États-Unis : Après l’émeute du Capitole, des familles désespérées se tournent vers des cures de déradicalisation pour extrémistes

Après l’assaut du 6 janvier contre le Capitole de Washington, des familles désespérées se tournent vers des associations de déradicalisation pour tenter de “déprogrammer” leurs proches embrigadés par l’extrême droite et tombés dans les théories du complot.

Son frère n’a pas pu participer à la prise d’assaut du Capitole le 6 janvier, mais elle est tout de même inquiète qu’il puisse un jour passer à l’acte. Cette femme, “âgée de la trentaine et qui préfère rester anonyme, a donc fini par contacter l’association Parents for Peace” [Parents pour la paix].

Son souhait le plus cher ? Que son frère soit “sauvé”, après ce qu’elle décrit comme des années de désarroi face à la haine viscérale de celui-ci envers les musulmans et les Mexicains, et plus récemment face à sa fureur après la défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle de novembre 2020. Comme elle, “des dizaines de proches et d’amis de personnes radicalisées se tournent vers des associations spécialisées en déradicalisation dans l’espoir de voir leurs proches être ‘déprogrammés’” et changer de vision et de discours.

Demande en forte hausse

Les associations rapportent de leur côté une demande en forte hausse. La petite association Parents for Peace, composée de dix personnes presque toutes bénévoles, a ainsi vu “les appels vers sa plateforme d’aide tripler depuis le début de la pandémie”, en raison notamment du grand nombre de jeunes se faisant embrigader dans des groupuscules suprémacistes blancs. Et après l’assaut sur le Capitole par des supporters de Trump survoltés, l’association a reçu “un véritable déluge d’appels en rapport avec les émeutes de Washington et la théorie conspirationniste QAnon”.

Souvent composées d’anciennes personnes radicalisées, ces associations se retrouvent en première ligne de la lutte contre l’extrémisme, en particulier d’extrême droite, “une menace qui, selon les experts, a trop longtemps été minorée”. Un processus long et douloureux La déradicalisation en elle-même est loin d’être une promenade de santé, mais plutôt “un processus long et sinueux avec des risques de rechutes”.

Il y a des personnes pour qui la haine et ce genre d’idéologie sont comme une drogue, elle leur sert à masquer d’autres souffrances et problèmes, relève Myrieme Churchill, la directrice exécutive de Parents for Peace, nous les traitons comme nous traiterions une addiction à la drogue”.

Chris Buckley, un vétéran de la guerre en Afghanistan et ancien membre du Ku Klux Klan qui travaille également pour l’association, a mis en place un programme en douze étapes taillé sur mesure pour les anciens militaires et policiers, “des personnes particulièrement vulnérables à ce genre de radicalisation”, note-t-il, et qui étaient nombreux à figurer parmi les émeutiers du Capitole.

Il a baptisé ce programme “TraumAnon” et estime qu’“il n’y a pas de personnes qui soient trop radicalisées pour pouvoir être aidées”. S’inspirant de sa propre expérience d’ex-toxicomane dévoré par le stress post-traumatique après son déploiement en Afghanistan, il affirme être capable de se connecter avec ceux qui, comme lui, “sont sortis de l’armée avec de la haine dans le cœur en étant incapables de comprendre ce qu’ils avaient traversé” quand ils étaient sur le front.

Après la haine

L’association Life after Hate [la vie après la haine] rapporte également un “net pic d’appels à l’aide, la plupart provenant de familles préoccupées par la dérive de leurs proches”, un changement de paradigme pour l’association, jusqu’alors plutôt spécialisée dans le traitement des personnes appelant elles-mêmes à l’aide.

Il explique avoir reçu des demandes de membres de chacun de ces groupes qui, parfois, finissent par se poser des questions sur leur embrigadement et leur propre dérive. “Ils sont parfois témoins de l’ampleur de la haine de leurs congénères et se rendent compte que ceux-ci sont prêts à tout, ce qui provoque selon Sammy Rangel une prise de conscience et “la volonté de se distancier d’eux”.

Forums d’entraide sur Internet

Certains anciens adeptes de QAnon repentis, cherchent à se sortir de l’emprise de cette théorie de la conspiration sur leur vie. Certains ont créé des forums d’entraide et des groupes de parole sur Internet, comme Jitarth Jadeja avec son groupe baptisé QAnon Casualties [les victimes de QAnon] sur le forum Reddit et destiné à aider ceux qui, comme lui, sont tombés dans le conspirationnisme, ainsi que leurs proches.

Fin janvier, son groupe de parole en ligne a atteint les 114.000 membres, et il a été obligé de s’adjoindre l’aide de trois modérateurs. Ses conseils pour les personnes cherchant à fuir QAnon et à se remettre du lavage de cerveau dont elles ont été victimes: “Se désintoxiquer des réseaux sociaux, respirer profondément et mettre toute l’énergie gaspillée sur Internet dans des actions bénévoles de proximité”.

The Washington Post