Etats-Unis : « On a beau être en bleu, on reste Noirs », les policiers afro-américains pris entre deux feux

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Depuis la mort de George Floyd, la position des officiers noirs aux Etats-Unis est plus inconfortable que jamais. Entre la défiance de leur communauté et celle de leurs collègues blancs, ces hommes et ces femmes sont les témoins du racisme profond qui mine leur institution.

Entre deux couleurs, entre deux mots d’ordre, l’Amérique est, depuis cet été, sommée de choisir son camp : Black Lives Matter ou Blue Lives Matter ? Un dilemme familier pour ceux qui, comme Mitchell R. Davis entré dans la police il y a près de trente ans, sont à la fois black, afro-américains et blue, couleur de son uniforme.

Avant de devenir policier dans la banlieue de Chicago (Illinois), il était un jeune homme noir à qui il arrivait d’être importuné par les forces de l’ordre. Après avoir intégré l’institution, à 28 ans, certains de ses collègues ont continué à voir en lui ce jeune homme noir au comportement forcément suspect. Une expérience inconfortable et parfois « humiliante », qui n’a pas dissuadé le robuste père de famille de faire son chemin dans le monde des « bleus ». Bien au contraire.

En uniforme, muni d’une pancarte

« Lorsque l’on veut changer les choses, il vaut mieux être dans le système qu’à l’extérieur », défend celui qui est aujourd’hui, à 58 ans, le chef de la police de la commune de Hazel Crest, 17 000 habitants. Cette conviction n’a fait que se renforcer au fil de sa carrière. Et son engagement a encore trouvé tout son sens durant l’été, lors des manifestations contre les violences ­policières, organisées après la mort de George Floyd, asphyxié sous le genou d’un policier blanc.

Ce drame, venu s’ajouter à une liste déjà longue de brutalités à l’encontre des Afro-Américains, a jeté dans les rues des milliers de personnes, blanches et noires, décidées à dénoncer une forme de racisme systémique au sein des forces de l’ordre américaines.

Mitchell R. Davis n’a pas hésité un instant : en uniforme et muni d’une pancarte Black Lives Matter, il a rejoint le défilé organisé dans sa ville. « J’étais le seul représentant de la police », reconnaît-il sans amertume. « Je suis sûr que d’autres policiers, blancs ou noirs, voient les choses comme moi et veulent améliorer la situation, mais tout le monde ne veut pas le faire publiquement. »

A travers le pays, d’autres policiers ont suivi son exemple ; de manière inédite dans ce type de protestations, certains ont mis un genou à terre, en solidarité avec les manifestants, ou déposé sur le sol leurs menottes ou leurs gilets pare-balles, comme une volonté d’engager un dialogue apaisé.

Double loyauté Ces moments euphoriques semblent déjà loin, mais l’urgence à dénoncer les biais racistes de l’institution policière demeure. Surtout chez les agents noirs, pris en étau entre deux loyautés, entre deux « familles » : la police et la communauté afro-américaine. Une situation ambivalente qui en fait les témoins « privilégiés » de pratiques discriminatoires, dans leur vie professionnelle ou leur quotidien de citoyen.

Les deux anecdotes que raconte Mitchell R. Davis, interviewé par Zoom, assis derrière son bureau dépouillé, suffisent à mesurer l’inconfort de certains policiers noirs au sein de leur administration. Comme il le fait volontiers lors des conférences qu’il donne désormais pour Noble, la National Organization of Black Law Enforcement Executives (association qui défend une justice égale pour toutes les communautés), Mitchell R. Davis se souvient de ce jour au cours duquel, alors programmeur, il se rendait chez un client « dans un quartier blanc ».

« La police m’a arrêté, juste pour savoir ce que je faisais dans ce coin de la ville. J’étais un adulte, un professionnel en costume, au volant d’une Audi et pourtant j’ai dû subir cette humiliation. Le problème, c’est que les Afro-Américains grandissent encore avec l’idée qu’une telle situation peut leur arriver. » Quand elle ne dégénère pas en drame. Après son licenciement, déjà père de famille, le jeune homme décide pourtant d’entrer dans la police. 

