États-Unis : Lincoln, Truman, Kennedy, trois combats insuffisants pour l’égalité entre Noirs et Blancs

Temps de lecture : 7 minutes

Les manifestations après la mort de George Floyd ont mis en lumière la situation inégalitaire des Noirs aux États-Unis. Les disparités entre Noirs et Blancs et le racisme demeurent, malgré les avancées notables réalisées durant les mandats d’Abraham Lincoln, Harry Truman et John F. Kennedy.

Le mouvement Black Lives Matter né après la mort du jeune Trayvon Martin en Floride en 2012, tué par un agent de sécurité, a été projeté de nouveau sur le devant de la scène internationale en 2020 après la mort de George Floyd à Minneapolis en mai dernier. Cet Afro-Américain de 46 ans est mort étouffé à terre sous les genoux d’un policier.

Les manifestations ont émergé dans le monde entier et les défilés sont considérés par les analystes comme le plus grand mouvement de protestation jamais connu aux États-Unis. Même les mouvements des droits civiques dans les années 60 n’ont rien de comparable à la marée humaine de 2020. Le 6 juin dernier par exemple, un demi-million de personnes ont manifesté dans près de 550 endroits différents aux États-Unis.  

Ce mouvement a mis en lumière les disparités qui demeurent au XXIe siècle entre Blancs et Noirs dans la première puissance mondiale. La situation d’aujourd’hui, encore empreinte de racisme, est issue du passé esclavagiste puis ségrégationniste du pays, même si certains Présidents resteront dans l’Histoire comme des promoteurs des mêmes droits quelle que soit la couleur de peau. Même si leur action s’est révélée largement insuffisante, trois Présidents ont laissé des marques indélébiles dans l’Histoire de l’égalité des droits.

Abraham Lincoln, l’homme de l’abolition de l’esclavage

Le président américain Abraham Lincoln a aboli l'esclavage aux Etats-Unis en 1865
Le président américain Abraham Lincoln a aboli l’esclavage aux Etats-Unis en 1865• Crédits : HOAFP

La traite des noirs commence en 1619. Vingt Africains sont transportés dans des bateaux hollandais d’Angola (à l’époque appelé Ndongo) jusqu’à Jamestown en Virginie, la première colonie britannique aux États-Unis. Cet événement marque le début de la traite d’un total de 12,5 millions d’Africains vendus dans des ports américains durant toute la période allant de 1619 à 1865.  

Entre 1775 et 1783, la guerre d’Indépendance provoquera un ralentissement des transports d’esclaves africains, avant de reprendre de plus belle. Le pic du nombre d’esclaves transportés en une seule année est atteint en 1807 avec plus de 23 000 hommes et femmes enlevés d’Afrique et emmenés aux États-Unis cette année-là.  

Il se trouve que les Pères fondateurs n’ont jamais écrit le mot “esclavage” dans la Constitution américaine, mais ont autorisé les États du sud à inclure des esclaves dans leur population. 

Carte postale en honneur du Président Abraham Lincoln (1809 - 1865) pour sa Proclamation d'Emancipation 1863
Carte postale en honneur du Président Abraham Lincoln (1809 – 1865) pour sa Proclamation d’Emancipation 1863• Crédits : Kean CollectionGetty

Il faudra attendre l’élection d’Abraham Lincoln en 1861, Président pendant la Guerre de Sécession, pour que la situation évolue. Abraham Lincoln, un républicain, restera dans l’Histoire comme l’homme qui a aboli l’esclavage. Entre son élection en novembre 1860 et son discours inaugural du 4 mars 1861, sept États ont fait sécession avec l’Union et ont créé les États confédérés d’Amérique.

Donc, lorsque Lincoln arrive à Washington pour la passation de pouvoir avec son prédécesseur James Buchanan, la guerre entre le sud et le nord menace. C’est pour cela que lors de son discours inaugural, Lincoln prendra soin de ne pas se mettre à dos les autres États du Sud afin d’éviter qu’ils fassent sécession eux aussi (la Caroline du Nord, l’Arkansas, le Missouri, le Maryland, le Delaware, Tennessee, le Kentucky et la Virginie). L’une de ses phrases restera dans les annales : 

Je n’ai aucune intention, directement ou indirectement, d’aller contre l’esclavage dans les États où il existe.

Lincoln juge l’esclavage moralement, socialement et politiquement mauvais, et estime que la phrase de la Constitution “tous les hommes ont été créés égaux” s’applique aux Noirs et aux Blancs. Mais pour autant, ce n’est pas un vrai abolitionniste. Il ne pense pas que Noirs et Blancs devraient avoir les mêmes droits sociaux.

