États-Unis : Les Noirs et les Latinos laissés-pour-compte de la campagne de vaccination anti-Covid

À New York, Philadelphie ou Los Angeles, le faible taux de vaccination chez les Africains-Américains et les Hispaniques est jugé “inquiétant”. Il est temps de mettre les autorités américaines devant leurs responsabilités : les efforts entrepris pour vacciner ces communautés semblent insuffisants.

La campagne de vaccination contre le Covid-19 bat son plein aux États-Unis. Près de 34 millions de doses ont d’ores et déjà été administrées, et le rythme quotidien de la vaccination a atteint 1,32 million de doses par jour.

Une tendance “inquiétante” se dessine : les personnes de couleur, en particulier les Noirs, semblent être les laissés-pour-compte de la campagne américaine.

À New York, près de la moitié (48 %) des habitants ayant reçu une injection de vaccin contre le Covid-19 étaient Blancs, selon des données publiées dimanche 31 janvier par la ville. Les Noirs, qui représentent 24 % de la population new-yorkaise, ont reçu 11 % des doses administrées. Les Latinos (29 % des New-Yorkais) comptent pour 15 % des personnes vaccinées.

“Problème majeur”

Le maire Bill de Blasio a déclaré que ces données mettaient en évidence un “problème majeur” d’inégalité raciale vis-à-vis de la pandémie de coronavirus. Aux États-Unis, le Covid-19 a tué les Noirs et les Latinos deux fois plus que les Blancs.

New York est, en outre, loin d’être un cas isolé. Les données publiées par 17 États et par les villes de Chicago et de Philadelphie montrent que les Africains- Américains reçoivent proportionnellement moins de vaccins. À Philadelphie, moins de 15 % des personnes vaccinées sont noires, alors que les habitants noirs de la ville représentent 40 % de la population âgée de plus de 75 ans et 45 % des professionnels de santé.

À Los Angeles, les autorités sanitaires ont également constaté un faible taux de vaccination des professionnels de la santé qui vivent dans le sud de la ville, “où vivent de nombreuses populations noires et hispaniques”. Hilda Solis, élue locale de Los Angeles, a fait part de son inquiétude: “Je sais qu’un grand nombre de populations se font vacciner à un rythme plus élevé que d’autres, et je me demande simplement ce que nous allons faire.

Fragilité, méfiance et manque d’efforts des autorités

La situation est d’autant plus problématique que les minorités “hésitent de toute façon à se faire vacciner”. Selon les données de l’Association for a Better New York, qui indique que 78 % des New-Yorkais blancs sont désireux de se faire vacciner le plus rapidement possible, contre 54 % pour les New-Yorkais hispaniques et asiatiques, et 39 % pour les New-Yorkais noirs.

Mais les autorités américaines ne semblent pas pressés de surmonter cette méfiance: peu d’États “veillent à ce que les Africains-Américains ou les Hispaniques soient vaccinés”.

A Memphis (Tennessee), à la mi-janvier, les 10.800 rendez-vous de vaccination avaient été réservés avant que les personnes n’ayant pas accès à Internet puissent s’inscrire par téléphone. Or les Noirs et les Hispano-Américains ont statistiquement moins de chances d’avoir un accès à Internet.

Autre exemple dans la région de Boston : 46 % des résidents blancs y vivent à moins de 1 kilomètre d’un centre de vaccination, contre 14 % seulement des résidents noirs et 26 %
des résidents latinos.

Bref, comme l’a confié Nina Schwalbe, de l’école de santé publique de l’université de Columbia, “si l’objectif est de contribuer à réduire les souffrances et la mortalité des communautés noires, latinos et des seniors, tout le monde devrait concentrer ses efforts de vaccination sur ces groupes”

Wall Street Journal