États-Unis : « Trump c’est la revanche du Blanc qui se sent démographiquement marginalisé »

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Si Trump a contribué à libérer la parole raciste et flatté le suprémacisme blanc, il n’a pas rendu directement la vie plus dure aux Afro-Américains. Du moins pas plus que ses prédécesseurs…

« Pourquoi toutes ces personnes originaires de pays de merde viennent ici ? » à l’adresse d’Haïti. « Renvoyez-les dans leur pays », en pointant Ilhan Omar, sénatrice noire. « Il y avait des gens très bien dans les deux camps », en référence aux confrontations entre militants suprémacistes et anti-racistes. Nous avons parfois tendance à l’oublier, puisqu’en quatre d’ans d’outrances verbales, nous nous sommes habitués, mais le président des Etats-Unis est raciste. Du moins, sa parole l’est, et c’est indéniable.

La libération de la parole raciste

Depuis qu’il a annoncé sa candidature face à Hillary Clinton en 2015 et tout au long de son mandat, Donald Trump n’a eu de cesse de multiplier les sorties ra-cistes. A-t-il constaté que le terreau était favorable à sa violence verbale ? Ou est-il lui-même la cause de ce racisme décomplexé que l’on a vu s’étendre durant son mandat ?

« Il y a, et c’est indéniable, une libération de la parole raciste. Les personnes racistes l’ont entendu cinq sur cinq et ont clairement vu dans ce candidat, quelqu’un qui les décomplexait », relève Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’Université de Versailles-Saint Quentin et spécialiste d’études afro-américaines.

« Puis il y a cette autre part de son électorat, plus dense, qui estime qu’elle ne peut pas s’exprimer librement au sujet de l’avenir du pays, de la “menace” incarnée par ce métissage. Qui croit en l’idée que d’ici 2050, la majorité des Américains ne seront plus blancs. Trump a surfé sur cette vague de manière délibérée ».

La théorie raciste du « grand remplacement », marotte des identitaires, popularisée en 2010 par Renaud Camus, écrivain français d’extrême droite, est bien arrivée aux Etats-Unis. Pour l’experte,Trump n’a fait que surfer sur une vague qui existait déjà. N’a fait que contribuer à libérer la parole raciste.

Le « Trump effect »

Tous les experts interrogés nous le diront, il est difficile de ne pas lier la posture de Trump envers les Afro-Américains à celle adoptée avec les suprémacistes.

« Sa complaisance avec les groupes suprémacistes blancs n’a certainement pas été un signal encourageant pour les Noirs, pas plus que son absence de soutien face aux violences policières, estime Claire Bourhis-Mariotti, maîtresse de conférences à l’université Paris 8 et spécialiste de l’histoire des Afro-Américains. L’arrivée de Trump au pouvoir, c’est la revanche de l’homme blanc qui se sent marginalisé démographiquement – alors que les Blancs représentent environ 61 % de la population – un certain nombre d’entre eux a peur et c’est à eux que Trump s’adresse. Il a redonné un semblant d’estime à tous ces Blancs qui ne veulent pas disparaître ».

Trump a sans conteste joué un rôle d’accélérateur auprès de la droite radicale américaine, ce qui a indéniablement fait souffrir la communauté afro-américaine. Les attentats revendiqués par l’extrême droite ont doublé sous son mandat.

Il a permis à une frange de la population de s’enhardir, d’assumer ses opinions, toutes racistes, xénophobes et misogynes qu’elles soient, lui donnant la permission de dire et de faire des choses qui étaient autrefois considérées au-delà des limites de la société civilisée. Mark Potok, expert au-près du CARR, ancien directeur du Southern Poverty Law Center et fin connaisseur de la droite radicale américaine a même nommé le phénomène le « Trumpeffect ». […]

Obama, un espoir plus européen qu’américain

Mais dire que le sort des citoyens afro-américains s’est concrètement aggravé sous la présidence Trump serait hypocrite. Ses prédécesseurs ont tout autant de responsabilité, juge Claire Bourhis-Mariotti : « Barack Obama, par exemple, n’a pas mené deux mandats satisfaisants pour les Noirs. Symboliquement, son élection était forte et importante la première fois. Mais il a eu à cœur d’être le président de tous les Américains : il n’a pas été le président des Noirs. Il ne s’est pas consacré à essayer de changer la vie des Afro-Américains, mis à part l’Obamacare. »

Claire Coquet-Mokoko, enseignait dans l’Alabama au moment de l’intronisation de Barack Obama en 2013 et se souvient : « Mes étudiants noirs ne comprenaient pas pourquoi le reste du monde était aussi euphorique. Je pense qu’ils savaient à quoi s’attendre, c’est-à-dire, pas grand-chose pour eux. Ils se disaient que, peut-être, leurs petits-enfants verraient le fruit de cette élection ».

Le Soir