États-Unis : 155 tentatives de censure dans les bibliothèques américaines en quelques mois

Les bibliothécaires américains sont atterrés : en quelques mois, les collections des établissements publics ou scolaires ont fait l’objet de 155 tentatives de censure. Le bureau pour la liberté intellectuelle de l’Association des Bibliothécaires américains est parvenu à ce chiffre « sans précédent » en relevant les cas identifiés depuis le 1er juin dernier.

Depuis quelques mois, les bibliothécaires américains font face à une hausse substantielle des tentatives de censure de documents dans les établissements, en particulier les bibliothèques scolaires et universitaires. Plusieurs cas ont été évoqués dans nos colonnes, notamment au Texas ou dans l’Oklahoma.

Dans le Wyoming, une plainte avait même été déposée contre des bibliothécaires, pour la présence, dans un établissement, d’ouvrages comportant des personnages LGBT ou des informations relatives à la sexualité. Heureusement, les professionnels avaient été acquittés. Dans le Missouri, où des titres relatant des expériences LGBT avaient été exclus des collections, ils ont finalement fait leur retour.

Malgré ces quelques sorties de crise bienvenues, la situation reste extrêmement préoccupante pour les bibliothécaires, qui relèvent que ces tentatives de censure visent avant tout « des documents sur des sujets relatifs aux personnes LGBTQIA+, d’auteurs noirs ou qui relatent l’expérience de personnes noires ou issues de la diversité ».

L’Association des bibliothécaires américains (ALA, American Library Association) dénonce cette censure et ces tentatives, assurant qu’elles sont menées par des groupes qui « prétendent de manière mensongère que ces livres sont subversifs, immoraux, ou pire ». Elle déplore également la présence d’élus et d’autres représentants officiels au sein de ces groupes, qui « abandonnent les principes constitutionnels, ignorent la loi et balaient des droits individuels au profit d’une censure gouvernementale ».

Du « jamais vu »

Deborah Caldwell-Stone, directrice du bureau pour la liberté intellectuelle, alerte depuis plusieurs semaines sur le volume « sans précédent » des cas de censure rapportés par les professionnels. « En vingt ans au sein de l’ALA, je n’ai jamais vu autant de tentatives de censure au quotidien », assure-t-elle. Dans un communiqué, l’association se dit prête à accompagner les professionnels, de manière stratégique et légale si nécessaire, face aux attaques.

Ces tentatives de censure surviennent dans un contexte bien particulier : cette année, un certain nombre de responsables politiques républicains ont visé la « théorie critique de la race », une discipline universitaire qui étudie la manière dont le racisme peut devenir systémique au sein d’un État. Assurant qu’ils souhaitaient interdire toute analyse « raciste », les législateurs de plusieurs États ont fait en sorte d’en limiter l’enseignement dans les universités. En somme, interdire le « racisme » pour mieux le passer sous silence, et ne pas en étudier les mécanismes.

Ce jeu de la droite conservatrice américaine s’est étendu, dans une logique d’opportunisme électoral, aux écoles publiques, critiquées pour leurs méthodes pédagogiques et la présence, dans les collections des bibliothèques scolaires, de livres jugés dangereux par les conservateurs… Suscitant une vague de tentatives de censure sans précédent.

Bien sûr, cette situation n’est pas limitée aux États-Unis : en France, les polémiques autour de l’« islamogauchisme » ou d’une « propagande antiraciste » à l’école sont à mettre sur le compte d’une rhétorique tout aussi rance…

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