États-Unis : La sombre vérité dissimulée derrière le marché florissant des salons de coiffure afros

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Les cheveux naturels sont l’“or noir” des salons de coiffure prisés des Africains-Américains. Les douanes américaines ont suspendu leur importation de la province chinoise du Xinjiang, où des Ouïgours sont internés dans des camps de travail. 

Le marché des extensions de cheveux, qui font florès depuis quelques années, est “lié au travail forcé au Xinjiang”, avance dans une enquête multimédia CNN.

Avec l’essor de ce marché est apparue l’appellation d’“or noir” – les extensions concernent principalement le type de cheveu crépu des personnes noires. Les soins pour les cheveux afro aux États-Unis représentaient en 2018 plus de 2,5 milliards de dollars, selon le cabinet d’études de marché Mintel. La majorité des produits proviennent d’Asie, “principalement de Chine”.

Certaines usines chinoises qui fournissent des tonnes de cheveux sont soupçonnées par Washington de recourir au travail forcé dans la province du Xinjiang, où “jusqu’à 2 millions d’Ouïgours et autres membres de minorités ethniques ont été internés dans des camps depuis 2016”. Pékin ne cesse d’affirmer que ces camps sont des centres de “formation professionnelle” et participent à un programme de “réduction de la pauvreté”.

En septembre, les douanes américaines ont émis une ordonnance de suspension de la mise sur le marché (sur la base de soupçons de travail forcé) de produits provenant du parc industriel de produits capillaires du district de Lop, dans sud du Xinjiang.

En juin, 13 tonnes de cheveux naturels d’une valeur de 800.000 dollars avaient été saisies dans le port de New York, venant d’une usine enregistrée dans la même région. Une autre entreprise a également été mise sur liste noire.

Parmi les entreprises incriminées figure Hetian Haolin Hair Accessories, l’un des principaux fournisseurs de cheveux synthétiques de la société texane I & I Hair. Sa tresse capillaire est le produit le plus vendu au salon de Frankesha Watkins, à Arlington, au Texas.

“Quand j’ai découvert cette histoire de travail forcé, honnêtement, j’ai été choquée, assure la chef d’entreprise. Je ne veux pas participer ou soutenir quoi ce que soit qui irait à l’encontre de ce que je crois.” La pose d’extensions dure plusieurs heures et coûte environ 115 dollars. “Les femmes noires dépensent tellement d’argent en produits capillaires, ajoute-t-elle. Je l’ai constaté avec la pandémie : quoi qu’il arrive, on veut avoir de beaux cheveux…”

I & I Hair a cessé tout commerce avec l’usine chinoise au début de 2020. Son directeur du marketing numérique dit avoir appris les conditions de travail dans la province du Xinjiang avec les accusations des autorités américaines : “Nous n’en étions pas conscients, comme je crois beaucoup d’autres personnes dans le secteur.”

CNN a contacté Selim Fiber, fournisseur coréen de plusieurs entreprises américaines, qui s’approvisionnait en cheveux synthétiques dans le Xinjiang. Son directeur, qui refuse d’être nommé, dit ne rien savoir des accusations de travail forcé et renvoie à KCA Global, son intermédiaire coréen pour la Chine. Lequel dit ne pas travailler avec les usines du Xinjiang listées par les autorités américaines mais avec une usine installée dans l’est de la Chine, qui aurait ensuite “déplacé une partie de sa production au Xinjiang” sans l’en informer.

Transparence D’autres entreprises américaines qui ont passé contrat avec les usines dont les chargements ont été interceptés par les douanes ont refusé de répondre à CNN. Ces saisies devraient jouer un rôle d’alarme et pousser le secteur à plus de transparence et de vigilance sur l’origine de ses produits.

“La plupart du temps, il n’est pas précisé sur l’emballage d’où vient l’extension. Je ne veux certainement pas que cela soit le produit d’un travail d’esclaves”, dit Mikayla Lowe Davis, une styliste de 29 ans qui tient elle aussi un salon à Arlington. De nombreux témoignages recueillis par CNN font état des mauvais traitements subis dans les camps. Notamment en ce qui concerne la chevelure.

“Ils nous ont coupé les cheveux, ils nous ont rasé la tête”, explique Gulbakhar Jalilova, une Ouïgoure du Kazakhstan qui s’est réfugiée à Istanbul. Zumrat Dawut, réfugiée à Washington, témoigne : “J’avais les cheveux longs, jusqu’aux hanches. Le deuxième jour, ils m’ont
emmenée dans un bureau séparé, où il y avait un plateau avec une
machine et des ciseaux, et ils m’ont coupé les cheveux.”

D’après elle, tout le monde dans le camp subissait le même traitement. Si elle ne sait pas ce qu’il advenait des cheveux coupés, elle a “mal au cœur” dès qu’elle voit des produits capillaires chinois dans les magasins américains. La pratique du rasage systématique est confirmée par Qelbinur Sidik, une Ouzbek mariée à un Ouïgour, exilée aux Pays-Bas, internée en 2017 dans un camp du Xinjiang. “Après une dizaine de jours, tout le monde était complètement rasé, cheveux et barbe, les femmes également.”

Au terme d’un mois d’enquête, CNN dit ne pas avoir réussi à remonter la chaîne pour savoir ce que devenaient les cheveux coupés. Cependant, étant donné la “grande valeur des cheveux naturels”, estiment les experts de l’industrie capillaire, “il est peu probable qu’ils soient jetés”. Même s’ils ne constituent qu’une “petite partie des cheveux dans la chaîne d’approvisionnement”.

Et puis, “la Chine importe également des cheveux d’Inde, de Malaisie et d’autres pays”. Le média américain a néanmoins pu se procurer des échantillons estampillés “cheveux humains du Xinjiang” auprès de l’entreprise chinoise Emeda Hair, qui n’a pas voulu répondre à ses questions.

“Mensonge fou”

Pas plus que les autorités régionales du Xinjiang. En septembre, le quotidien chinois The Global Times a évoqué les accusations selon lesquelles des cheveux arrachés à des femmes appartenant à des minorités ethniques étaient revendus, en parlant d’un “mensonge fou”.

Si les professionnels du secteur les appellent l’“or noir”, dit Krishan Jhanlani, PDG de l’entreprise américaine, Indique Hair, qui vend des cheveux naturels récoltés dans les temples indiens, c’est que “leur valeur au cours des dix dernières années a été multipliée par près de douze”.

CNN

4 Commentaires

  1. Oui, bon, les Ouigours sont internés en camp de travail forcé, et fournissent leurs cheveux pour un marché florissant. D’accord. Mais les destinataires ne vont pas en faire grand cas, puisque c’est pour la bonne cause (leur apparence).

  2. Encore les Ouigours ! Et nos prisonniers persécutés franchouillards?

    S’ils tondent Ryssen en prison, aura-t-il droit à un reportage de CNN ?

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