Etats-Unis : Comment le racisme a privé les Noirs de la capitale du Mississippi d’eau potable

Bon nombre des 150.000 habitants de Jackson, en grande majorité noirs, ont dû se débrouiller sans eau courante potable à la suite d’inondations. Une crise préparée par des décennies de sous-investissement et de fuite des populations blanches, puis des Noirs qui en avaient les moyens.

Tous les matins, Alecia McCarty se réveille en se demandant si elle aura de l’eau chez elle, et si elle pourra la boire.

Au début de la semaine dernière, son robinet a produit une eau marron, avant de crachoter et de se tarir complètement. Samedi dernier, elle avait de nouveau de l’eau claire, mais avec interdiction de la boire, sur ordre de la mairie.

Avec ses enfants, âgés de 10 et 11 ans, Alecia a dû se brosser les dents avec de l’eau en bouteille et remplir ses réserves auprès de deux points de distribution installés dans des églises voisines. Chaque jour, ils remplissent quatre seaux d’eau avec le tuyau d’arrosage pour faire fonctionner leurs toilettes.

Dans la banlieue, “ils n’ont pas ces problèmes”

À 35 ans, Alecia travaille comme aide à la personne pour une vieille dame habitant à Madison, une ville voisine qui, comme la plupart des autres communes entourant Jackson, n’a pas été touchée par ces problèmes d’approvisionnement en raison d’un système de distribution plus moderne.

Ils n’ont pas de problème d’eau [là-bas]. Ils n’ont aucun de ces problèmes.”

Depuis la fin du mois de juillet, Jackson fait l’objet d’un arrêté municipal recommandant de faire bouillir l’eau courante. Les pannes chroniques du système de distribution ont été exacerbées par les récentes inondations et le dysfonctionnement des pompes dans la principale usine de traitement des eaux de la ville. Résultat, bon nombre des 150.000 habitants de la capitale du Mississippi sont privés d’eau potable depuis la semaine dernière. On ignore encore quand le système sera de nouveau opérationnel, combien cela coûtera et qui paiera.

Des décennies de racisme

Ce contraste entre Jackson et les communes avoisinantes est le résultat de décennies de racisme, affirment les historiens et les spécialistes des infrastructures. Et ces différences sont les conséquences de deux épisodes migratoires distincts dans l’histoire de la ville.

Au début des années 1970, les populations blanches de Jackson ont commencé à partir vers la périphérie [un phénomène national connu sous le nom de White flight, “fuite des Blancs”]. Puis, le déclin de la ville a provoqué le départ des habitants noirs les mieux lotis, qui ont fui des infrastructures défaillantes – non seulement le système de distribution de l’eau, mais aussi les routes ou les écoles. Cette nouvelle vague de départs a encore réduit les rentrées fiscales de la municipalité. […]

Washington Post