États-Unis : Le “pauvre petit Blanc”, une fiction américaine ?

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Ceux qui ont porté Donald Trump en 2016 sont-ils toujours motivés par le sentiment d’insécurité culturelle du « pauvre petit Blanc »? On en parle avec Sylvie Laurent, historienne, auteure de “Pauvre petit Blanc” (Maison des Sciences de l’Homme, 24 septembre 2020).

Un supporter de Donald Trump agite un drapeau pendant la marche des femmes à Manhattan (New york ,Etats-Unis), le 18 janvier 2020
Un supporter de Donald Trump agite un drapeau pendant la marche des femmes à Manhattan (New york ,Etats-Unis), le 18 janvier 2020• Crédits : Ira L. Black – Corbis / ContributeurGetty

C’est lui qui aurait porté Donald Trump au pouvoir en 2016, mais aussi Ronald Reagan et Richard Nixon avant lui. Qui est le « pauvre petit Blanc », cette figure archétypique que décortique notre invitée, Sylvie Laurent ? Historienne américaniste, professeur associée à Harvard et Stanford, enseignante à Science-Po Paris, elle publie Pauvre petit Blanc (Maison des Sciences de l’Homme, septembre 2020)

Un ouvrage qui revient sur la figure du « pauvre petit Blanc » en en soulignant les caractéristiques. Ainsi, aux Etats-Unis et dans le reste du monde, une nouvelle pensée conservatrice en appelle aux « petits Blancs » à l’identité malheureuse. Plutôt que d’admettre leur racisme, elle parle plutôt d’un mode de vie mis en danger, à travers des récits apocalyptiques de décadence d’une certaine idée des Etats-Unis ou d’une certaine idée de la nation. Il existerait ainsi une « culture blanche » à défendre au même titre que les minorités.  

Donald Trump a réussi à politiser une subjectivité : le sentiment que, parce qu’on est blanc, on est défavorisé dans une société désormais multiculturelle (…) a toujours été présent depuis l’origine, mais ce qu’a réussi à faire Donald Trump, c’est à lui donner un sens politique en l’explicitant, en réveillant en chacun des Americains blancs ce qui était une prédisposition, en particulier chez les Républicains.      
(Sylvie Laurent)

Cette pensée effectue de ce fait un véritable retournement historique : ces « Blancs » américains ont le sentiment d’être des victimes à cause de leur couleur de peau, mis en danger par l’immigration et la diversité cosmopolite. Or ces Blancs sont en réalité les bénéficiaires d’un ordre politique qui les met en posture de dominants, choses qu’ils refusent de reconnaître.

Cet espèce de racisme post-racial prend la forme du déni : on dit que les distinctions de race sont derrière nous, qu’il n’y a pas tant d’inégalités ni d’injustice, et, d’ailleurs, «  les Blancs ne sont-ils pas eux aussi victimes » ?      
(Sylvie Laurent)

La figure du “pauvre petit Blanc” a en outre été instrumentalisée dès le XVIIème siècle, dans le cadre de l’esclavage et de la colonisation, pour justifier le racisme et la domination de quelques uns. Aujourd’hui, la rhétorique de Donald Trump et de son électorat reprend les mêmes idées en les remettant au goût du jour.

Le maître blanc a constamment peur que le vengeance surgisse des plantations, qu’il soit tué dans la nuit et qu’on lui prenne la source de son pouvoir.            
(Sylvie Laurent)

Mais en réalité, nous dit Sylvie Laurent, le « pauvre petit Blanc » n’existe pas, il correspond au mythe du blanc victime. C’est un stéréotype et une construction politique destinés à protéger un ordre établi, celui des dominants. Il s’agirait ainsi d’une affaire de classe et non de racisme. 

Les plus aisés, les possédants, les chrétiens, les hommes.. nourrissent ce sentiment d’être désavantagés, brimés, dépossédés, et ce sont eux les « pauvres petits Blancs ».          
(Sylvie Laurent)

France Culture