États-Unis : Le Pentagone et le Congrès vont rebaptiser dix bases militaires portant le nom de généraux confédérés

Dix bases de l’armée de Terre (US Army), toutes situées dans le sud des États-Unis, portent le nom d’anciens militaires sudistes de la guerre de Sécession (1861-1865). La plus grande base militaire du pays, Fort Bragg, en Caroline du Nord, porte le nom d’un ancien général de l’armée sécessionniste, Braxton Bragg, qui est surtout connu pour avoir perdu la grande bataille de Chattanooga en 1863. Celle de Fort Hood, au Texas, a été nommée en l’honneur du général John Bell Hood, connu pour avoir subi de multiples défaites sur le champ de bataille, pour lesquelles, selon les historiens, il avait tendance à accuser ses subordonnés.

Le Secrétaire à la Défense Mark Esper s’était dit, début juin 2020,  ouvert  ​à l’idée de renommer des bases, après la mort de George Floyd (mort à la suite de violences policières). Cette idée s’inscrivait, en fait, dans un contexte plus large de réduction de l’extrémisme au sein des forces US.

Donald Trump avait immédiatement répliqué que le nom de ces bases faisait partie de  l’héritage américain  ​et martelé que son gouvernement n’étudierait  même pas  ​cette éventualité.

Se pencher sur les symboles

Mais en juillet 2020, le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, avait publiquement plaidé pour un changement de nom des bases militaires américaines honorant des généraux confédérés.  Nous devons nous pencher sérieusement sur les symboles : les drapeaux confédérés, les statues et les bases ​, avait ajouté le général, qui avait eu des mots très durs pour les généraux sudistes. La guerre de Sécession  était un acte de rébellion, c’était un acte de trahison contre l’Union et contre le drapeau américain, contre la Constitution », avait-il dit avant de conclure :  Ces officiers ont trahi. » 

Le Congrès avait alors pris l’affaire en main et décidé de mettre en place une commission chargée d’étudier un éventuel changement de nom de certains sites baptisés d’après des généraux ou des victoires confédérés. Quatre élus de la Commission des forces armées et quatre représentants du Pentagone devaient la composer.

Début janvier, le Secrétaire à la Défense par intérim Christopher Miller avait nommé les quatre représentants de l’institution militaire.

Leur mandat a été de courte durée puisque l’administration Biden vient de les remplacer.

Une commission militante

Vendredi dernier, le nouveau Secrétaire à la Défense Lloyd Austin a dévoilé les noms des quatre représentants des armées. Il s’agit de trois officiers supérieurs qui ont quitté le service actif : l’amiral Michelle Howard, une Afro-Américaine qui a été la première femme à passer au grade d’amiral dans l’US Navy ; le général Bob Neller, ancien patron du Corps des marines (USMC) ; le général Ty Seidule, un ancien de l’armée de Terre et actuellement professeur d’histoire à l’académie militaire de West Point ; et d’une civile, Kori Schake, directrice de la politique étrangère et de défense à l’American Enterprise Institute et républicaine viscéralement hostile à Donald Trump.

Ce groupe sera rejoint par quatre personnalités nommées, également vendredi, par le Congrès. Ce sont le général Thomas Bostick, ancien patron du Corps du génie ; Lonnie G. Bunch, secrétaire de l’institut Smithsonian ; Jerry Buchanan, un homme d’affaire de Tulsa (Oklahoma) et militant associatif, et un élu républicain de la Chambre des représentants, Austin Scott.

À eux de décider s’il faut changer les noms de Camp Beauregard et de Fort Polk en Louisiane, de Fort Benning et de Fort Gordon en Géorgie, de Fort Bragg en Caroline du Nord, de Fort A.P. Hill, de Fort Lee et de Fort Pickett en Virginie, de Fort Rucker en Alabama et de Fort Hood au Texas. À eux aussi d’estimer si l’exercice doit seulement s’appliquer à ces dix bases, mais aussi à tous  les sites, avions, navires, systèmes d’armes et autres biens du ministère de la Défense ​.

Ils devront d’ici au 1er octobre prochain présenter un rapport d’étape, puis en octobre 2022 un rapport définitif donnant la liste des sites à rebaptiser et le coût de cette opération qui suscite, encore et toujours, l’hostilité de la frange américaine la plus conservatrice.

Objectif, tolérance zéro

L’ activisme  ​du Pentagone, qui a nommé quatre personnes très engagées dans la lutte contre le racisme et les inégalités de traitement, est notable mais il dépasse la simple question des noms de bases ou d’armes. C’est la question des idées extrémistes en son sein qui est désormais posée. Les événements du 6 janvier (invasion du Capitole, à Washington) ont montré que parmi les émeutiers figuraient quelques militaires actifs, des membres de la Garde nationale et des réservistes.

Leur présence à Washington n’a guère surpris puisqu’en 2020 le Pentagone avait pris la mesure du risque et envisageait déjà de revoir le Code de justice militaire pour mieux prévenir et combattre les cas d’extrémisme et de racisme. Cette recommandation figurait dans un rapport intitulé Department of Defense Board on Diversity and Inclusion Report Recommendations to Improve Racial and Ethnic Diversity and Inclusion in the U.S. Military ​.

Un sondage du Military Times affirmait que plus d’un tiers des militaires interrogés avaient été témoins d’actes ou de déclarations extrémistes ou de nature suprémaciste.

Le 5 février, Lloyd J. Austin III a signé un memo exigeant de tous les officiers commandant d’unités, de services, d’écoles etc de consacrer, dans les deux mois à venir, une journée pour discuter de l’extrémisme au sein des forces armées. Une DoDI, la Department of Defense Instruction 1325.06, fournit le cadre de ces discussions ; elle est intitulée :  Handling Dissident and Protest Activities Among Members of the Armed Forces ​.

La  tolérance zéro  ​(un memo du DoD de janvier prône cette tolérance zéro) est devenue l’objectif des forces armées US. Des forces armées qui savent que le problème est épineux, la Constitution garantissant la liberté d’expression. Et quid des « vétérans » (anciens militaires et anciens combattants) ? Sur les 140 personnes poursuivies pour les violences du 6 janvier, 20 % en font partie.

Ouest-France