur et qui le fait maintenant «vraiment flipper». Le déclic a eu lieu cet été lorsque le consortium des médias réunis autour de Forbidden Stories a dévoilé l’utilisation massive du logiciel d’espionnage Pegasus contre des journalistes, militants des droits humains, opposants, ministres, chefs d’Etat…

Produit et commercialisé par l’Israélien NSO, Pegasus permet d’aspirer tout le contenu d’un téléphone à distance, sans accéder physiquement au boîtier de la cible, qui peut même se trouver dans un autre pays ; le numéro, et quelques centaines de milliers de dollars, suffisent à tout savoir. «[Ce genre d’outils] est à l’écoute ce que le nucléaire est à l’arme : il apporte une telle rupture fonctionnelle, un nouveau mode d’action tellement puissant, ses dégâts peuvent être tellement plus importants qu’il […] doit faire l’objet d’un contrôle de prolifération», nous écrit Guilhem Giraud peu après les révélations.

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Libération