« J’avais besoin de travailler. Je pensais que le système était biaisé, certes, mais pas les individus. Surtout, je me disais que j’allais pouvoir jouer un rôle de modèle dans la communauté noire, être une figure dans laquelle les jeunes pourraient se projeter. Je suis quelqu’un qui voit plutôt le verre à moitié plein », se justifie-t-il en souriant.

Désamorcer la dispute

Sa famille n’a pas mal réagi à ce choix, qui suscite parfois l’incompréhension dans une communauté globalement méfiante à l’égard des forces de l’ordre. « Ma mère a juste eu peur pour ma sécurité. » Elle ne pensait sans doute pas que la menace pouvait venir de l’intérieur. Quelques années après ses débuts, une altercation avec des policiers blancs suspicieux a rappelé à celui qui n’était alors que simple agent l’ampleur des progrès nécessaires « pour changer la culture » de la police américaine. Alors qu’il était en civil et se garait sur le parking d’une épicerie en compagnie de sa femme, il a vu s’approcher une voiture de police gyrophare allumé. 

« J’ai cru que mes collègues me faisaient une blague », se souvient cet éternel optimiste. Ce n’était pas le cas. Ses « collègues » de la ville voisine le suivaient depuis un moment, dans le cadre d’un classique « contrôle au faciès ».  Ses protestations de bonne foi n’ont fait qu’envenimer la situation et Mitchell R. Davis a dû appeler son supérieur, blanc, pour désamorcer la dispute.

Depuis, dans toutes ses fonctions, flic sur le terrain, formateur, étudiant en criminologie et en management, interlocuteur des pouvoirs publics, et bientôt premier président noir de l’association des chefs de la police de l’Illinois, l’agent s’efforce de faire « la part des choses entre les crétins et les racistes ».

A l’autre bout du pays, attablé devant un plat créole, dans un quartier populaire de La Nouvelle-Orléans (Louisiane), Martin Blossom raconte une histoire différente mais arrive à la même conclusion : mieux vaut être « dans le système » et ­donner de la voix que laisser le terrain à « ceux qui voient la couleur de la peau avant l’être humain ». Lui, comme Mitchell R. Davis, porte depuis ­plusieurs années la chemise blanche des officiers.

Au revers, une étoile de shérif, sur la manche, l’écusson vert et orange du service de « la paroisse d’Orléans », le district de la ville. Jonglant entre ses deux téléphones et son talkie-walkie, le quinquagénaire à la voix sourde insiste : « Si on n’est pas nous-mêmes acteurs du changement, on risque de se retrouver avec une police des années 1960, quand il n’y avait pas un seul gradé noir ».

Inspiré par le policier qui surveillait les abords de son école, Martin Blossom s’est engagé dans la police à 19 ans. Pour un Afro-Américain, qui a grandi dans cet Etat du Sud au passé ségrégationniste, « le racisme a toujours été là, sous-jacent ». « Il ne faut pas oublier qu’à l’origine la police avait pour fonction de rattraper les esclaves en fuite, puis de faire appliquer les lois ségrégationnistes. La société a toujours laissé entendre que les Noirs étaient des fauteurs de troubles. » 

Et, très tôt dans sa carrière, il a découvert un système à deux vitesses : « Si pour la même raison, on arrête un Noir et un Blanc, on trouvera toujours un moyen pour que le Blanc s’en sorte mieux. » Un mal profondément enraciné Dans sa retraite du Delaware, Melvin Russell est plus direct encore. A 60 ans, cet ancien policier de Baltimore (Maryland) – ville noire à plus de 60 %, où les services de police ne comptent que 40 % d’Afro-Américains – assure avoir observé de près ce « deux poids, deux mesures ».

« Dans les quartiers noirs, on agit avant d’écouter, chez les Blancs, on écoute d’abord et on juge ensuite », affirme le retraité, qui, au téléphone, contient difficilement sa colère. L’arrestation sans incident du jeune homme qui a tué deux manifestants antiracistes à Kenosha (Wisconsin), fin août, représente pour lui le dernier exemple en date de ce double standard. 

« Un suspect noir aurait été tué directement », assure l’homme qui, au plus fort des violences ayant suivi la mort d’un jeune Noir après son arrestation par la police de Baltimore en 2015, est allé au contact des manifestants.

