Etats-Unis : “En tant qu’Afro-Américaine confrontée au racisme, l’expatriation est une libération”

Certaines expatriées et voyageuses noires américaines dénoncent le racisme dont elles sont victimes dans leur propre pays et expliquent en quoi vivre à l’étranger leur a permis de se découvrir.

Les femmes noires vivant et voyageant à l’étranger sont très peu représentées, mais la tendance est en train de changer, notamment grâce aux réseaux sociaux. Pour les Afro-Américaines, voyager peut même être un moyen de se découvrir ou de se libérer du racisme de leur pays qu’elles sont nombreuses à dénoncer. Parcours de trois femmes dans ce cas de figure.

Après avoir visité les 195 pays reconnus par les Nations unies, Jessica Nabongo relate que le plus raciste qu’elle ait connu reste les États-Unis, son pays natal. “J’ai voyagé seule dans 89 pays en tant que femme noire, et j’ai passé des moments extraordinaires. C’est la gentillesse des inconnus qui a rendu mon voyage magnifique”, souligne-t-elle, avec une pensée particulièrement pour l’Afghanistan, la Somalie et le Soudan du Sud.

Moins de 300 personnes ont visité tous les pays du monde. Jessica Nabongo en fait partie”, rapporte le média américain. La photographe et écrivaine est la première femme noire (historiquement reconnue) à avoir rejoint cette liste en 2019. Elle a raconté ses voyages dans un livre intitulé The Catch Me If You Can : One Woman’s Journey to Every Country in the World (“Attrape-moi si tu peux : le voyage d’une femme dans tous les pays du monde”, inédit en français), publié en juin 2022 par National Geographic.

Charlotte Manning, conceptrice rédactrice, poète et modèle photo, est née de parents américains en Suède et a grandi dans le Minnesota. Après avoir obtenu sa licence à Chicago, elle a profité de sa double nationalité pour quitter les États-Unis et s’installer dans son pays de naissance. Au bout d’un an, elle s’est très bien adaptée à la vie à Stockholm et a trouvé l’“équilibre” qu’elle cherchait. “La Suède dispose de soins de santé et d’une éducation relativement accessibles, et la culture privilégie un mode de vie axé sur les loisirs”, souligne Insider. Charlotte le confirme : “Les gens ne vivent pas que pour leur travail ici.” Et, comme Jessica Nabongo, elle encourage ceux qui veulent sauter le pas à se lancer : “Une fois le ticket d’avion acheté, le travail et l’appartement obtenus, plus rien ne semblait effrayant”, confie-t-elle à Insider.

“L’Amérique n’est pas faite pour nous”

Sienna J. Brown, entrepreneuse, a, elle, quitté New York avec un projet de reconversion professionnelle pour vivre en Espagne en 2014. Elle ne s’attendait pas à trouver une communauté noire dans le pays. “Je suis heureuse de voir l’étendue de la diaspora africaine en Espagne, sachant que le pays était autrefois réputé pour son extrême homogénéité”, témoigne-t-elle. Elle rappelle d’ailleurs le nombre de grandes figures afro-américaines qui ont vécu temporairement à l’étranger, comme “Frederick Douglass, James Baldwin, Audre Lorde, Maya Angelou ou Alice Walker”. Cette expatriation lui apporte “un sentiment de liberté, de douceur, de bien-être et de simplicité impossible à obtenir aux États-Unis”. Elle va même plus loin :

“L’Amérique n’est pas et n’a jamais été faite pour nous… Nous méritons d’occuper d’autres espaces et d’y construire une nouvelle vie où nous sommes aimés, respectés et célébrés.”

La psychiatre américaine d’origine sénégalaise Aminata Cisse rappelle que, même à l’étranger, il faut toujours supporter les mêmes problèmes de racisme et les “micro-agressions”. Sienna J. Brown le reconnaît, mais elle relativise : “Je préfère largement qu’on me dévisage pendant cinq secondes dans la rue plutôt que d’avoir peur de perdre la vie à chaque fois que je sors de chez moi aux États-Unis.”

Insider