États-Unis : Les troupes américaines sont géolocalisables grâce aux données issues des téléphones des soldats en mission, récoltées et revendues légalement

Les smartphones de militaires constituent un risque majeur pour la sécurité nationale. Une faille dans la sécurité de l’armée qui préoccupe de plus en plus les autorités américaines. “Comment protéger les militaires, les agents du renseignement et les membres des forces de sécurité en ces temps où des données commerciales produites par les téléphones portables et autres services numériques sont vendus en gros et disponibles à l’achat pour n’importe quel adversaire des États-Unis?” Le défi est de taille.

En 2016 l’entreprise PlanetRisk Inc. a découvert qu’elle pouvait suivre à la trace les soldats en opération. À l’époque, ce sous-traitant de l’armée travaillait sur une application pour repérer le trajet des migrants en partance de Syrie. Mais l’outil informatique, destiné aux services de renseignements américains, lui a également permis de détecter les mouvements de troupes américaines, via les données récupérées sur les smartphones des militaires.

Tracés du Texas à la Syrie

Mais l’outil informatique, destiné aux services de renseignements américains, lui a également permis de détecter les mouvements de troupes américaines, via les données récupérées sur les smartphones des militaires.

Les analystes de la société pouvaient voir que des portables venus d’installations militaires aux États-Unis et passés par divers pays comme le Canada et la Turquie s’étaient regroupés sur le site abandonné de la cimenterie Lafarge, dans le nord de la Syrie, alors transformée en base pour les forces spéciales américaines et la coalition internationale.”

L’application de ce sous-traitant de l’armée américaine – qui n’existe plus aujourd’hui –n’est pas la seule à récupérer les données de ses utilisateurs. Beaucoup d’entreprises qui fournissent des services numériques en collectent et les revendent ensuite à d’autres sociétés, souvent à des fins publicitaires. Des journalistes ont ainsi pu se procurer des données de géolocalisation pointant l’usine Lafarge,entre 2017 et 2018. Celles-ci sont anonymisées, mais grâce à des “indices” et aux trajets effectués, il est possible de déduire qui possédait ces téléphones.

Des smartphones détectés en Syrie ont ainsi été repérés dans des bases militaires du Texas et de Caroline du Nord, parfois au Koweït. Après leur passage en Syrie, ils se sont éparpillés à divers endroits des États-Unis – “probablement au domicile du personnel militaire” à qui ils appartiennent.

Un business dangereux

Les services de renseignements américains eux-mêmes profitent de ce système,précise le quotidien. “Certains vendeurs donnent maintenant des informations de géolocalisation aux services de renseignements, à l’armée et aux forces de l’ordre.” Mais le dispositif est à double tranchant : des puissances étrangères peuvent également se procurer facilement des informations.Les autorités américaines sont conscientes de ce problème,

Les montres connectées et les applications de course à pied sont désormais interdites pour les membres des services de renseignements. Des cours de sensibilisation sont aussi dispensés aux militaires susceptibles de participer à des opérations sensibles.

Une loi pour protéger les données ?

“Mais aux États-Unis, les données numériques sont encore traitées comme un produit commercialement précieux, que l’on peut vendre et acheter.” En comparaison, la Chine interdit l’exportation des données de ses citoyens. En Europe, la loi est moins stricte,mais la collecte d’informations reste limitée, grâce notamment au “Règlement général sur la protection des données” (RGPD), en vigueur depuis 2018.

Une proposition de loi a été présentée la semaine dernière par les sénateurs démocrate et républicain Ron Wyden et Rand Paul pour mieux protéger les données des citoyens américains. “Mais une telle législation, qui jouit d’un large soutien, serait lourde de conséquences pour tout l’écosystème de la publicité en ligne, qui repose beaucoup sur l’identification, le traçage et le ciblage des consommateurs”.

The Wall Street Journal