États-Unis : Et si les Américains les plus pauvres décidaient du sort de la présidentielle ?

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Alors que le nouveau plan pour aider les Américains frappés de plein fouet par la pandémie se fait attendre, deux nouvelles études montrent que de 6 à 8 millions d’entre eux sont tombés dans la pauvreté ces derniers mois. Pour la presse, le niveau de participation des électeurs les plus démunis pourrait changer le visage du scrutin.

En 2016, sur les 63 millions d’électeurs pauvres ou à faible revenu du pays, 34 millions n’avaient pas voté, souligne un rapport de l’organisation Poor People’s Campaign.

les Américains les plus démunis “représentent un vaste réservoir de votes”, et le candidat qui, de Donald Trump ou Joe Biden, prendra le mieux en compte le problème de la pauvreté pourrait en tirer parti. En août que la pauvreté affectait 38 millions de personnes aux États-Unis, des chercheurs de l’université de Columbia affirment que le nombre de pauvres a augmenté de huit millions depuis mai.

Une autre étude, réalisée par les universités de Chicago et de Notre-Dame et basée sur une définition différente de la pauvreté, chiffre cette augmentation à six millions depuis trois mois. Ainsi, l’étude de Columbia évalue à 16,7 % le taux de pauvreté en septembre contre 10,1 % pour l’analyse de Chicago et de Notre-Dame.

Le marché du travail s’est pourtant amélioré

L’auteur de la seconde étude, l’économiste Bruce Meyer de l’université de Chicago, est très inquiet. “Ces chiffres sont très préoccupants. Ils nous disent que les gens ont beaucoup plus de mal à payer leurs factures, à payer leur loyer, à mettre de la nourriture sur la table.

Cette hausse de la pauvreté aux États-Unis, qui touche particulièrement les enfants et les minorités, “s’est produite malgré une amélioration du marché du travail depuis mai, signe que l’économie avait rebondi trop lentement pour compenser les avantages perdus”.

Le Cares Act à sec

Au printemps, alors que “la pandémie précipitait 20 millions d’Américains au chômage, le gouvernement américain adoptait une aide d’urgence [évaluée au total à plus de 3 000 milliards de dollars]”. Le plan de relance Cares Act, dont les bénéfices se sont arrêtés le 31 juillet, incluait des paiements uniques pour la majorité des ménages américains de quelque 1.200 dollars par adulte et 600 par enfant.

Il prévoyait également une extension substantielle du programme de l’assurance-chômage, qui doublait les prestations des travailleurs sans emploi. L’auteur de l’étude de l’université Columbia, Zachary Parolin, fait ce constat : “Le Cares Act a connu un succès inhabituel, mais il n’est plus en vigueur et beaucoup plus de gens sont pauvres.”

Aucune aide en vue à court terme

Les auteurs des deux études affirment que la hausse de la pauvreté démontre la nécessité d’un nouveau cycle d’aide publique, “la Chambre des représentants [dominée par les démocrates] a par deux fois adopté des programmes de secours de plusieurs milliards de dollars pour fournir plus d’aides et stimuler l’économie, mais les républicains du Sénat […] ont proposé des plans de moindre envergure”.

Les perspectives d’un accord entre démocrates et républicains semblent de plus en plus improbables avant le scrutin du 3 novembre. “Je dirais qu’à ce stade-ci, faire quelque chose avant l’élection et le mettre en branle serait difficile, vu où nous en sommes”, a notamment affirmé le ministre des Finances, Steven Mnuchin. Ce dernier n’a peut-être pas entendu l’avertissement de Robert Paul Hartley, professeur d’économie à la Columbia School of Social Work :

Si le taux de participation aux élections des électeurs à faible revenu était le même que pour les électeurs à revenu élevé, cela pourrait faire basculer les résultats dans dix États auparavant républicains et dans cinq États
auparavant démocrates.

The Guardian & BBC

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