Etats-Unis : le mystérieux “syndrome de La Havane” a aussi frappé près de la Maison Blanche

Etats-Unis : le mystérieux ” syndrome de La Havane ” a aussi frappé près de la Maison Blanche – © ZACH GIBSON – AFP

Il s’appelle “syndrome de La Havane” pour une simple raison géographique : c’est là que tout semble avoir commencé il y a un peu plus de quatre ans et demi.

A partir du mois de novembre 2016, une vingtaine de fonctionnaires américains, essentiellement des diplomates en poste à La Havane, ont commencé à se plaindre de douleurs étranges. Parmi les symptômes, la perception d’un bruit fort, une douleur à l’oreille, une pression ou des vibrations intenses de la tête, des étourdissements, des problèmes visuels et des difficultés cognitives.

De quoi susciter l’inquiétude des autorités américaines. Les médecins du centre des troubles neurologiques de l’université de Pennsylvanie qui ont examiné près d’une cinquantaine de ces personnes ont estimé qu’elles avaient subi une lésion cérébrale de source externe. Parmi les pistes évoquées à l’époque, il est question d’une “attaque acoustique”.

Ils ont fait quelque chose de mal à Cuba

Cela va en tout cas générer doutes, méfiance et suspicion envers Cuba. En septembre 2017, le président américain Donald Trump affirme que “quelque chose de très mal s’est passé à Cuba. Des choses très mauvaises. Vous allez voir ce qui se passe. Mais ils ont fait quelque chose de mal à Cuba“. Et dans la foulée, le président américain expulse 15 diplomates cubains du territoire américain. Ce qui n’est pas vraiment apprécié par les autorités cubaines qui rejettent en bloc ces accusations.

Et la suite des événements va offrir de l’eau à leur moulin : le mystérieux symptôme apparaît à d’autres endroits de la planète : au consulat américain de Guangzhou (Chine), en Ouzbékistan et en Russie. Selon le New York Times, des agents de la CIA travaillant en Europe et en Asie se seraient plaints des mêmes symptômes.

A proximité de la Maison Blanche

Plusieurs médias américains font aussi part d’un “incident” qui se serait produit en novembre dernier en plein cœur de Washington, plus précisément dans le parc public appelé l’Ellipse, juste au sud de la Maison Blanche. Un membre du Conseil national de sécurité aurait été affecté et se plaindrait des mêmes symptômes. Un autre officiel de la Maison Blanche aurait pour sa part subi la même “attaque” en promenant son chien dans son quartier, en périphérie de la capitale américaine.

Lors du briefing presse du 7 mai dernier, la porte parole de la Maison Blanche, Jen Psaki a répondu ceci à un journaliste qui lui demandait des précisions sur des cas d’officiers de CIA, de militaires et d’officiels travaillant à Washington : “Nous prenons ces cas très sérieusement. Différentes agences gouvernementales travaillent sur le sujet. A ce moment, nous ne connaissons pas la cause de ces incidents, dont la grande majorité se sont produits à l’étranger“.

Et lorsque le journaliste lui demande combien de cas ont été recensés sur le sol américain, Jen Psaki botte en touche avec cette très utile formule : “Je n’ai pas plus de détails“. Mais cela confirme donc qu’il y a bel et bien des cas sur le sol américain. La porte-parole de Joe Biden a aussi précisé que c’est le Conseil de sécurité national qui coordonne une revue interne du renseignement pour tenter de comprendre.

L’Académie nationale des Sciences a rédigé un rapport

En décembre 2020, à la demande du département d’Etat (le ministère américain des Affaires étrangères), l’Académie nationale des Sciences a publié un rapport dans lequel elle explique avoir envisagé différentes hypothèses telles que des attaques par une arme à énergie dirigée de radiofréquence pulsée mais aussi des expositions chimiques ou encore des maladies infectieuses telles que le virus Zika, transmis par des moustiques et qui, selon l’Institut Pasteur, peut provoquer fièvre, maux de tête, fatigue, douleurs musculaires et articulaires.

Mais parmi toutes ces hypothèses, la plus plausible retenue par le comité d’une vingtaine de différents spécialistes de l’audition ou encore des maladies neurologiques est celle de l’énergie radiofréquence dirigée et pulsée. Le rapport ne désigne pas de responsable mais il précise tout de même que des recherches ont été menées sur la technologie des radiofréquences pulsées “en Russie/URSS“, et que des “militaires des pays communistes ont été exposés à des radiations de micro-ondes“. Hypothèse aussitôt considérée comme parfaitement farfelue par Moscou.

Selon une source citée par CNN, un ancien responsable américain qui a été informé du dossier affirme que les enquêteurs n’ont toujours pas totalement exclu la possibilité que les symptômes soient provoqués par un phénomène naturel plutôt que par une arme. Mais l’enquête se poursuit. Et elle ne s’arrêtera pas tant que le mystère n’aura pas été résolu.

Ce qu’ont confirmé dans un communiqué les sénateurs américains Mark Warner et Marco Rubio, respectivement président et vice-président de la commission sénatoriale du Renseignement. On peut y lire que “cette tendance à attaquer nos concitoyens au service de notre gouvernement semble augmenter“. Les deux sénateurs donnent quant à eux l’impression de n’avoir aucun doute quant au fait qu’il s’agit bien d’une arme. “Nous nous félicitons de l’attention renouvelée du directeur de la CIA sur ces attaques”, écrivent-ils. “Notre commission continuera de travailler avec lui, et avec le reste de la communauté du renseignement, pour mieux comprendre la technologie derrière l’arme responsable de ces attaques”.

Ils promettent également un soutien médical et financier aux victimes de ces attaques, dont certaines soufrent de lésions cérébrales traumatiques.

En attendant, l’énigme reste totale.

RTBF