États-Unis : QAnon, le nouveau Tea Party républicain ?

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Marjorie Taylor Greene, adepte de QAnon, a gagné une primaire républicaine en Géorgie cette semaine et pourrait bientôt faire son entrée à la Chambre des représentants. Selon les médias américains, la mouvance complotiste a le vent en poupe depuis plusieurs mois. 

Vous pensez que QAnon est marginal ? Le Tea Party l’était également”, écrit le New York Times. Le journal fait ainsi référence au mouvement qui avait émergé de la droite au plus fort de la crise financière en 2009 pour devenir une force majeure du conservatisme américain.

QAnon, qui a vu le jour huit ans plus tard, diffère du Tea Party en ce sens notamment que ses croyances sont purement conspirationnistes. De plus :

QAnon n’a pas la structure de direction du début du Tea Party. Il manque également d’objectifs réalistes ou de quoi que ce soit qui ressemble à un programme politique cohérent. Ses adeptes sont des justiciers de l’internet saisis par des fantasmes de vengeance paranoïaques et violentes.

La force de QAnon : les réseaux sociaux

C’est ainsi que “ces fans de la théorie du complot pro-Trump noyautent les services d’assistance en ligne contre la traite des êtres humains, infiltrent les groupes Facebook et suscitent de fausses craintes concernant l’exploitation des enfants”. […]

Les Démocrates rejettent QAnon en le traitant de un groupe marginal de fanatiques du complot. Les Républicains modérés s’inquiètent de son potentiel de nuisance pour l’image de leur parti, tandis que certains conservateurs cherchent clairement à exploiter l’énergie de sa base.

Des médias sympathisants ont couvert ses rassemblements, les dépeignant comme partie émergente de la politique populiste – un mouvement de protestation né de la frustration face à une élite corrompue et irresponsable.

A la surprise générale, ses partisans commencent à remporter des élections.

Cela ressemble à l’histoire du mouvement Tea Party, qui a émergé en 2009 des franges de droite et qui est devenu l’une des forces majeures et durables du conservatisme américain.

On pourrait décrire QAnon comme un héritier du Tea Party, en tant que force populaire la plus puissante de la politique de droite.

Cette semaine, QAnon aura probablement son premier membre du Congrès: Marjorie Taylor Greene, une républicaine de Géorgie qui a remporté mardi un second tour dans un district fortement républicain. Mme Greene a publiquement soutenu QAnon, en apparaissant dans les émissions de QAnon et en épousant la croyance du mouvement selon laquelle le président Trump est sur le point de briser une cabale obscure de pédophiles adorateurs de Satan.

QAnon tire ses convictions d’un blogueur anonyme prétendant avoir accès à des renseignements gouvernementaux de haut niveau, n’a pas la structure de direction et les connexions de financement occulte du Tea Party des origines. Il manque également d’objectifs réalistes ou de tout ce qui ressemble à un programme politique cohérent.

Ses adeptes sont des justiciers de l’internet saisis par des fantasmes de vengeance paranoïaques et violentes, et non des conservateurs ou des opposants à la loi sur l’assurance maladie universelle.

Mais, après la première victoire de Mme Greene, certains initiés de Washington ont commencé à se demander si l’influence potentielle de QAnon est sous-estimée. Ils craignent que, tout comme le Tea Party a couvert un mouvement raciste «birther» qui a propulsé les théories du complot sur le président Barack Obama dans le courant dominant républicain, les opinions extrêmes de QAnon pourraient s’avérer difficiles à contenir.

« Il est illusoire de le rejeter comme une frange impuissante », a déclaré Steve Schmidt, un stratège de longue date du GOP et un vétéran de la campagne qui est devenu un critique de Trump. « Le Parti Républicain est en train de devenir le foyer d’un amalgame de théoriciens du complot, de marginaux, d’extrémistes et de nationalistes blancs. »

Pour être clair: les idées de QAnon sont bien plus extrêmes que celles du Tea Party ne l’ont jamais été. Les partisans du Tea Party se sont opposés aux renflouements de Wall Street et au déficit fédéral croissant; les adhérents de QAnon pensent qu’Hillary Clinton et George Soros boivent le sang d’enfants innocents. Alors que les partisans du Tea Party cherchaient généralement à évincer leurs opposants politiques aux urnes, les partisans de QAnon souhaitent au mieux que les Démocrates soient emprisonnés à Guantánamo Bay ou pire arrêtés et exécutés.

Mais il y a plus de parallèles que vous ne le pensez, surtout en ce qui concerne la réaction des établissements politiques de leur époque à la montée en puissance de chaque groupe.

Lorsque le Tea Party est apparu au début de 2009, de nombreux commentateurs se sont moqués de l’idée qu’il pourrait jamais atteindre le pouvoir politique, l’appeler une «démonstration d’hystérie» par « l’écume de droite».

L’ancien représentant Barney Frank, un démocrate du Massachusetts, a refusé de débattre avec un théoricien du complot qui l’a confronté, en disant ce serait comme «essayer de discuter avec une table de salle à manger». Les dirigeants des partis républicains l’ont pris plus au sérieux, mais eux aussi semblait penser qu’ils pouvaient exploiter son énergie sans se livrer à ses éléments les plus extrêmes.

Puis, en janvier 2010, Scott Brown, un législateur républicain peu connu du Massachusetts, a remporté un siège au Sénat dans un choc bouleversé par son adversaire démocrate, Martha Coakley. Et il est devenu clair pour les membres des deux partis qu’ils avaient eu tort de sous-estimer le potentiel du Tea Party.

The New-York Times

3 Commentaires

  1. es adhérents de QAnon pensent qu’Hillary Clinton et George Soros boivent le sang d’enfants innocents

    C’est vrai quoi!…Non seulement c’est l’interprétation faîte par ces débiles de journalistes, mais eux, ne le font pas du tout pour “les suprémacistes blancs” de la mort qui tuent des chtites nenfants noirs grillés sur un barbecue que l’on soupçonne être en forme de croix gammée…

    Les journalistes sont une référence en matière d’honnêteté… au point d’être détestés de tous.

  2. L’armée digitale de Trump fait trembler le merdier, ça va être intéressant au plus haut point ce qui va suivre.

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