États-Unis : “Blackface numérique”, Twitter court après les faux comptes de partisans noirs de Trump

Temps de lecture : 2 minutes

Alors que le président américain cherche à inciter davantage d’électeurs noirs à voter pour lui en novembre, un réseau de comptes de “supposés partisans africains-américains de Trump” est devenu de plus en plus actif ces dernières semaines sur le réseau social.

C’est l’histoire d’un compte Twitter mettant en avant l’image d’un policier noir, celle de Donald Trump, et les mots “Votez pour les républicains”. Créé au début du mois, il n’a tweeté qu’à huit reprises (dont un message apprécié 75.000 fois) et a attiré 24.000 abonnés, avant d’être suspendu par Twitter dimanche 11 octobre pour avoir enfreint les règles du réseau social.

L’audience remarquable de ce type de compte Twitter et celle d’autres faux comptes de “partisans africains-américains de Trump” témoigne de l’efficacité du réseau social “pour faire passer des messages trompeurs, en quelques jours seulement”. Plus vite que Twitter ne peut les faire disparaître.

Selon Darren Linvill, spécialiste des réseaux sociaux à l’université de Clemson, plus d’une vingtaine de comptes similaires (dont beaucoup utilisent un langage identique dans leurs tweets, comme le message “Oui, je suis noir et je vote pour Trump”) ont récemment généré plus de 265.000 retweets ou autres mentions amplificatrices sur Twitter.

Désinformation

Linvill, qui observe l’activité de ces comptes depuis le week-end des 10 et 11 octobre, indique que “plusieurs d’entre eux avaient des dizaines de milliers de followers, et tous sauf un ont été suspendus”. Alors que les électeurs noirs sont cette année particulièrement ciblés par des campagnes de désinformation, les chercheurs ont qualifié ce phénomène de “blackface numérique”.

Nombre de ces comptes – censés provenir d’anciens combattants, de policiers, d’ouvriers, d’hommes d’affaires ou de chrétiens pro-Trump – utilisent en réalité des photos de profil d’hommes noirs tirées de reportages ou d’autres sources.

Ils n’ont pas besoin d’être longtemps en ligne, et ils sont si bon marché à produire que vous pouvez obtenir beaucoup d’audience sans grand effort”, explique Darren Linvill, qui a trouvé “quelques traces d’alphabet cyrillique russe dans les enregistrements en ligne des comptes”.

Une campagne pour le “Blexit”

D’après les recherches de Linvill, ce réseau de faux comptes est devenu de plus en plus actif “au cours des deux derniers mois”, à la suite d’une convention républicaine qui a cherché à “adoucir l’image de Donald Trump” auprès des Afro-Américains.

Inciter davantage d’électeurs noirs à voter pour lui est un élément clé de la campagne de réélection du président américain, rappelle le quotidien. Samedi 10 octobre, son premier discours public depuis sa contamination au Covid-19, prononcé depuis la Maison-Blanche, avait d’ailleurs pour thème le “Blexit” (contraction de “black” et “exit”), une campagne visant “à convaincre les AfroAméricains et d’autres minorités de quitter le Parti démocrate”.

The Washington Post