États-Unis : Pourquoi Trump pourrait encore gagner… “même s’il perd”, grâce à un système hérité de l’esclavage

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En 2016, Donald Trump a remporté l’élection, alors qu’il avait rassemblé presque 3 millions de voix de moins qu’Hillary Clinton. Et ce scénario pourrait tout à fait se répéter le 3 novembre. En cause, le collège électoral, qui représente un système archaïque et antidémocratique.

Imaginez un pays dans lequel 80 % des suffrages exprimés lors de l’élection présidentielle ne seraient pas pris en compte : c’est la description que Jesse Wegman, éditorialiste au New York Times, fait des États-Unis. Tout comme Donald Trump en 2016, ou encore George W. Bush en 2000, plusieurs locataires de la Maison-Blanche ont été donnés vainqueurs de l’élection présidentielle sans pour autant avoir obtenu la majorité des voix. En cause, le fameux système des grands électeurs qui régit le scrutin présidentiel américain.

Selon le principe “winner takes all” (“le vainqueur rafle tout”), le collège électoral américain a le pouvoir de faire basculer le résultat d’une élection, en dépit du vote populaire. Mais pour cet éditorialiste politique spécialiste du sujet, le président devrait être le candidat qui obtient le plus de voix. Si cette opinion peut paraître consensuelle vue de l’Hexagone, elle est encore loin de faire l’unanimité aux États-Unis, notamment dans le camp républicain.

C’est le premier “mythe” déconstruit par Jesse Wegman : contrairement à une idée répandue, la mise en place du suffrage universel direct aux États-Unis ne ferait pencher la balance vers aucun des deux grands partis américains, explique-t-il.

Le deuxième “mythe” auquel s’attaque Jesse Wegman concerne la création du système électoral américain: puisque le collège électoral a été mis en place par les pères fondateurs des États-Unis, le système est souvent considéré comme intouchable, voire “sacré”, explique le journaliste.

Pourtant, le mode de désignation des grands électeurs ne figure en aucun cas dans la Constitution. En outre, certains pères fondateurs ayant participé à l’élaboration du système électoral avaient déjà tenté à l’origine de prôner le suffrage universel direct, sans succès : “à cause d’une chose, détaille Jesse Wegman : l’esclavage”.

Un système hérité de l’esclavage

Si les esclaves n’avaient pas le droit de vote, ils étaient tout de même comptés pour déterminer le nombre de grands électeurs dont pouvaient disposer les États esclavagistes, ce qui leur donnait davantage de poids. Un pouvoir dont aucun de ces États n’acceptait de se séparer. Le système des grands électeurs fait donc partie des “héritages de l’esclavage qui ternissent encore aujourd’hui la vie politique américaine”.

Enfin, la dernière idée préconçue évoquée par le quotidien américain concerne “les petits États”: ces derniers, croit-on, seraient protégés par le système des grands électeurs, sans lequel les grands États comme la Californie auraient trop de poids dans l’élection.

En réalité, explique Jesse Wegman, le collège électoral n’a pas d’incidence sur les petits ni sur les grands États : ce sont les swing states (“États indécis”) qui pèsent le plus dans la balance. Puisqu’ils ne sont acquis à aucun camp et peuvent créer la surprise, ces États sont au cœur des préoccupations des candidats à la présidence, qui y multiplient les visites.

À tel point que les priorités nationales s’en retrouvent “faussées”: concentré sur les électeurs des swing states, Donald Trump a “ouvertement ignoré” les appels de détresse d’États acquis aux démocrates, comme celui de New York, alors qu’il faisait partie des plus durement touchés par la pandémie de Covid-19.Alors, existe-t-il une solution pour rendre l’élection américaine plus démocratique ?

Oui, conclut l’éditorialiste : il suffirait de s’accorder sur le fait que les grands électeurs de chaque État doivent choisir le candidat ayant obtenu le plus de voix au niveau national. C’est d’ailleurs ce que prônent les 15 États signataires d’un accord inter-États – auxquels s’ajoute le district de Columbia –, ce qui représente196 électeurs. Il n’en manque que 74 pour qu’une majorité de 270 grands électeurs décident de s’aligner sur le vote populaire. Et donc que “chaque électeur compte”.

New-York Times