États-Unis : La police du Wisconsin tire à sept reprises sur un Afro-Américain, recherché pour agression sexuelle, refusant d’obtempérer

La police de Kenosha avait été appelée dimanche après-midi pour intervenir dans une affaire de violences conjugales, dans un quartier de cette ancienne ville industrielle du Wisconsin, située entre Milwaukee et Chicago.

Sur une vidéo filmée par un témoin depuis l’autre côté de la rue, on voit deux policiers tenter d’interpeller un Noir, qui refuse d’obtempérer. Leur tournant le dos, l’homme se dirige vers sa voiture, suivi par les deux policiers qui ont sorti leur pistolet. Alors qu’il ouvre la porte du côté du conducteur, pour entrer dans le véhicule ou pour prendre un objet, un policier l’attrape par le maillot et lui tire dans le dos à sept reprises. Autour de la voiture, des témoins hurlent.

L’homme, Jacob Blake, 29 ans, grièvement blessé, a été hospitalisé. D’après son père, ses jours ne seraient plus en danger, mais il serait paralysé des jambes, sans que l’on sache encore si c’est de façon définitive. Le témoin qui a filmé la scène, Raysean White, 22 ans, a dit avoir entendu une dispute entre plusieurs femmes, qui criaient sur le trottoir, et, quelques instants plus tard, avoir vu Blake arriver dans sa voiture.

Puis White dit avoir vu Blake aux prises avec les policiers. L’un le frappe au côté, alors qu’un autre utilise contre lui un pistolet paralysant. Selon son récit, Blake se libère et commence à s’éloigner, alors que les policiers lui crient de lâcher un couteau. White a aussi dit qu’il n’avait pas vu de couteau de l’endroit où il se trouvait. La compagne de Blake a déclaré plus tard que trois de ses enfants étaient assis à l’arrière du véhicule au moment où les policiers tirent sur lui.

Jacob Blake faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour agression sexuelle et violences conjugales. L’avocat des droits civils Ben Crump, qui représente la famille de Blake, a déclaré qu’il «essayait simplement d’intervenir dans une dispute». Les policiers ont été suspendus, comme c’est l’usage dans ce genre d’affaires, mais leurs noms n’ont pas été communiqués.

La vidéo, rapidement diffusée sur les réseaux sociaux, a suscité l’indignation. Dimanche soir, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Kenosha. Les manifestations ont vite tourné à l’affrontement avec la police près du lieu de la fusillade. La foule s’est ensuite rassemblée autour du palais de justice du comté. Plusieurs camions poubelles garés par la police pour barrer l’accès ont été incendiés par les émeutiers.

Des voitures et des commerces ont été vandalisés. Le gouverneur démocrate, Tony Evers, a appelé lundi la garde nationale en renfort et décrété un couvre-feu. Mais, lundi soir, de nouveaux affrontements ont eu lieu devant le palais de justice. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui scandaient: «Pas de justice, pas de paix!», l’un des slogans du mouvement Black Lives Matter.

Des incendies ont été allumés et des projectiles lancés contre les policiers. Dans un climat tendu à l’extrême autour des questions raciales et des violences policières, l’affaire est aussitôt devenue politique. Le Wisconsin est un état clef dans l’élection présidentielle, et profondément divisé entre démocrates et républicains. Le gouverneur démocrate, Tony Evers, a aussitôt pris position pour mettre en cause la police.

«Bien que nous n’ayons pas encore tous les détails, ce que nous savons avec certitude, c’est qu’il n’est pas le premier Noir à avoir été abattu, blessé ou impitoyablement tué par ceux normalement chargés de faire respecter la loi dans notre État ou notre pays», a-t-il dit. Evers s’est aussi engagé à exiger des actions de la part «des élus locaux qui ignorent depuis trop longtemps le racisme dans notre État et dans notre pays».

Il a convoqué une session spéciale du Congrès du Wisconsin pour examiner une série de mesures sur la responsabilité et la transparence de la police. Ben Wikler, le secrétaire du parti démocrate dans le Wisconsin, a qualifié l’affaire de «symptôme de la maladie mortelle de la suprématie blanche et du racisme qu’il faut affronter et vaincre».

Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, qui a fait de la justice raciale l’un de ses principaux thèmes de campagne, a exigé «une enquête immédiate, poussée et transparente, et que les policiers répondent de leurs actes». «Ce matin, la nation se réveille une fois de plus avec le chagrin et l’indignation qu’un homme Noir américain est à nouveau été victime d’une brutalité excessive», a commenté Biden. «Ces coups de feu percent l’âme de notre nation».

Les responsables républicains locaux et le syndicat de la police ont accusé les politiciens démocrates d’instrumentaliser l’affaire en portant des jugements précipités. «Comme toujours, la vidéo qui circule actuellement ne saisit pas toutes les subtilités de l’incident», a déclaré dans un communiqué Pete Deates, président du syndicat de la police de Kenosha. Il a qualifié la déclaration du gouverneur de «totalement irresponsable».

Les républicains ont également dénoncé la violence des manifestants, faisant écho au thème de la loi et de l’ordre que le Donald Trump utilise dans sa campagne.

Le Figaro