En 1863, Abraham Lincoln décrète la Proclamation d’Émancipation (Emancipation Proclamation) selon laquelle :

Toutes les personnes retenues comme esclaves doivent être libres.

Voilà comment est né le 13e Amendement de la Constitution abolissant l’esclavage et entrant en vigueur le 18 décembre 1865. Il stipule : 

Ni esclavage ni servitude involontaire n’existeront aux États-Unis, ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction.

Lincoln, lui, est mort assassiné par un militant sudiste en avril 1865 et a été remplacé par son vice-président Andrew Johnson.

Puis en 1866, le Congrès, à majorité républicaine, abolit les Black Codes (lois votées par les États du Sud au lendemain de la guerre et déterminant avec précision les droits des Noirs) grâce au 14e amendement. À LIRE AUSSI 4 min SavoirsÀ l’origine du parti démocrate : un parti esclavagiste Vidéo

Le parti républicain est bel et bien le parti de l’abolition de l’esclavage, le parti démocrate étant à ses origines en faveur de l’asservissement des Noirs au service des Blancs. 

Harry Truman, l’homme de la déségrégation dans l’armée et l’administration fédérale

Le Président Truman reçoit en 1949 la récompense  Robert S. Abbott Memorial pour avoir milité pour les droits de tous les Américains quelle que soit leur couleur de peau
Le Président Truman reçoit en 1949 la récompense Robert S. Abbott Memorial pour avoir milité pour les droits de tous les Américains quelle que soit leur couleur de peau• Crédits : Bettmann / ContributeurGetty

Le démocrate Harry Truman n’était pas au départ un défenseur des droits civiques, loin s’en faut. Truman, arrivé au pouvoir en 1945 après la mort du Président Roosevelt, était même clairement ce que l’on peut appeler un raciste. Plusieurs écrits personnels ont été retrouvés et appuient cette thèse.

Enfant de la campagne du Missouri, Truman a été élevé dans une petite ville où Blancs et Noirs vivaient séparés, par des parents sympathisants des États confédérés. Sa mère lui a toujours dit qu’il fallait détester le président Lincoln (qui a aboli l’esclavage) et ses grands-parents avaient été propriétaires d’esclaves. Devenu sénateur, il continuera logiquement à approuver la ségrégation.

Mais, devenu Président, Harry Truman va effectuer la métamorphose la plus incroyable qui soit et passer de raciste à défenseur des droits civiques. Il s’est même opposé à plusieurs membres du Congrès représentant le Sud. Il a en réalité subi la pression du vote des Noirs qui ont toujours voté républicain, et des militants des droits civiques qui, devant les violences de plus en plus fréquentes envers les Noirs, lui demandaient d’agir. 

Mais comme le relève Kurt Graham, directeur des Harry S. Truman Library and Museum dans le Washington Post, Harry Truman est un politicien. Et il a choisi le parfait timing. Il a signé ces deux arrêtés historiques quelques mois seulement avant de lancer sa campagne pour sa réélection. 

Mais il faut admettre que ses sentiments, son affection envers les soldats l’ont également fait réfléchir sur la manière dont les Noirs étaient traités. Lorsqu’il apprit qu’un ancien combattant noir de la Deuxième Guerre mondiale avait été jeté d’un bus et battu par le chef de la police locale en Caroline du Sud. Plusieurs lynchages l’ont également marqué, tout comme cette attaque en Géorgie en 1946 de deux couples noirs dont les maris étaient d’anciens combattants. Un groupe de Blancs suprémacistes les ont assassinés de plusieurs balles dans le dos. 

Il reconnaîtra devant les militants pour les droits civiques qu’il n’avait pas conscience d’une telle violence devenue si fréquente. Il écrira à l’un de ses amis qui le supplie de ne pas signer de décret pour l’égalité des Noirs et des Blancs : 

Je ne demande pas l’égalité sociale, car cela n’existe pas. Mais je demande l’égalité des chances pour tous les humains et tant que je serai à ce poste, je continuerai à me battre.

En 1946, il crée le Comité présidentiel des droits civiques, dont il suit ensuite les recommandations pour signer les deux décrets qui marquent sa présidence.

En effet, le 26 juillet 1948, il signe le décret Executive Order 9981. Il déclare :

Toutes les personnes dans l’armée doivent avoir le même traitement et les mêmes opportunités quelles que soient leur race, leur couleur, leur religion ou leur origine. 