Cette approche racialisée, aujourd’hui vilipendée, trouve ses origines dans l’histoire américaine, confirme un récent rapport du think tank Brennan Center for Justice sur la persistance du racisme et du suprémacisme blanc dans les forces de l’ordre (« Hidden in Plain Sight : Racism, White Supremacy, and Far-Right Militancy in Law Enforcement »). Historiquement, « la police était davantage impliquée dans le maintien de l’ordre racial que dans la poursuite du crime », rappelle son auteur, l’ancien agent du FBI Michael German.

Aujourd’hui, « la participation de centaines de responsables des forces de l’ordre, au niveau local ou fédéral, à des activités racistes, nationalistes ou sexistes sur les réseaux sociaux confirme que ces biais sont largement répandus ». Pas étonnant, donc, que 84 % des adultes afro-américains jugent que les policiers traitent moins équitablement les Noirs que les Blancs. Un avis partagé par 63 % de Blancs, selon une enquête de 2019 réalisée par le Pew Research Center.

Mais qu’en est-il au sein même de l’institution ? Dans son bureau de Hazel Crest, où résonnent de temps à autre des alertes sur son téléphone, Mitchell R. Davis encore une fois joue de ses talents de narrateur pour faire passer le message. « Il y a quelques années, un collègue noir m’a raconté que, lors de son premier jour en patrouille avec un formateur blanc, ce dernier l’a mené dans un quartier noir de sa ville et lui a dit froidement : “Je vais te montrer comment on traite les nègres ici.”

Le policier s’est offusqué, mais son supérieur lui a dit : “Eh, tu es un policier maintenant !” » D’autres brimades à caractère raciste ont suivi. Le jeune homme a fini par changer de service mais ses collègues, eux, n’ont pas bougé. Soutien à Black Lives Matter Sur ces questions raciales, les instances officielles s’efforcent d’engager la réflexion, mais l’omerta au sein de la police est réelle. 

« Il y a toujours la peur de ne pas être accepté, de ne pas s’intégrer »,explique M. Blossom. « Vous seriez surprise du nombre de gens qui préfèrent regarder ailleurs lorsqu’un incident raciste survient,témoigne encore Mitchell R. Davis. Il y a la peur de représailles, la crainte de donner une mauvaise image de la police dont on fait désormais partie. Moi-même, en tant que policier, il m’est arrivé de me taire, car il y a des choses sur lesquelles on n’a pas de contrôle. » Ces expériences l’ont conforté dans l’idée de gravir les échelons pour pouvoir devenir cette « voix noire » dans « un monde de Blancs ».

Le lieutenant Blossom affirme n’avoir jamais personnellement souffert de discrimination. « Mon grand-père et mon père étaient des hommes forts ; ils m’ont appris à ne jamais me laisser intimider par les racistes. J’imagine que mes collègues ont compris que je ne le permettrais pas. » Mais la mort de George Floyd et les débats qu’elle a suscités ont réactivé des tensions apparemment enfouies. 

« Certains de mes collègues insistaient pour rappeler que Floyd était un criminel [l’homme venait de payer ses cigarettes avec un faux billet], comme si cela justifiait sa mort atroce. » Lui aussi a participé aux manifestations, ulcéré que certains de ses confrères puissent encore « tirer dans le dos de pères de famille noirs, juste parce qu’ils ont peur », comme cela s’est produit à Kenosha (Wisconsin), où, en août, un policier blanc a tiré à sept reprises sur Jason Blake, le blessant grièvement.

Mais son soutien au mouvement Black Lives Matter lui a valu des déconvenues. « Un ancien collègue m’a traité de raciste parce que je défendais “la vie des Noirs”. Certes “toutes les vies comptent”, mais celles des Noirs sont plus en ­danger en raison des discriminations qu’ils subissent. Je me suis rendu compte que, dans mon entourage, il y avait des racistes cachés. Dans l’affaire, j’ai perdu des amis caucasiens [blancs]. »

« La police est ma famille dysfonctionnelle », conclut-il dans un sourire qui cache mal sa tristesse. Soupçons de trahison et de complaisance Profitant de sa récente retraite, Melvin Russell met la dernière main à un livre relatant son expérience du racisme dans la police et témoigne de discriminations récurrentes à son égard. 

