États-Unis : « A Detroit, quand les Noirs ont pris trop de place, on les a parqués »

Construit dans les années 1930 à Detroit, le Brewster Project se transformera en ghetto.

Ici, avant la destruction des tours en 2014.

Judith Perrignon brosse le portrait culturel et économique d’une ville où le rêve américain a viré au cauchemar. C’est là que Bilal Berreni, alias Zoo Project, s’était rendu pour témoigner de la souffrance des plus fragiles par le street art avant d’y trouver la mort.

Activiste et dessinateur de rue, le Français Bilal Berreni, alias Zoo Project, peignait les visages des martyrs de la révolution tunisienne et ceux des réfugiés dans les camps de la frontière libyenne. Il allait là où le monde révélait sa bestialité en balafrant les plus fragiles. En juillet 2013, son corps était retrouvé à Detroit, dans les immeubles en ruine du Brewster Project.

Quelques jours plus tôt, cette ville du nord des États-Unis, un temps joyau de l’industrie automobile, était officiellement mise en faillite, acculée par une dette de 18,5 milliards de dollars. C’est en croisant ces deux événements, pas tout à fait fortuits, que la journaliste et romancière Judith Perrignon a construit Là où nous dansions.

Le titre, mélancolique, tourné vers le passé, résume à lui seul la teinte de ce livre, portrait culturel et économique d’une ville déchue du rêve américain, saignée par les crocs du capitalisme. A travers cet exemple précis, il pointe aussi les conséquences d’un siècle de discrimination raciale dans un pays qui se demande aujourd’hui comment réparer les dégâts.

Le Temps