EST IL TEMPS DE DECOLONISER VOTRE PELOUSE ?

La plupart des gens en regardant une pelouse, imaginent des enfants insouciants qui jouent dans les jardins, des pique-niques dans des parcs bien entretenus – peut-être qu’ils ressentent même un sentiment de fierté devant leur propre terrain vert et immaculé.

Mais la pelouse traditionnelle – entretenue, verdoyante, sous contrôle – se trouve maintenant à la confluence de deux questions brûlantes: le changement climatique et les droits des peuples autochtones. Certains écologistes, des dirigeants des Nations Premières et même des jardiniers amateurs réclament une approche différente de la façon dont nous regardons et traitons l’espace vert urbain. C’est, affirment-ils, un symbole durable de la façon dont les colons se sont approprié les terres et la culture autochtones. Et l’idéal occidental rigide que nous avons imposé continue de nuire à la planète et par extension, à nous tous. Certains vont jusqu’à dire, que les pelouses doivent être décolonisées.

«Qu’est-ce qu’une pelouse sinon une façon de contrôler la nature?» demande John Douglas Belshaw, professeur d’histoire canadienne à la Thompson Rivers University à Kamloops, en Colombie-Britannique.

«C’est ainsi que fonctionne la culture des colons. Vous voyez cette rivière là-bas? Nous pouvons la détourner avec un barrage. Nous pouvons organiser son flux, nous pouvons faire serpenter son cours pour notre unique profit. C’est essentiellement le même état d’esprit pour les pelouses. Je peux réorganiser le paysage, l’aplatir, planter de la pelouse au détriment d’une espèce indigène d’herbe existante, et éradiquer complètement tout ce qui n’est pas homogène avec le motif bien verdoyant recherché… Une cour avec une grande pelouse est comme un modèle pour le colonialisme et pour l’hostilité environnementale.

Changer un paysage pour l’adapter à une nouvelle culture entrante est un élément clé de la colonisation, précise-t-il, et c’est exactement ainsi que les pelouses au Canada et aux États-Unis ont vu le jour.

«Les pelouses n’étaient pas populaires en Amérique du Nord jusqu’à la fin du 19e siècle, elles le sont devenues en partie parce que les immigrants ont apporté la tradition européenne d’une pelouse bien entretenue», explique-t-il. «Les pelouses bien entretenues étaient étroitement associées à la richesse.»

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Chaque jardin est essentiellement devenu un parc privé – et une marque de respectabilité.

«D’où viennent les pelouses ? De l’esprit de possession, d’une mentalité de propriétaire», précise Jayce Chiblow, responsable chez “Indigenous Climate Action” et membre de Garden River First Nation. Pour enfoncer le clou elle indique “ce que nos parents nous ont enseignés, c’est que nous appartenons à la terre. C’est un concept totalement différent. »

Mme Chiblow, qui vient de terminer une maîtrise en études environnementales à l’Université York, dit que pour les Anishinaabe, la brousse était leur pharmacie et leur garde manger. «C’était tout pour nous.»

L’avènement de la pelouse signifie un déclin de la biodiversité sur laquelle reposait tant de peuples autochtones. Pire encore, les colons ont interféré avec l’environnement en faisant venir avec eux des espèces invasives. À ce jour, certains des types de graminées les plus populaires au Canada ne sont pas originaires du pays: le pâturin du Kentucky, le ray-grass, les fétuques hautes et même le pâturin du Canada ont des origines liées à l’Europe.

La suite de ce délire décolonialo-écolo- sur https://www.theglobeandmail.com/canada/article-the-humble-garden-could-be-under-threat/