« Dans les exercices de formation à l’académie de police, je jouais toujours le rôle du suspect, et mes camarades blancs celui des enquêteurs. A plusieurs reprises, on m’a retiré des grosses affaires pour les confier à des policiers blancs. Mes informateurs noirs étaient moins bien protégés que les blancs… », énumère cet enquêteur spécialisé dans les affaires de drogue.

Et, lorsqu’il a voulu partager ce constat, sa hiérarchie lui a fait comprendre qu’il valait mieux qu’il « suive les règles du jeu ». « Aujourd’hui encore, quand ils arrivent dans la police, on demande aux jeunes Noirs s’ils ont fait partie de gangs, s’ils ont dealé. On ne demande jamais aux jeunes Blancs s’ils font partie d’un mouvement suprémaciste ou skinhead. C’est aussi pour cela qu’on a ce type de personnes dans la police. »

La carrière de ces Noirs au sein d’une institution empreinte de « culture blanche » se déroule donc dans un mélange de non-dits, de compromis, de tactiques, de frustrations, mais aussi d’avancées. Leurs relations parfois compliquées avec leurs confrères en interne se doublent de rapports ambivalents avec « leur » communauté.

Volontiers accusés dans les quartiers d’être plus « bleus » que « noirs », dès lors qu’ils enfilent l’uniforme, ces policiers doivent naviguer entre une supposée complaisance envers la population afro-américaine et le soupçon de la trahir en participant à un maintien de l’ordre marqué par les discriminations. « On a beau être en bleu, on reste Noirs, défend pourtant Martin Blossom. Et on sait exactement ce que ressentent les Afro-Américains. »

« Ces soupçons m’ont beaucoup blessé au début de ma carrière, confie aussi Mitchell R. Davis, mais je savais moi pourquoi j’étais là et c’est ce qui importe. C’est vrai que cela peut être tentant de fermer les yeux pour ne pas mettre en difficulté un membre de sa communauté. » Ce n’est toutefois pas ainsi que Mitchell R. Davis a envisagé son rôle de « flic noir », même si, reconnaît-il,« j’apporte une perspective unique dans ce métier ; je peux établir un lien avec la population afro-américaine ».

Au cours de sa carrière, cette position particulière ne l’a pas empêché de mettre de nombreux délinquants noirs sous les verrous, y compris des gens avec qui il avait grandi. « Mais 99 % d’entre eux pourraient vous dire que je les ai traités en toute impartialité et avec justice ; et c’est cela qui compte. Car, dans les quartiers noirs comme ailleurs, les gens demandent plus de “loi et d’ordre”. »

Un sentiment d’impunité Alors que les manifestations de ces derniers mois ont souligné l’urgence de réformes structurelles dans la police américaine, ces officiers noirs ont tous des idées précises pour atténuer la défiance entre les forces de l’ordre et la population afro-américaine. Là encore, ils tiennent une place à part dans l’institution.

En 2016, une enquête du Pew Research Centermontrait que 92 % des policiers blancs, mais seulement 29 % de leurs collègues noirs, jugeaient que les réformes nécessaires avaient été adoptées pour accorder des droits égaux aux Afro-Américains.

« Changer la culture » nécessiterait en premier lieu de mettre fin à la quasi-impunité des agents en cas de mauvaise conduite. La notion d’« immunité qualifiée », qui empêche toute poursuite contre des officiers de police pour des actions discrétionnaires dans l’exercice de leurs fonctions (hormis dans les cas de flagrant délit), « devrait disparaître », plaide Melvin Russell. « Elle donne une grande latitude aux policiers pour user de la force », selon Jesse Jannetta, chercheur, spécialiste des questions de justice et de police pour le think tank Urban Institute de Washington DC.