Il signe également le décret Executive order 9980 qui marque la déségrégation des postes d’employés fédéraux.  

Le comité sera ensuite dissous après avoir donné naissance aux organisations pour les droits civiques existant encore aujourd’hui (dont le Comité des droits civiques au Congrès). 

John Kennedy, l’homme de la défense des droits civiques

Lorsque John Fitzgerald Kennedy arrive au pouvoir et prend ses fonctions en janvier 1961, les Afro-Américains du Sud n’ont toujours pas le droit de vote, ne peuvent toujours pas entrer dans un lieu public et ne voient jamais la justice délibérer en leur faveur. Au Nord du pays, les Noirs sont discriminés pour obtenir un logement, un emploi, aller à l’école, etc. Mais grâce au mouvement des droits civiques, la situation progresse. Car en 1954, la Cour Suprême a statué que la ségrégation raciale dans les écoles publiques est anticonstitutionnelle (In Brown v. Board of Education Case). Mais même après cette décision historique, des États poursuivent la ségrégation scolaire. L’Arkansas par exemple.  

La lycéenne noire Elizabeth Eckford (g.) parmi les 9 de Little Rock (Arkansas) suivie par une foule de parents blancs lui interdisant l'accés au lycée en 1957
La lycéenne noire Elizabeth Eckford (g.) parmi les 9 de Little Rock (Arkansas) suivie par une foule de parents blancs lui interdisant l’accés au lycée en 1957• Crédits : Francis Miller/The LIFE Picture CollectionGetty

En septembre 1957, il faudra que la police fédérale soit envoyée par le Président Eisenhower dans un lycée de Little Rock. En effet, neuf adolescents noirs, premiers Afro-Américains à se rendre dans cet établissement entièrement blanc, sont hués, insultés par une foule d’une violence extrême. Pourtant, la décision de la Cour Suprême de 1954 leur donne entièrement le droit d’étudier dans ce lycée. 

En 1958 finalement, la Cour Suprême ordonne l’intégration définitive des étudiants noirs dans les écoles de Little Rock, allant à l’encontre des décisions de l’Arkansas ségrégationniste.

Juste avant la présidentielle de 1960, le pasteur noir Martin Luther King Jr. est arrêté pour avoir manifesté à Atlanta en Géorgie. John Kennedy et son frère Robert sont intervenus afin de rassurer sa famille et de le faire libérer dans les conditions les plus sûres possibles. Depuis, le nom des Kennedy sera toujours associé à celui du leader du mouvement des droits civiques. 

Plus de 70% des Afro-Americains voteront pour Kennedy, les Noirs attendant beaucoup du jeune président démocrate. C’est donc dans ce contexte que Kennedy arrive à la Maison Blanche. 

Badge de campagne pour le ticket démocrate Kennedy/Johnson en 1960
Badge de campagne pour le ticket démocrate Kennedy/Johnson en 1960• Crédits : Hulton ArchiveGetty

En 1963, il propose une loi qui deviendra le Civil Rights Act of 1964. Son discours du 11 juin 1963, prononcé dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, et retransmis en direct à la télévision, deviendra l’un des tournants de l’Histoire des États-Unis :  https://www.youtube.com/embed/rS4Qw4lIckg?feature=oembed

C’est son successeur Lyndon Johnson qui finalement promulguera le texte, mais John Kennedy en est l’initiateur. En plus du texte imaginé par Kennedy, le Title VII est ajouté. Il interdit toute discrimination dans l’emploi basée sur la race, la couleur, la religion, le genre et les origines. Lyndon Johnson ajoutera également l’ouverture à tous les Américains des lieux publics (restaurants, piscines, hôtels, etc.) quelles que soient leur race, leur couleur ou leur religion.  

France Culture

3 Commentaires

  1. Ce qui me fait marrer avec les couilles molles droitardes et autres glands pensant qu’il suffit de laisser passer la tempête, c’est qu’ils n’ont absolument rien compris: il n’y a aucune limite à la repentance. Ce n’est d’ailleurs pas le sujet.

    Il ne s’agit pas de “rendre”, compenser mais annihiler tout ce que le blanc représente…au passage lui faire les poches.

  2. Il y a égalité de droits.
    Il n’y a pas égalité de compétences, ni de talent, désolée pour vous les nwoars.

  3. Ouin-ouincratie.

    La musique aussi est extrêmement raciste puisque une blanche vaut deux noires.
    Vous verrez qu’un jour ou l’autre un grogressiste viendra poser sa crotte sur ce sujet sensible.

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