La puissance des syndicats ainsi que celle des conventions collectives protectrices ne facilitent pas les procédures pour que les policiers soient tenus responsables de leurs actes. Pour remettre en cause cette impunité, « il faut aussi inculquer aux jeunes recrues l’idée que, si elles voient quelque chose de mal, elles doivent le dénoncer », plaide Mitchell R. Davis. L’inaction des trois agents entourant leur collègue agenouillé sur le cou de George Floyd a presque autant choqué que le geste lui-même.

« Si les policiers étaient traités comme tout le monde, arrêtés, poursuivis, quand ils le méritent, cela éviterait bien des tensions »,estime Martin Blossom. D’autant que sur ce point-là encore l’institution joue, selon lui, un double jeu. 

« Si un policier noir avait tiré sur Breonna Taylor [la jeune femme tuée en mars, dans son lit, par des policiers venus arrêter son compagnon, à Louisville (Kentucky)], il aurait été arrêté immédiatement. [Les policiers blancs impliqués n’ont pas été poursuivis.] Je n’accepte pas cette différence de traitement. »

Des progrès insuffisants « Changer la culture » passe aussi par davantage de formation à la diversité et contre les préjugés. « Il faut apprendre aux policiers à traiter un homme noir de la même manière qu’une femme blanche »,résume, un rien provocateur, le lieutenant Martin Blossom. Le Louisianais, rappelant l’histoire de son Etat sudiste, conclut non sans philosophie : « Si, il y a quatre cents ans, on n’avait pas décidé que l’esclavage était acceptable, on n’en serait sans doute pas là. »

Tous défendent enfin l’importance de leur rôle de « modèle » auprès des jeunes Noirs et plaident pour une plus forte présence d’officiers afro-américains auprès des populations qui leur ressemblent. Avec une part de policiers noirs quasiment identique à celle de la population, La Nouvelle-Orléans fait figure d’exception dans les villes à forte proportion afro-américaine. « Les gars de mon quartier, ils ne me voient pas comme un “bleu” mais comme Marty », sourit M. Blossom.

Ailleurs, à Chicago ou à Baltimore, notamment, la police reste plus blanche que la population. Au niveau national, 13 % des membres des forces de l’ordre sont noirs, un pourcentage à peu près égal à celui des Afro-Américains dans la population, 12 %. Toutefois leur présence ne suffit pas à équilibrer les effectifs dans des villes ou des quartiers à très forte majorité afro-américains.

Par ailleurs, même si des progrès ont été accomplis ces dernières années pour promouvoir des candidats noirs dans la hiérarchie, ils demeurent insuffisants, selon les chefs interrogés.

Dans une de ses formules efficaces, Mitchell R. Davis estime qu’« il faudrait plus de Noirs en chemise blanche [l’uniforme des chefs de police] », pour changer les comportements au sein de la hiérarchie et influer sur les décisions politiques. En juin, dans un geste symbolique, la patronne blanche de la police de Portland (Oregon) a ainsi cédé sa place à un adjoint noir, au plus fort des manifestations antiracistes.

Réparations financières

Mais tous reconnaissent que cet « effet miroir » n’est pas la panacée. Plusieurs affaires récentes ont montré que la nomination d’un chef de la police afro-américain dans une ville ne protégeait pas des abus. A Minneapolis, théâtre de la mort de George Floyd, les forces de l’ordre sont dirigées depuis trois ans par un Afro-Américain, Medaria Arradondo. Avec quatre collègues noirs, lui-même avait poursuivi son département pour discrimination, en 2007, et obtenu des réparations financières.

« Les policiers noirs étaient plus sévèrement punis en cas de mauvaise conduite »,expliquait notamment la plainte. A Dallas (Texas) ou à Rochester (New York), des chefs de la police noirs ont récemment été poussés vers la sortie, soit pour leur mauvaise gestion des manifestations, soit pour avoir escamoté la mort d’un jeune Afro-Américain en garde à vue. Malgré les déconvenues et les obstacles, l’optimiste Mitchell R. Davis veut surtout se souvenir de ses sept années passées avec un coéquipier blanc. 

« On pouvait parler de tout, y compris des questions raciales. Cela l’a fait grandir culturellement. Et moi aussi. » Les petits pas du fameux « changement de culture » plus que jamais nécessaire afin de réconcilier la police avec une partie de la population qu’elle est censée « protéger et servir ».

Le Monde